A M. MORAND
Chirurgien major des Invalides, membre de l'Académie des sciences, etc. -.
Favori du dieu d'Épidaure, MORAND, par vos heureuK Iravaus,
i. Il va dans celle Épitre de l'imagination, de la poésie, des détails agréables ; cette pièce rappelle assez la manière de Gresset. - « Cette Apologie de l'Art, comme vous pensez bien, — dit Fréron, — n'est qu'ironique; car je tiens autant que vous à la belle et bonne nature. 4VA7inée littéraire, Inl, tome I, page 56.^
2. Voyez Fréron : Lettres siir fjuelques Écrits, etc., tome lY,
Vous faites rentrer tous les maux Dans la boîte qu'ouvrit Pandore.
Du convive que la santé
De ses rayons brillants colore,
Vous n'êtes pas moins souhaité
Que du malade qui déplore
Les suites de la Volupté;
Et, tous les matins consulté
Comme an docteur grave et capable,
Le soir, vous êtes invité
A souper, comme un homme aimable.
Alors, après avoir dicté
Un arrêt cruel qui condamne
Cent malheureux à la tisane.
Votre gosier est humecté
D'un vin frais qui, dans la fougère,
Sourit avec malignité.
Comme s'il avait médité
Par sa mousse vive et légère,
D"élourdir votre gravité.
Mais cet ermitage agréable, Par vous embelli chaque jour, Du bonheur pur et véritable Est à vos yeux le seul séjour.
p. 330 et 331 (n.')!, 3 mai); du mémo: Ojiiisrnlcs, iome }, pages 39Ô et 396 (1753), et YAlmanach des Muscs, \Ti2, pages 125 et 120.
Homère, Anacrcon, Pindare, La Fontaine, Boileau, La Fare, Sont les dieux de ce Tivoli; Et vous y mettez en oubli Le jargon funèbre et barbare D'Hippocrate et de Galien; Préférant à leur sombre style Les chants d'Horace et de Virgile, Et les bons mots de Lucien.
Pour ce modèle des vrais sages.
Soleil, ne luis point à demi;
Sur la tête de mon ami
Lève-toi toujours sans nuages.
Puissé-je, au gré de mes désirs,
Charmer ses rapides loisirs
Dans cette retraite fleurie,
Où, loin des bavards importants.
Nous épanchons nos sentiments.
Au sein de l'amitié chérie !
Est-il des entretiens plus doux.
Des plaisirs plus vrais que les nôtres?
MORAND, je parle avec les autres :
Je ne puis causer qu'avec vous^
1. On trouve dans ces vers de l'esprit, de l'açrément, des éloges flatteurs. Fréron parlant ailleurs de cette Épitre, dit : « Je ne puis, en conscience, ni la louer ni la critiquer. Je dirai seulement que ce qui m'en fait présumer quelque bien, c'est que le petit malin Bébé {La Harpe, ainsi surnommé à cause de sa petite taille, qui le faisait ressembler au fameux nain du même nom, au ser- ^^ce de Stajiislas, roi de Pologne), n'en a point balbutié de mal dans son Mercure. » [UAyinée littéraire, 1772, tome VIII, p. 316.)
3i8 LES CONFESSIONS DE FRÉROX.
IMITATION d'uX MORCEAU DU SECOND LIVRE DR LUCRÈCE*.
Libre de vains projets et de craintes serviles,
Quand pourrai-je habiter ces demeures tranquilles,
Ces jardins renommés, ces bois délicieuK,
Ce temple, aussi serein que l'Olympe des dieux,
Où, goûtant les douceurs d'une volupté pure,
Les sages rassemblés encensent Épicure,
Et couronnent de fleurs son buste radieux.?
C'est de là qu'abaissnat leurs regards sur la terre, Ils gémissent de voir les farouches mortels. Évoquant à grands cris le spectre de la guerre, A leurs brillants forfaits ériger des autels; Des véritables biens méconnaissant la source, Inquiets, égarés, se heurter dans leur course, Changer à chaque instant et de mœurs et de lois. Esclaves attelés au char de la Fortune,