‹ Les confessions de FréronChapitre 181 sur 189 · G0, tome VIII, pages 334 à · texte numérisé non relu

G0, tome VIII, pages 334 à

Voici maintenant la lettre en question :

«Vous avez, Monsieur, le talent heureux de rapprocher les choses les plus éloignées et les plus disparates. A la tète de vos admirables Annaïes de rEmpire germanique, vous rapportez un passage de Sadi, poëte persan, sur la puissance de l'Être suprême; vous avez même eu la complaisance de le traduire en vers blancs, et il faut avouer que cette citation est bien placée à propos d'une Histoire d'Allemagne. Tout le monde, à ce sujet, ne pensera peutêtre pas comme moi; mais, quelle que soit l'opinion d'autrui, j'ai trouvé ce passage sublime, et il m'a inspiré la curiosité d'en connaître plus particulièrement l'auteur. J'ai fait des recherches qui m'ont réussi, à ce que je crois. Permettez-moi de vous en faire part. A qui puis-je mieux adresser la vie d'un grand poëte qu'à M. de Voltaire, grand poëte lui-même?

« Saadi ou Sadi reçut le jouràispahan ', vers le milieu du treizième siècle de notre ère. Il était, comme vous l'avez dit, Monsieur, contemporain du Dante. Il fut un des plus beaux esprits qu'ait produits la Perse. Dès sa plus tendre enfance, il brûla de l'insatiable désir de tout savoir et de tout répéter; il avait du talent, l'ardeur du travail et de la facilité. Il conçut d'abord le noble dessein de surpasser tous les poètes tragiques qui l'avaient devancé ; la Perse en compte trois qui seront toujours les maîtres du Théâtre. Sadi composa donc des drames, où l'on rencontre des morceaux brillants, quelquefois du pathétique, du touchant, ce que nous appelons parmi nous des tirades, mais point d'ensemble; un style décousu, inégal, qui tient de l'épique et du familier; de belles scènes qui ne sont point amenées, des plans vicieux, de l'esprit, et nul jugement; c'est ce qu'on peut penser du théâtre de Sadi.

«Il ne se borna pas à ce genre; ilembouchala trompette

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