‹ Les confessions de Fréron (1719-1776): sa vie, souvenirs intimes et anecdotiques, ses penséesChapitre 123 sur 213 · Ibid., 1759, tome I, pages 318 et · texte numérisé non relu

Ibid., 1759, tome I, pages 318 et

CRITIQUE LITTÉRAIRE. 25ï

La promptitude ou la facilité du travail et le mérite intrinsèque d'un ouvrage ne peuvent se compenser mutuellement. Le génie se mesure à ses productions et non au plus ou au moins de temps qu'on y met.

Il est vrai que la facilité d'écrire est elle-même un lalent, et qu'à des productions égales celui qui remplit sa tâche en peu de mois, a l'avantage sur celui qui y consumerait des années.

Un écrivain chez qui l'imagination domine, travaillera avec rapidité; il aura du brillant, de belles images, de grands traits, jamais de ces beautés exquises qui demandent de la réflexion et du choix; un autre qui aura plus de goût, de jugement, de délicatesse, que de fer-^ tilité, de feu, d'invention, de vigueur d'esprit, composera des ouvrages qui • auront peu de défauts, mais point de traits éclatants.

Ni l'un ni l'autre ne produiront des chefs d'œuvre. C'est le concours heureux de ces différentes qualités qui forme les hommes de génie.

C'est donc par les ouvrages eux-mêmes qu'il faut juger du degré de génie qui les produit, et non par la rapidité de l'exécution. Chaque esprit a des limites audelà desquelles il ne peut atteindre. Si Pradon eût travaillé dix ans de plus à sa Phèdre^ jamais elle n'aurait égalé celle de Racine, et Corneille ne se serait jamais élevé au-dessus de Polyeucte et de Cinna *.

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