‹ Les confessions de FréronChapitre 78 sur 189 · L'Amiée littéraire, tome III, pages 3 à · texte numérisé non relu

L'Amiée littéraire, tome III, pages 3 à

avaient la vogue parmi nous. Un galant homme ne pouvait pas décemment ignorer l'algèbre, et pour être bien venu de la plupart des femmes, il fallait au moins savoir raisonner sur les équations. Cette fureur n'est pas encore tout à fait passée, et l'on n'a pas de peine à remarquer le ravage qu'a déjà fait la géométrie dans notre littérature. Eu voulant rendre les esprits plus justes, elle les a rendus plus froids; je n'examine pas si nous raisonnons mieux, que nos pères; ce que je vois de plus certain, c'est que nous avons le sentiment moins vif.

Ce jargon qu'on honore du nom de Philosophie est un manteau qui couvre bien des petitesses. Cependant, il faut avouer que l'esprit géométrique a produit quelque bien; il a accoutumé les gens de lettres à réfléchir sur beaucoup d'objets qui ne paraissaient pas être de leur ressort. En augmentant les réflexions, il a multi-. plié les lumières; au lieu des sujets frivoles dont on remplissait les livres, quelques écrivains judicieux en ont traité de solides; ils ont développé dans leurs ouvrages des vérités avantageuses et des vues patriotiques qui pourront être utiles à la postérité, si elles ne le sont pas à leurs contemporains^

On appelle notre siècle le siècle de la philosophie et de la raison : ne le qualifierait-on pas mieux en le nommant le siècle de l'audace et des raisonneurs? Pres-

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