‹ Les confessions de Fréron (1719-1776): sa vie, souvenirs intimes et anecdotiques, ses penséesChapitre 12 sur 213 · V Année littéraire de Fréron, 1774, tome I, page» 7 et S · texte numérisé non relu

V Année littéraire de Fréron, 1774, tome I, page» 7 et S

2. Fréron écrivait, en 1757, au sujet de la part que Tauteur de f Esprit de tabbè Des fontaines lui attribuait dans la rédaction des diverses feuilles de ce célèbre critique : « L'éditeur s'est trompé lorsqu'il a dit que j'ai spécialement travaillé aux Jugements. J'y ai fait quelques articles, à la vérité, mais en très-petit nombre* C'est aux Observations que j'ai eu beaucoup de part, surtout depuis la mort de Tabbé Granet (en 1741). Il y a environ sept ou huit volumes de ma façon. J'ai encore aidé l'abbé Desfontaines

Dans le cours d'une carrière longue et agitée, il garda toujours une vive reconnaissance pour ses anciens maîtres, et il n'y a pas d'écrivain de leur ordre dont il ne parle avec éloge dans ses écrits.

Le dix-huitième siècle qui aimait le pseudonyme ne s'étonna pas de voir Fréron — comme bien d'autres de ses contemporains, — s'intituler successivement Vabbé Fréron,*le chevalier Fréron; c'est sous ce dernier nom qu'il publia, d'abord dans les feuilles de l'abbé Desfontaines, puis dans le recueil de ses Opuscules, et, plus tard, dans VAlmanach des Muses, diverses poésies fugitives, au premier rang desquelles on peut mettre Y Ode sur la bataille de Fontenoy *, une des meilleures qui aient paru depuis celles qui ont immortalisé le nom de Jean-Baptiste Rousseau.

Est-ce à dire pour cela que Fréron était né poêle et qu'il eût pu suivre cette carrière honorable, mais hérissée de difficultés? Certes non, et il eut le bon esprit de ne pas se méprendre sur la portée du succès de ses vers, et surtout de son ode. Cependant, toujours fidèle à son goût pour la poésie, nous le voyons analyser avec une prédilection marquée les productions en ce genre, et, parfois même, lâchant la bride à son Pégase, semer de quelques vers, voire de tirades assez étendues, éloquentes ou spirituelles, ses appréciations critiques.

De son amour pour la rime et de ses premiers essais en vers, il resta au style de Fréron les qualités, et — pourquoi ne le dirions-nous pas aussi ? — les défauts qu'en-

dans sa traduction de Virgile. » (Année littéraire, 1757, tome III, page 133.)

1. A la fin de ce volume j'ai réuni les Poésies fugitives de Fréron, et entre autres, son Ode sur la bataille de Fontenoy] — Dans une lettre à Roy, — célèbre poëte lyrique dans le genre illustré par Quinault, — Fréron lui dit : « Le public honora d'un favorable accueil mon Ode sur la journée de Fontenoy. Vous daignâtes vous-même applaudir à ce faible essai. » (Lettres sur quelques écrits de ce temps, 1749, tome I, page 197.)

traîne remploi de la forme poétique dans les allures de la prose.

Ce style nombreux, carré, précis, pur et correct, est quelquefois surchargé d'épithètes, de métaphores cherchées, d'images mythologiques. Mais ces défauts sont de son siècle; ses qualités seules lui sont propres.

D'ailleurs, que d'esprit! quelles fortes études chez Fréron ! Avec quel art et quel bonheur il employait Tironie ! combien il se montra familier avec toutes les ruses du genre polémique! Il semblait que ce fût là son élément natif,

Et comme on naît poète, il était né critique.

De 1739 à 1745, époque de la mort de Desfontaines, — c'est-à-dire pendant six années, — sous la direction et avec les conseils d'un tel maître, Fréron fit un apprentissage au sortir duquel il passa si bien maître à son tour et acquit en peu de temps un si grand renom, qu'on peut dire qu'il ne tarda pas à faire oublier l'éminent critique qui lui avait donné des leçons.

Cœur loyal et reconnaissant, aimant sincèrement et son pays natal et son maître, il ne laissa jamais passer la moindre occasion de rappeler l'un et de louer l'autre.

Dans une lettre adressée à l'abbé Desfontaines, au sujet de la petite comédie du Sylphe ! , de Saint-Foix, Breton comme lui f , Fréron dit :

« Je ne suis pas moins jaloux de la gloire de la Bretagne, que vous Têtes de l'honneur de la Normandie 3 . L'intérêt même que j y prends doit être d'autant

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