Paris
(Je l'épopée; il écrivit un poëme en l'honneur d'un des premiers héros de la nation persane *. On admira dans cet ouvrage beaucoup de beaux vers; mais l'arrêt des connaisseurs de' son temps, confirmé par la postérité, est que ce poëme épique n'est ni poëme ni épopée, que c'est plutôt une histoire mise en vers, ouvrage dénué d'invention, de poésie, de chaleur; en un mot, il est prouvé que Lucain même, le dernier des poètes épiques, est, dans cette partie, bien supérieur à Sadi.
« Notre écrivain audacieux, à l'âge de près de quarantetrois ans, comme par une inspiration divine, se jetta à corps perdu dans la philosophie, voulut pénétrer le sanctuaire de la nature, chercha môme à deviner l'énigme de notre être, et finit par se faire siffler.
« L'esprit humain connaît peu d'obstacles, quand il est excité par l'amour-propre. Bientôt l'Histoire ouvrit à Sadi sa vaste carrière ; il jeta un coup d'œil sur tout l'univers, et donna un Essai d'Histoire universelle. On ne trouva pas encore ce titre assez modeste ; on chercha dans cet ouvrage de la vérité, de l'impartialité, des connaissances, des rapports, des liaisons; on fut surpris de ne saisir que quelques traits de satyre, quelques anecdotes suspectes que leur singularité avait rendues précieuses à l'auteur ; car, le singulier était tout ce qui frappait Sadi, quoiqu'il tranchât du philosophe. Il n'y a jamais eu d'enfants ni de femmelettes qui aient recueilli plus avidemment que ce poêle des contes absurdes et ridicules. Il est vrai que son style ingénieux, sans qu'il fût jamais le style du genre, faisait illusion; les ignorants et les demi-beaux-esprits, plus redoutables encore aux lettres que les ignorants mômes, cette sorte de lecteurs qui ne se donnent jamais la peine de s'arrêter, de réfléchir, de comparer, qui jugent souverainement de tout sans avoir rien appris, les gens du beau monde qui n'ont tout au plus que des notions super-