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©reste n^esteit encore qu-en la première fleur de son âge (i); et si néantmbins, par ie continuel estude de la Philosophie où I ''avoit embarqué son cher ami Marchand, il avoit tellement appaisé les troubles des affections violentes et des appétis desreglez
(i) Agé de vingt-trois ans.
dont la jeunesse a accoustumé d'estre agitée, qu'il s'en falloit peu qu'il ne fust arrivé à l'exemption de passion des Stoïques. Car s'estant premièrement, par un oubli voluntaire, guéri des maux passez que luy a voit, apporté la perte de son premier ami Rigaultl et de sa bonne sœur Angélique, il s'estoit muni de patience contre la tyrannie) qu'exerceoient cruellement sur luy son père' et sa mère; et, ayant abandonné tous ses premiers desseins qui luy avoient inquiété l'esprit l'espace de plusieurs années, ou de s'enterrer tout vif dans uti monastère, ou ] se jetter dans un nouveau esclavage du/ service de quelque grand pour éviter celui de ses parens, il s'estoit enfin résolu de les supporter, non seulement avec courage,, mais encore allègrement. Et, à cet effet, il '
retrancha Festude pénible de la critique et de la grammaire, à quoy il s'estoit autrefois appliqué avec ardeur, partie par ostentation, comme aussi pour, en acquérant de l'estime, pouvoir se procurer quelque condition avantageuse où il pust se retirer à l'abri de la persécution domestique; et fit dessein de ne plus chercher d'oresnavant que la beauté et le plaisir dans les livres. Auxquels il joignit encore de plus le divertissement de la musique, qu'il fit prendre aussi à son frère HuUon, à sa belle cousine Catherine, et à son ami Marchand : lequel estant devenu en cette occasion esperdument amoureux de la beauté du visage et de l'esprit de cette fille, et des charmes de sa voix, il receut autant de mal et de fascherie de ce passetemps, qu'Oreste en eut
de contentement et de satisfaction, qui a espf ouvé les effets de la musique si puissans sur son tempérament, qu'il leur attribue la cause de la santé extraordinaire dont il jouit depuis trois ans sans interruption, et recognoit qu'il tenoit en partie d'eux la gayeté et le repos d'esprit dans lequel il vivoit depuis quelque temps, lorsque l'Amdur, envieux de le voir, à l'âge de vingt et trois ans, jouir desjà des privilèges d'une mure vieillesse, l'embarqua dans l'affection d'une fille^ où il y a fait esprouver toutes les f oîftunes et toutes les tempestes que les poètes les plus amoureux ayent jamais descrites.
Ge fut en l'année 1629^ que sa mère ayant à son ordinaire mené par force à vendanges à Fontenay Oreste, elle voulut
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exercer sur luy une nouvelle sorte de tyrannie, lé faisant tenir tout du long du jouf ' près d'elle, ou à luy dire quelque bagatelle, ou bien à la mener promener : où lors elle ! desployoit les forces de son éloquence I l criarde et injurieuse. Dont Oreste voulant ' s'exempter, et se voyant privé de toute autre conversation agréable d'amis, il résolut de se jetter entièrement dans la soli- I tude; de sorte qu'hors les heures du dormir et du manger, il se tenoit continuellej* ment caché dans quelque bois esloigné, ou quelque montagne escartée, ne prenant avec soi pour compagnée qu'un Senèque, et un I livre d'airs. Là, il apprit ce que c'estoit de I la vie solitaire, et qu'elle n'est point si hor- I rible ni si mélancholique que l'on la figure :
quelques incomnioditéz, elle
possède aussi en récompense de très grands avantages, se pouvant dire la mère de la liberté, du repos et de la vraye Philosophie, qui ne consiste pas à lire ni à disputer, mais en la profonde et forte méditation des choses d'ici-bas.
Cestoit à quoy Oreste employoit la plus; part du temps qu'il demeuroit ainsi retiré;! et lorsqu'il luy estoit venu quelque pensée extraordinaire, il l'alloit communiquer à un galant homme de Feuillant, qui demeuroit dans un petit hermitage là auprès ; et c'estoit là le seul commerce qu'il eust avec les hommes, s'estant interdit tout autre, mesme; avec ceux du logis, à qui il ne parloit que^ fort peu ou point du tout. Et il y avoit un mois qu'il gardoit ce silence solitaire, lorsque un matin s'estant allé promener dans.
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le clos de la maison, il rencontra dans une vigne une petite fille que sa mère avoit treuvée demandant Taumosne par le village : elle l'avoit prinse depuis un jour ou deux chez elle pour garder les vaches.
L'abordant, comme à une nouvelle venue, il luy demanda son nom, son âge et son païs; et voyant qu'elle faisoit extraordinairement la honteuse et la simple, il luy vint un caprice d'esprouver seulement par plaisir si l'argent avoit autant de pouvoir sur les esprits de village comme sur ceux des villes. Il luy met donc une couple de sols dans la main, et aussitost, la résistance commenceant à s'affoiblir peu à peu, elle se laissa coucher, et toucher partout. Oreste ayant fait rencontre d'un petit arbre où la mousse ne faisoit encore que poindre, et
ms GONFESSIONS
qui avoit toutes les apparences de n'avoir jamais esté habité, pour Tamour qu'il commenceoit à porter aux lieux solitaires, il luy print à Theure envie de visiter quelquefois ce petit désert, et principalement à cause du peu de difficulté qu'il y avoit d'y parvenir, ayant arresté le prix à un sol per volta.
