‹ Les confessions de Fréron (1719-1776): sa vie, souvenirs intimes et anecdotiques, ses penséesChapitre 11 sur 213 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

gences, et sur le sol même de notre pays, les doctrines perfidement flatteuses des apôtres de l'incrédulité et du matérialisme, que nous offrons ces pages ; elles leur reviennent de droit. Ils y trouveront, — et ce ne leur . sera pas une médiocre consolation et un petit encouragement, — la personnalité et la parole franche, sincère, éloquente parfois, spirituelle, incisive, convaincue toujours, d'un des nombreux défenseurs de la vérité et du goût , à ôette époque agitée qu'on nomme le dix-huitième siècle „

Puissent ces pages et cette publication même dissiper une erreur trop accréditée même chez les esprits les plus honnêtes de notre temps, — c'est que la Vérité a vu sa cause abandonnée ou mal servie, alors que le sophisme cherchait à la saper de tous côtés. Mensonge ténébreux que l'on ne saurait assez démasquer ! Jamais la Vérité n'a manqué de défenseurs ; à aucune époque son camp n'a été déserté; toujours de vaillants soldats ont bravé pour l'ainour d'elle les plus terribles épreuves... Fréron est un de ces soldats.

Ch. BARTHÉLÉMY.

DE FRERON

Un ancêtre de Fréron.— Jean-Baptiste Rousseau. — Le futur critique. — Débuts de l'abbé et du chevalier. — Il a pour maître Desfontaines. — Reconnaissance du disciple — Ses liaisons littéraires. — Souvenirs intimes sur l'abbé Desfontaines. — Lettres de madame la comtesse de... trois étoiles. — Correspondance entre deux femmes d'esprit, au siècle dernier. — Le poëte Roy, correspondant de la comtesse ***. — Anecdotes sur la Bretonne mademoiselle Malcrais de la Vigne. — Une mystiGcation littéraire et féminiue. — Fréron au donjon de Vincennes.* — Lettres sur quelques écrits de ce temps. — Un songe allégorique. — Génus irritabile vatum. — Échange de lettres entre Marmontel et Fréron, à propos de Denys le Tyran. — Voltaire fait complimenter Fréron. — L'aspic de Yaucanson. — Encore le poëte Roy. — Profession de foi de Fréron. — Épigramme sur l'abbé de la Porte. — Parallèle entre les prédicateurs et les critiques.— Portrait de Voltaire. — Fréron éditeur des œuvres du grand Racine.

Élie-Catherine Fréron naquit à Quimper, en 1719, d'une famille honnête et alliée, — comme il nous l'apprend luimême, — par sa mère, à celle de Malherbe :

« J'ai l'honneur... d'appartenir à cet illustre poëtç. On conserve encore dans ma famille le recueil de ses œuvres , qu'il envoya lui-même à un de ses

proches parents établi en Bretagne. C'est dans cet exemplaire qu'on m'a, pour ainsi dire, montré à lire ; ce sont au moins les premiers vers que j*ai appris par eoeur 1 . »

Fréron fit ses étude» ehez les Jésuites, où il donna de bonne heure une idée de ses talents. Ses maîtres furent le père Brumoy et le père Bougeant, qui lui inspirèrent le goût de la belle littérature et lui inculquèrent les principes de la saine critique, basée sur l'admiration intelligente et réfléchie des grands modèles de l'antiquité et du siècle de Louis XIV. Après avoir terminé ses classes avec honneur, le jeune Fréron professa pendant quelque temps avec succès au collège de* Louis-Ie-Grand, à Paris, un des plus célèbres de ceux que dirigeait si brillamment la compagnie de Jésus.

C*est pendant son séjour chez les Jésuites, au noviciat et au collège de Louis-le-Grand,,— ■ eux 4735*— qu'il arriva à Fréron une occasion éclataate de moatrer sa vocation et son goût de critique, d'une façon très-remarquable ; il n'avait alors que seize ans*

« Le célèbre Père Brumoy.*. m'honorait de son

amitié, et daignait* de cofteert avec le Père Bougeant -, me guider dans mes études. J'aimafe la poésie avec passion, et le Père Ërumoy ne faisait

1. Opuscules de Fréron, tome I, page 362, et Y Année littéraire * 1757, tome VII, page 167. Poésies de Malherbe, édition in-8<>, 1757. « L'éditeur et le libraire méritent toute la reconnaissance du public. Je leur dois en mon particulier des remerciements personnels. L'honneur qme j'ai d'appartenir au geand Malherbe, du côté de ma mère, me rend plus intéressante et plus précieuse cette édition de ses Poésies, que j'ai sues par cœur dès mon enfartee, et eu j'ai appris à lire. »

LES CONFBf gIOTf« DB FRÉRON. S

qu'enflammer cette ardeur, eu me pariant sans cesse de Rousseau qui lui écrivait souvent. Le Pindare de la France lui fit parvenir une ode en manuscrit, qu'il venait de faire sur la paix, en le priant de la lire d\m œil sévère et de lui marquer les défauts qu'il y trouverait. Le Père Brumoy me montra cette ode, et me força de lui dire ce que j'en pensais» l'osai lui citer les endroits qui me déplaisaient. Il envoya ses notes à Rousseau qui l'en remercia, et quelque temps après lui adressa une autre copie, corrigée d'après ses observations. Cette seconde leçon, beaucoup meilleure que la première, n'était pas encore assea digne d'un poëte aussi renommé ; autres changements indiqués. Le docile Romstm refit cette ode jusqu'à trois fois, et la mit en état de tenir sa place parmi les plus belles de son Recueil 1 . »

En 1739, se sentant entraîné vers une vocation qu'il devait illustrer, — celle de la critique littéraire, — il quitta le collège, témoin de ses premiers succès et ayant fait connaissance de l'abbé Desfontaines, il lui demanda d'être associé à ses travaux 1 . Fréron avait alors vingt ans.

Page 1