Ibidem, 1764, tome VIII, page
ennemi des aveux éclatants et irrécusables. Nous n'en citerons qu'un ; il suffira pour bien faire apprécier la réputation littéraire du rédacteur en chef de l'Année littéraire et sa supériorité sur tous les autres critiques de celle époque.
Un seigneur de la cour de Turin l ayant invité Voltaire à lui indiquer un correspondant littéraire à Paris : « Adres- « sez-vous — dit Voltaire, — à ce coquin de Fréron; il n'y « a que lui qui puisse faire ce que vous demandez. » Le seigneur, qui avait lu les diatribes de l'auteur de la Henriade, s'étonnant d'un tel avis : « Ma foi oui, — répliqua « le philosophe, — c'est le seul homme qui ait du goût; « je suis forcé d'en convenir, quoique je ne l'aime pas, et a que j'aie de bonnes raisons pour le détester. »
Malgré, — peut-être même à cause de la brutalité des termes de cet aveu si franchement involontaire, — nous en avons fait une des épi graphes de cette publication consacrée à Fréron ; tant ces paroles ont d'énergie et de poids. C'est la confession d'un ennemi,— et quel ennemi que Voltaire!...
A cette époque — et c'est tout dire , — Fréron était en France l'homme qui occupait le plus , avec Voltaire, les cent bouches de la renommée; le patriarche de Ferney dont l'ambition effrénée fut toujours de régner seul dans le monde littéraire, ne put jamais pardonner à son redoutable critique, d'avoir partagé l'empiré avec lui.
A travers ses ennuis, ses épreuves et ses tribulations, dont lui-même vient de nous tracer le tableau animé et vivant; en dépit d'occupations aussi ingrates que celles d'un critique, Fréron n'oublia jamais la Muse qui avait charmé sa jeunesse, et dans son âge mûr, — jusqu'au dernier soupir, disons-le, — il ne laissa échapper aucune occasion de lui sacrifier.
« J'ai toujours aimé la poésie, monsieur, — écri-