La bataille de Footenoy eût lieu le 11 mai ITlô
Que dis-je? Contre toi si LOUIS se déclare, Sa valeur fait tes maux, sa bonté les répare; Tu devras ton bonheur à son bras irrité. C'est ainsi que le Nil, franchissant son rivage,
Dans les champs qu'il ravage, Répand le germe heureux de leur fécondité.
Dans l'horreur de la nuit, la Discorde infernale A rempli tour à tour du venin qu'elle exhale Les LIONS réunis aux sanglants LÉOPARDS. Sortis du fond des bois, ils viennent sur leurs têtes
Attirer les tempêtes.
Qui foudroyaient déjà l'orgueil de tes remparts.
La barrière des cieux au soleil est ouverte. Ennemis, frémissez : témoin de votre perle, Pour la dernière fois il éclaire vos pas; Il n'aura point fourni sa brillante carrière,
Qu'épars sur la poussière, F
Vous serez engloutis dans la nuit du trépas. [
MAURICE et CUMBERLAND, précédés du tonnerre, Sous leurs fiers escadrons ont ébranlé la terre; Leurs soldats sont tout prêts; ils vont tenter le sort. Déjà sont dirigés ces bronzes formidables,
Dont les flancs redoutables Renferment la terreur, le carnage et la mort.
Le clairon retentit. A ce signal terrible
La foudre a répondu par un bruit plus horrible ;
Un fracas meurtrier fend la voûte des airs. L'Escaut, saisi d'effroi dans sa grotte profonde,
Précipite son onde, Et court s'ensevelir au vaste sein des mers.
Musc, retrace-moi le choc des deux armées. D'une égale fureur au massacre animées; Le fer, le feu, la mort lancés dans tous les rangs ; Des coursiers belliqueux les bouches écumantes.
Et les plaines fumantes Du sang des bataillons sous le glaive expirants.
Deux tonnerres, cachés dans les sombres nuages, Par leur choc ténébreux, précurseur des orages. Troublent ainsi des dieux les paisibles lambris : Ils tombent en grondant de la voûte céleste.
Et leur chute funeste Dans les champs ravagés sème d'affreux débris.
« Avancez, dit LOUIS à sa garde fidèle : « Yolez, brillante élite, où l'Honneur vous appelle; « Il n'appartient qu'à vous de fixer le Destin; « Paraissez : la Victoire, à regret indécise,
« Sur vos drapeaux assise, « Va réparer l'affront de son vol incertain. »
Dociles à sa voix, nos guerriers magnanimes Rejettent les conseils des cœurs pusillanimes, Qui, prompts k s'alarmer, désespèrent toujours ; Et traînant de leurs ans la méprisable chaîne,
Immoleraient sans peine Le salut d'un empire au salut de leurs jours.
Ils partent ; c'en est fait : leur audace aguerrie A repoussé l'Anglais, a vengé la patrie. L'Art a beau seconder un impuissant courroux : Ce chef-d'œuvre imprévu des leçons de BELLONE,
Cette épaisse colonne, Prête à les écraser, s'écroule sous leurs coups.
Tel, aux climats du Nord, où sa fureur s'exerce, Le fougueux Aquilon de son souffle renverse Ces chênes orgueilleux, ornements des forêts : Telle et plus redoutable en sa course rapide,
On voit la flamme avide Dévorer les épis qui couvrent nos guérets.
Fortune, les Français dont la valeur t'enchaîne Regardent d'un même œil ton amour ou ta haine; Tu n'as rien fait pour eux: ils ont tout fait sans toi. Ce peuple, pour soumettre au joug de l'esclavage
L'ennemi qui l'outrage, N'a besoin que d'un chef ou des yeux de son roi.
Mânes de nos héros, ah! si cette journée Est le terme falal de votre destinée, Cédez, sans murmurer, ii la rigueur du Sort : Minos vous a reçus des bras de la Victoire;
Les rayons de la Gloire Ont dissipé l'horreur des ombres de la Mort.
GRAMMONT, je n'entends plus soupirer ta vaillance, De laisser après toi le Destin en balance ; Les vaincus aux enfers rassurent ton grand cœur : Ils reculent encore à l'aspect de ton ombre;
Leur frayeur et leur nombre Te sont de sûrs garants que ton Maître est vainqueur.
Rivaux, dignes de nous, si le sort de vos armes A la fière Albion fait répandre des larmes. Vous n'en êtes pas moins et la gloire et l'appui : A vos nobles efforts on rend cette justice.
Qu'un autre que MAURICE Eût vu votre valeur triompher aujourd'hui.
TOURNAT ranime en vain ses forces épuisées; Sous les débris fumants de ces tours embrasées Vos pâles compagnons tombent ensevelis : GAND,RRUGES,DENDERMONDEouvrentdéjàleursportes
Et nos braves cohortes Dans OUDENARDE en feu vont arborer les Lis,
Cessez de disputer cette triste contrée, Que Bellone aux Bourbons tant de fois a livrée. Dansdes temps plusheureuxvouspouvieznous dompter : Mais aujourd'hui craignez de nouvelles disgrâces;
Ptetournez sur vos traces; Votre plus beau triomphe est de nous éviter.
