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L'Année littéraire, tome VII, page

218 LES CONFESSIONS I>E FRERON.

besoin d'être, celui d'aimer, celui de plaire, c'est-àdire notre attachement à la vie, noire attachement à la société, notre attachement à la réputation, sont autant de besoins supposés en nous par le désir de ne mourir jamais dans la mémoire de nos semblables.

L'attachement à la vie est le premier sentiment que le Créateur nous a imprimé avec la vie elle-même; il y a des hommes cependant en qui l'on chercherait en vain le désir de l'immortalité; c'est là le trait caractéristique qui distingue l'homme pensant de Thomme animal. La nature en a mis, il est vrai, le germe dans l'âme du second; mais, elle n"a pu l'y développer. Les mouvements d'un sauvage sont dirigés à conserver, à défendre sa vie, jamais à l'agrandir, jamais à la perpétuer. Tout le monde sait le trait de ce sauvage qui vendit le matin son lit qu'il vint redemander le soir.

L'homme en qui l'éducation et la société ont cultivé et fortifié le sentiment et la nature, existe encore plus par son âme que par ses sens. Le champ de l'avenir s'offre à ses yeux; il dévore, si l'on peut le dire, l'avenir de ses regards; il trouve partout des issues, et nulle part des bornes'.

Il y a longtemps que nous avons besoin en philosophie qu'on ne cherche pas à nous faire illusion; mais la manie du singulier a gagné tous les esprits, et làdessus le physicien a autant de reproche à se faire que le poëte.

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