Hoy avait reçu le cordon de Saint-Michel
Perrauts : elle fut accusée de ne pas savoir le monde. La Bruyère, accueilli dans son temps, le serait-il dans le nôtre? Les Trissotins n'armeraient-ils pas contre Molière? Il faut donc, monsieur, quïm censeur remontre avec mille égards, corrige sans scandale : c'en serait un de faire rire un moment les lecteurs, aux dépens d'un écrivain qui les aurait ennuyés dix ans.
« L'ironie, si favorable à votre prédécesseur, est une ressourcé presque perdue : eUe est le masque de la satyre. Si le masque est impénétrable, on croira que vous louez de bonne foi des sottises ; ce n'est pas là votre compte : s'il est assez mince pour laisser du jour à vos sentiments, vous vous attirez une populace d'auteurs et leurs redoutables protecteurs.
« Les uns et les autres pullulent à vue d'œil. Du temps des Corneilles et des Racines, quels juges donnaient le ton à leur siècle? Le grand Condé, MM. de la Rochefoucault, de Yivonne, de Bussy, de Saint- Aignan, et tout ce que la cour avait de plus respectable. Le privilège s'est trop étendu : à présent que de Mécènes bourgeois, que de nouveaux favoris de la fortune, jaloux d'ajouter à leur luxe un vernis de littérature, apprécient souverainement les ouvrages d'esprit, et se piquent même d'en faire éclore chez eux ! Ils augmentent leur train de quelque aspirant à l'esprit, ils l'enhardissent à produire une pièce, et remphssent le parterre d'approbateurs soudoyés.
Croyez-moi, monsieur, ronnaissez ces affiliés aux maisons opulentes , et gardez-vous de les toucher.
« Le célèbre Rousseau ' me raconta un jour que des Crésus lui fermaient la bouche, quand il voulait défendre Racine contre Pradon et ses semblables. J'ai vu un pareil homme à une vente de tableaux, où l'on exposait une mauvaise copie à titre d'un précieux original : des enchérisseurs apostés imposaient à l'acheteur curieux de ce meuble, seulement à cause de sa cherté , lorsqu'un savant peintre lui dit à l'oreille : « Monsieur, ne soyez pas leur dupe , ceci (( ri est qu'une méchante copie. » Détrompé par l'intérêt, notre faux connaisseur serre son argent, en pâlissant du péril qu'il avait couru. Comme on met moins au jeu à tenir pour les Cotins contre les (îorneilles, on se restreint à ne prononcer cjue sur la Poésie et la Musique. De pareilles gens sont en embuscade pour vous assaiUir, si vous n'êtes pas de leur avis ; et je ne pense pas que vous en soyez jamais.
« Oserez-vous embellir vos feuilles de quelques relations de combats poétiques? Vous savez que k^s courtisans d'Apollon , ardents à se supplanter les uns les autres, ne se déchirent que trop indécemment. Quelle honte ! Les Médecins opposés dans une consuhatioii , les Avocats, chargés d'intérêts contraires, y mêlent-ils du personnel? Non, la profession est entre eux un lien de l'amitié ; mais écrire est un