‹ Les confessions de Fréron (1719-1776): sa vie, souvenirs intimes et anecdotiques, ses penséesChapitre 142 sur 213 · I. Voltaire. — II. Le» Axqrlait · texte numérisé non relu

I. Voltaire. — II. Le» Axqrlait

Après avoir observé cet estre avec le télescope de la critique, me sera-t-il permis de décrire son diamètre et ses mouvements.

Il: est d'une grandeur prodigieuse; il attire tout dans son tourbillon. Il est entouré d'un nombre infini de satellites. On y découvre des taches énormes, dont quelques-unes ressemblent à des plaines vides et désertes, quelques autre* à des landes hérissées de pointes. Sa révolution autour du mont Parnasse est irrégulière. Dans le temps qu'on le croit arrêté vis-à-vis le canton délicieux de la poésie, on le voit se transporter tout à coup aux sables arides de la géométrie, etpnsser au même instant dans les champs de l'histoire.

Plus f examine ce corps lumineux, et plus je trouve fondée Thypothèse de M. de Buffon.

En effet, cet astre ne serait-il pas une partie détachée du soleil? Il a brillé ^sur notre horizon et a paru tout en feu tant qu'a duré sa chaleur centrale; mais, il commence à se refroidir; les vapeurs se condensent, et

peut-être le verrons-nous bientôt totalement changé en planète.

Pour parler sans figure, M. de Voltaire est assurément un des plus beaux esprits de France et le versificateur dont le coloris est le plus brillant. Il a toutes les grâces, toute la vivacité de nos femmes aimables; mais, on lui refuse absolument la beauté romaine. C'est réellement un auteur français; c'est-à-dire, qu'il appartient à sa nation et à son siècle, au lieu que les vrais poètes sont de tous les pays et de tous les temps. Souvent esclave du goût dominant, il a préféré l'avantage d'être connu de ses contemporains h la gloire d'être admiré de nos derniers neveux*.

Ce n'est pas que je prétende que ses écrits ne parviennent à la postérité ; mais je doute qu'elle le place au même rang que les beaux génies du dernier siècle. Il sera lu comme un écrivain de beaucoup d'esprit, à qui il manquait les parties les plus essentielles. L'invention et le jugement font les grandes poètes 1 .

Que sur ces bords heureux, où le goût tient son empire, il se trouve des esprits rebelles à ses leçons, c'est de quoi vous ne vous êtes jamais étonné : chez les peuples les plus policés on rencontre quelques barbares. Mais, qu'une nation entière, qui depuis longtemps cultive les Lettres, qui se voit enrichie des trésors

1. Lettres sur quelques écrits de te temps, tome III, pages 45 à 47.

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