‹ Les confessions de Fréron (1719-1776): sa vie, souvenirs intimes et anecdotiques, ses penséesChapitre 196 sur 213 · La bataille de Fontenoy eût lieu le 11 mai · texte numérisé non relu

La bataille de Fontenoy eût lieu le 11 mai

Que dis-je ? Contre toi si LOUIS se déclare, Sa valeur fait tes maux, sa bonté les répare; Tu devras ton bonheur à son bras irrité.

C'est ainsi que le Nil, franchissant son rivage,

Dans les champs qu'il ravage, Répand le germe heureux de leur fécondité.

Dans l'horreur de la nuit, la Discorde infernale A rempli tour à tour du venin qu'elle exhale Les LIONS réunis aux sanglants LÉOPARDS.

Sortis du fond des bois, ils viennent sur leurs têtes

Attirer les tempêtes, Qui foudroyaient déjà l'orgueil de tes remparts.

La barrière des cieux au soleil est ouverte.

Ennemis, frémissez : témoin de votre perte, Pour la dernière fois il éclaire vos pas; Il n'aura point fourni sa brillante carrière,

Qu'épars sur la poussière, Vous serez engloutis dans la nuit du trépas.

MAURICE et CUMBERLAND, précédés du tonnerre, Sous leurs fiers escadrons ont ébranlé la terre; Leurs soldats sont tout prêts; ils vont tenter le sort. Déjà sont dirigés ces bronzes formidables,

Dont les flancs redoutables Renferment la terreur, le carnage et la mort.

Le clairon retentit. A ce signal terrible

La foudre a répondu par un bruit plus horrible ;

Un fracas meurtrier fend la voûte des airs.

L'Escaut, saisi d'effroi dans sa grotte profonde,

Précipite son onde, Et court s'ensevelir au vaste sein des mers.

Muse, retrace-moi le choc des deux armées, D'une égale fureur au massacre animées; Le fer, le feu, la mort lancés dans'tous les rangs ; Des coursiers belliqueux les bouches écumantes,

Et les plaines fumantes Du sang des bataillons sous le glaive expirants.

Deux tonnerres, cachés dans les sombres nuages, k Par leur choc ténébreux, précurseur des orages, Troublent ainsi des dieux les paisibles lambris : Ils tombent en grondant de la voûte céleste,

Et leur chute funeste Dans les champs ravagés sème d'affreux débris.

« Avancez, dit LOUIS à sa garde fidèle :

€ Volez, brillante élite, où l'Honneur vous appelle; « Il n'appartient qu'à vous de fixer 4e Destin; « Paraissez : la Victoire, à regret indécise,

« Sur vos drapeaux assise, « Va réparer l'affront de son vol incertain. »

Dociles à sa voix, nos guerriers magnanimes Rejettent les conseils des cœurs pusillanimes, Qui, prompts à s'alarmer, désespèrent toujours; Et traînant* de leurs ans la méprisable chaîne,

Immoleraient sans peine Le salut d'un empire au salut de leurs jours.

Ils partent; c'en est fait : leur audace aguerrie A repoussé l'Anglais, a vengé la patrie.

L'Art a beau seconder un impuissant courroux : Ce chef-d'œuvre imprévu des leçons de BELLONE,

Cette épaisse colonne, Prête à les écraser, s'écroule sous leurs coups.

Tel, aux climats du Nord, où sa fureur s'exerce, Le fougueux Aquilon de Son souffle renverse Ces chênes orgueilleux, ornements des forêts : Telle et plus redoutable en sa course rapide,

On voit la flamme avide Dévorer les épis qui couvrent nos guérets.

Fortune, les Français dont la valeur t'enchaîne Regardent d'un même œil ton amour ou ta haine ; Tu n'as rien fait pour eux: ils ont tout fait sans toi. Ce peuple, pour soumettre au joug de l'esclavage

L'ennemi qui l'outrage, N'a besoin que d'un chef ou des yeux de son roi.

Mânes de nos héros, ah! si cette journée Est le terme fatal de votre destinée, Cédez, sans murmurer, à la rigueur du Sort :

Minos vous a reçus des bras de la Victoire;

Les rayons de la Gloire Ont dissipé l'horreur des ombres de la Mort^

GRAMMONT, je n'entends plus soupirer ta vaillance, De laisser après toi le Destin en balance ; Les vaincus aux enfers rassurent ton grand cœur : Us reculent encore à l'aspect de ton ombre;

Leur frayeur et leur nombre Te sont de sûrs garants que ton Maître est vainqueur.

Rivaux, dignes de nous, si le sort de vos armes A la fière Albion fait répandre des larmes, Vous n'en êtes pas moins et la gloire et l'appui : A vos nobles efforts on rend cette justice,

Qu'un autre que MAURICE Eût vu votre valeur triompher aujourd'hui.

TOURNAY ranime en vain ses forces épuisées;

Sous les débris fumants de ses tours embrasées

Vos pâles compagnons tombent ensevelis :

GAND , BRUGES, DENDERMONDE ouvrent déj à leurs portes

Et nos braves cohortes Dans OUDENARDE en feu vont arborer les Lis.

Cessez de disputer cette triste contrée,

Que Bellone aux Bourbons tant de fois a livrée.

Dans des temps plus heureux vous pouviez nous dompter :

Mais aujourd'hui craignez de nouvelles disgrâces;

Retournez sur vos traces; Votre plus beau triomphe est de nous éviter.

L'hommage que Ton doit à tes vertus suprêmes,

Grand ROI. nos ennemis te le rendent eux-mêmes :

Ils viendront à tes pieds implorer tes bienfaits. Après avoir chanté l'éclat de tes trophées,

Puissent les doctes fées Célébrer sous tes yeux les douceurs de la Paix!

Tel Auguste autrefois, favorable au génie, Excitait les talents des fils de l'Harmonie; Il abaissait sur eux ses fertiles regards :

D'une main il fermait, déposant son tonnerre,

Le temple de la Guerre, Et de l'autre il ouvrait le temple des Beaux-arts 1 .

Page 1