Ayant donques donné le rendez-vous à cette fille le soir au mesme lieu : comme il voulut faire son entrée in monte ficale (i), l'étroitesse des lieux, et la froideur qui a accoustumé de le saisir en telles actions, luy esmoussa tellement sa pointe, qu'il- ne put jamais passer outre. Dont tant s'en fault qu'il se faschast et troublast, comme
(i) Italien : le ment à la figue.
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il avQÎt fait d'autres fois que cela luy estoit arrivé, qu'au contraire cet accident luy fournit toute la nuit suivante des pensées les plus agréables et les plus sérieuses qu'il ait eu de sa vie. Car, sitost qu'il fut couché^ il Gommencea à philosopher profondément sur la rébellion que faisoit continuellement, dans toutes les plus belles occasions, jce membre du milieu à la partie supérieure ; et voulut sçavoir si le deffaut venoit d'elle ou de luy. C'est pourquoi voulant bien co^ gnoistre l'origine et la cause dé son mal^ il commencea, premièrement, à en considérer les êffets, et se rappeler en la mémoire tous les symptômes^ par liur ordre, qu'il j|treuva avoir tousjours esté tel pour l'ordinaire :
Devant qtie se treuvèr avec quelque
femme, il estoit dans des ardeurs et des impatiences nompareilles tout le temps!
qu'elle estoit absente : puis, en la présence, aussitost il se sentoit frappé de je ne sçai quelle mauvaise honte si opiniastrement froide, que ni la chaleur du devis, ni du vin, ni des caresses, ni des baisera mesmes ne la pouvoit surmonter : il em falloit venir à une forte et puissante opé-1 ration de main, et après avoir bien pressé, j hoché et frotté une grosse heure durant jusques à la lassitude de l'un et de l'autre, ! et s'estre imaginé toutes les plus rares beautez qui soient au monde (car Oreste a cette humeur de ne songer jamais en ces actions-là à l'objet présent, mais à quelque^ autre dont la seule veue luy aura autrefois plu), il ne succédoit autre chose qu'une
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ï/excessive sueur, suivie incontinent après ^'un frisson si violent, qu'il n'y avoit si peite partie de son corps qui n'en fust esbranlée avec une espèce de convulsion. Ce qui luy causoit une telle dissipation d'esprits, qu'il demeuroit comme esvanouy une I bonne espace de temps. Que si, après cela, «Ul pensoit solliciter et presser de nouveau son bidet ombrageux, c'estoit lors qu'il recommenceoit de plus belle ses quintes et son opiniastreté ; car il l'a veu mille fois se dresser, puis, au mesme instant qu'il le vouloit faire entrer, tomber plus mort que jamais. Enfin, après deux ou trois heures de cet ^ esbatement, la plus grande satisfaction f qu'il en pouvoit tirer, mais ce encore rarement, c'estoit quelque trois ou quatre gouttes de sperme, qu'il laissoit encore aller avec
une telle malignité, qu'alors, au lieu de sèj mettre en estât, il estoit plus plat et flasqu^' que jamais ; et, au lieu d'apporter la volupté ordinaire, il donnoit de la douleur. Ces ' efforts extraordinaires estoient suivis d^une telle lassitude, qu'il falloit plus d'une nuit , pour s'en tirer, et les marques en restoient plus d^ijin jour sur le visage. ( Après ayoir fait cette exacte anatomie dej son mal, Qreste se mit à en rechercher lesi causes : si elles venoient, ou de son pre-i rnier et naturel tempérament, ou des dé-\ sordres de sa jeunesse, dont il fit une revue ] à cet effet. *
Il se souvint qu'à peine avoit-il huit ans^ qu'il commencea à grimper des petites damoiselles qui venoient jouer avec sa sœur : car, au lieu de leur mettre de petits bastons
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îans le comme font les petits enfans, eignans de se donner des elystères, il les filoit gaillardement, ne sçachant néantnoins ce qu'il faisoit; et n'apprit ce que c'estoit de besogner pour le moins de trois >u quatre ans après, que son frère le luy |it 3 ce qu'il imprima si feif n d^ns sa méraoi- |6, §u-ii m semimt mee^e à cette heure du mx¥ et du meiê, qui fut un vendredi raatiu, m Mai,
Estant parvenu à l'âge d'onze ans, il reuva de luy-mesme le moyen de se masurber, en cette façon : ^
Une après-disnée, comme il estoit dans n^ petite estude assis sous une table sur ne pierre, regardant son sexe et le maiant, il sentit je ne sçai quel chatouille- |||nent extraordinaire, ce qui le fit recom-
mencer une autre fois avec plus d'atteni tion. Et y ayant treuvé un goust nompal reil, il commencea de là en hors à perfea tionner cet art dont il s'imaginoit estr^ rinventeur; l'apprenant aux petits laquais de chez luy et à quelques enf ans de ses voi-| sins. Et fut environ quelque deux an?^ exerceant ainsi ce mestier, dont luy-mesmj ne sçavoit pas le nom, y prenant un granl dissime plaisir encore qu'il ne jettast aucur sperme, la chaleur et les esprits seuls causant ce chatouillement, ainsi qu'il a pens( depuis.
Elle ne commencea à paroistre qu'environ les treize ou quatorze ans, vers lequq temps Ton l'envoya au collège de Calvy où il fut aimé et caressé de plusieurs à cause des belles et rares inventions qu'il avoi
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