L'hommage que l'on doit à tes vertus suprêmes. Grand ROL nos ennemis te le rendent eux-mêmes :
312 LES CONFESSIOXS DE FRERON.
Ils viendront h tes pieds implorer tes bienfaits. Après avoir chanté l'éclat de tes trophées,
Puissent les doctes fées Célébrer sous tes yeux les douceurs de la Paix!
Tel Auguste autrefois, favorable au génie. Excitait les talents des fils de l'Harmonie; Il abaissait sur eux ses fertiles regards : D'une main il fermait, déposant son tonnerre,
Le temple de la Guerre, Et de l'autre il ouvrait le temple des Beaux-arts'.
APOLOGIE DE l'aRT.
Épitre adressée le premier Jour de l'mi à un Amateur de la belle Nature, en lui envoyant des magots, des papiers de la Chine et d'autres colifichets *.
Bonjour, bon an, salut, santé
A mon Philosophe entêté
De la simple et froide NATURE,
1. Opuscules de Fréron, tome I, p. 383 à 391. Cette belle Ode, — supérieure au poëme de Voltaire, et que J.-B. Rousseau n'eût pas désavouée, — fait regretter que Frérun liait pas cultivé davantage son talent pour la poésie.
2. Cette pièce de vers, publiée d'abord par Fréron, dans le tome III de ses Lettres sur quelques Ecrits de ce temps ^1750, pages 10 à 13, 12 janvier), sous le titre tl'Épitre de .M. Fréron à M. V***, receveur général des finances, y est précédée de l'avis
Cctlc triste divinilé,
Qui n'ose, dans sa marche obscure,
De son éternelle parure
Varier l'uniformité.
De mon âme idôlexh-érie,
Art charmant. Dieu de ma patrie,
Le merveilleux naît sous tes pas;
Enrichis toujours ces climats
Des trésors de ton industrie;
Laisse gronder les partisans
De ta rivale désolée :
De nos villes et de nos champs
Pour jamais elle est exilée.
Un sceptre d'émail à la main, Tu gouvernes en souverain, Le Français brillant et volage;
suivant: « La petite pièce de vers que vous allez lire, monsieur, doit sa naissance à une de ces disputes ingénieuses qui s'élèvent quelquefois dans les sociétés. Un philosophe aimable eut le courage de fronder dernièrement dans un cercle ces colifichets de prix dont nous sommes si curieux. Il gémissait de nous voir abandonner de jour en jour les traces du bon goût. Une femme de beaucoup d'esprit mit sous sa protection tous ces jolis riens qui ornent nos appartements. Quelques jours après, elle adressa au partisan de la helie Nature l'Épitre suivante, dont l'auteur est M. Fréron. »
Le jjortisan de la f/eUe Nature, c'est Watelet.
On retrouve celte Épifre dans les Opuscules de Fréron, tome I,
pages 392 à 394, (1753); et dans ïAlmanach des Muses, 1771,
pages 129 à 131, avec diverses corrections de l'auteur, qui revoyait
Jie&ucoup ses ouvrages; la même observation s'applique aux
^ftèces qui suivent celle-ci.
C'est toi qui formes l'assemblage De ses légers amenbleraents ; Ta délicatesse, tes grâces Brillent dans ses appartements; Il doit à tes heureux talents Gci festons, ces vernis, ces glaces Ces rideaux à nœuds de rubans, Ces papiers que ta main divine Peignit pour le plaisir des yeux.
Ces magots si facétieux, Nés de ton humeur enfantine.
Et tous ces riens délicieux, Que tu fais venir de la Chine, Pour en décorer ces beaux lieux.
Qui suit la Nature à la piste.
Ne sera jamais qu'un copiste, Qu'un malheureux imitateur :
[.e Chinois seul est créateur; Il donne un nouvel ordre aux chose; Fertile en prodiges divers.
Ses riantes métamorphoses Font éclore un autre univers.
Fleuves, coulez sur les montagnes; Détachez-vous du firmament.
Etoiles, parez les campagnes ; Poissons, quittez voti-e élément; Vous, oiseaux, ramjM'/, sur la terre; Cerfs, rhinocéros, éléphants.
Volez au séjour du tonnerre;
Et vous, mortels impertinents, Venez sous diverses figures.
Par mille grotesques postures, Me divertir à vos dépens.
Voilà, malgré votre satire, Ce que j'aime et ce que j'admire!
Soyez aussi de votre temps; Et que la nature marâtre, Dont vous êtes trop idolâtre.
Perde son pouvoir sur vos sens.
Croyez-moi : ses charmes maussades Ressemblent à ces beautés fades.
Que l'on contemple sans désirs :
L'art est une coquette aimable, Dont l'enjouement inépuisable Sait donner la vie aux plaisirs^