‹ Les confessions de FréronChapitre 40 sur 189 · Ibidem, 1760, tome VI, page · texte numérisé non relu

Ibidem, 1760, tome VI, page

traînait le nom dans la boue et dans le sang de la Terreur'.

1. L'adage populaire : Tel père, tel fils,' ne fut jamais moins vrai qu'à l'égard de Stanislas Fréron ; on verra plus loin ce qu'il était, et ce qu'il devint pendant la Révolution, où il fut l'émule de .Maral et le digne ami de Roliespierre.

Fréron et le petit-fils de La Fontaine. — Concurrence entre Fréron et Voltaire, à propos des descendants de Corneille. — Invention inqualifiable du patriarche de Ferney. — L'Ecossaise. — Relation d'une grande bataille donnée à la Comédie Française. — Souvenirs rétrospectifs. — Mort du roi Stanislas. — Le mot d'une énigme. — Faux bruit répandu par les philosophes. — Appel aux hommes d'ordre et de goût. — Dénonciation d'une société secrète. — Influence dangereuse de Voltaire. — Anecdote. — L'Académie et Fréron.— Un mot de l'abbé de Pons sur l'exactitude. — Dernières années de Fréron. — Son portrait. — Parallèle entre Fréron et Voltaire. — Les héritiers de l'Année littéraire. — Le fils de Fréron, l'abbé et l'avocat Royou, Geoffroy, Grosier, etc. — Résumé et conclusion.

Nous sommes arrivé à une époque de la vie de Fréron, trop mémorable pour ne pas être racontée avec quelque détail; les faits qu'on va lire honorent le cœur et l'esprit du célèbre critique, mais ils lui valurent un terrible redoublement de haine de la part de Voltaire. Voici les faits : lorsqu'en 1733, Fréron se rendit à Nancy, pour sa réception à l'Académie fondée en cette ville par le roi Stanislas, il s'arrêta à Château-Thierry.

. « Mon premier mouvement — écrivait-il, en 1 758, — fut de me faire conduire à la maison où était né et qu'avait habitée l'inimitable La Fontaine... J'y trouvai une mère respectable et trois filles bien élevées. Je causai près de deux heures avec elles ; jamais conversation ne m'a paru si courte. Mais autant que je fus satisfait de leur politesse et de leur

esprit , autant la médiocrité de leur fortune me toucha. Est-il possible, me disais-je en moi-même, que la postérité d'un si grand poète ne soit pas plus heureuse ! Triste et bizarre condition des gens do lettres : ils traînent leurs jours dans la gloire et dans le besoin, et ne laissent à leurs enfants qu'un nom illustre. L'unique héritier des Coimeilles a pour tout bien et pour toute ressource un misérable emploi de quatre ou cinq cents livres. Il serait digne de notre siècle et de notre gouvernement de corriger la mahgnité de cette destinée. J'ose solliciter en faveur des rejetons de La Foîitaine, l'attention généreuse de cette protectrice des arts, éclairée elle-même de leur flambeau , dont sa bienfaisance augmente et son goût épure la lumière. Je ne craindrai pas non plus de réclamer pour le même objet les bontés des ministres aujourd'hui en place, qui tous aiment les lettres, et dont quelques-uns les ont cultivées avec des talents réels et des succè> mérités '. »

Le souvenir de son voyage, à Château -Thierry , que Fréron appelle » la circonstance la plus glorieuse et la iihis agréable » de sa vie, lui avait été renouvelé par une lellre que lui adressa, en ITij.S, mademoiselle de La Fontaine, en lui apprenant la mort du petit-lils unique de rinimortel fabuliste.

<( La vénération attachée aux grands hommes, et

Page 1