‹ Les confessions de Fréron (1719-1776): sa vie, souvenirs intimes et anecdotiques, ses penséesChapitre 87 sur 213 · Ibid. f page · texte numérisé non relu

Ibid. f page

Il me paraît nécessaire de convenir de ce qu'on entend par un grand homme, et de ce qui qualifie le héros.

Un grand homme doit moins à la fortune qu'à ses réflexions. Toute sa conduite est suivie, et, ne donnant presque rien au hasard, il prend toutes les mesures possibles pour assurer le succès de ses desseins; de sorte qu'il y a plus lieu d'être surpris s'il ne réussit pas que de voir tout succéder à ses vues.

Un héros, au contraire, ardent dans ses entreprises, compte moins sur les mesures que sur son intrépidité. Brave avec excès, il se livre sans réserve aux dangers les plus évidents, sans attendre qu'il y soit obligé; il va toujours en avant, n'a point d'objet fixe, et embrasse avec vivacité toutes les occasions qui peuvent donner de l'éclat à ses actions. Presque tous les héros n'ont été jusqu'ici ou que des gens d'un tempérament chaud et bouillant ou des enthousiastes ; on peut regarder tout ce qu'ils font comme ces jeux par lesquels la fortune élève ses favoris au plus haut degré de puissance, et les étonne par des succès qu'ils n'attendaient pas euxmêmes. On voit aussi dans quels abîmes ils se précipitent lorsque cette capricieuse dispensatrice des prospérités et des revers vient à les abandonner.

Ainsi le héros est bien au-dessous du grand homme 1 .

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