PRÉFACE. XV
faut non-seulement savoir quels esprits l'ont haï, mais aussi quels cœurs l'ont apprécié et aimé. Le roi Stanislas et sa cligne fille, Marie Leczinska, le dauphin, l'épiscopat et le clergé, ont été les protecteurs déclarés du grand critique; grâce à eux, ses feuilles ont pu continuer,
— quoique à travers la haine de Voltaire, des encyclopédistes et delà tourbe littéraire d'alors,
— à défendre la religion, la morale, le goût et le sens commun...
Ce qui constitue le vrai, l'immense mérite de Fréron, c'est qu'il n'a jamais cédé à la colère dans sa polémique contre des ennemis qui, à défaut de raisons, l'accablaient d'injures. « Tu te fâches, donc tu as tort », était ce que l'on eût pu dire, et ce que répondait Fréron à ses contradicteurs.
Ainsi, la haine des sophistes, la sympathie des âmes honnêtes, le calme dans la polémique, — voilà ce qui distingue la vie et le caractère de l'illustre critique. Il eut la gloire de partager l'opinion publique entre Voltaire et lui ; il eut de son côté tous les amis de la religion et les hommes de goût.
C'est à ceux qui comprennent quelles ruines lamentables ont amoncelées dans les intelli-