XXVIII DUCLOS
partient qu'aux philosophes d'écrire l'histoire », et terminait par « un bon soir, Sallusle ». Plus et même trop sévèrement, Daguesseau disait de ce livre : '< Cest un ouvrage écrit aujourd'hui avec l'érudition d'hier, »
En 1746 Duclos fat élu à l'Académie française, a la place de l'abbé Mongault, et en devint secrétaire perpétuel en lySS, lorsque Mirabaud, le très ignoré traducteur de l'Arioste, fut obligé par son âge de se démettre de ses fonctions. Cinq ans plus tôt, en lySo, // avait été nommé historiographe du roi, à la place de Voltaire, qui venait de quitter la France. En lySi la publication de ses Considérations sur LES MŒURS avait mis le sceau à sa réputation littéraire. « Vous avez bien de l'esprit, lui écrivit à celle occasion Montesquieu, et dites de bien jolies choses. On dira que La Bruyère et vous connaissiez bien votre siècle^ que vous êtes plus philosophe que lui, et que votre siècle est plus philosophe que le sien. Quoi qu'il en soit, vous êtes agréable à lire et vous faites penser. »
A coté des éloges, il y eut aussi les critiques. Comme l'ouvrage débutait par ces mots un peu emphatiques : « J'ai vécu, je voudrais être utile à ceux qui ont à vivre », Palissot s*en moqua dans sa comédie des Philosophes (iy6o), et prétendit que ce n'était pas l'auteur, mais son livre, mort-né , qui disait : J'ai vécu. Une danie de la cour, lisant ces mêmes mots.
SA Vit ET SES ŒUVRES XXIX
s'interrompit en disant : a Où? dans un café. » Les Considérations sur les mœurs sont restées l'ouvrage le plus célèbre de Duclos, mais elles pèchent précisément par ce dont Montesquieu les loue, par le ton philosophique. Chose singulière ! il y manque le trait, dont leur auteur était si prodigue dans la conversation. Duclos le sentit sans doute : car, revenant sur ce sujet, il lui donna la forme du roman à portraits. Dans LES Mémoires sur les mœurs, qui parurent en i75i, il ny oublia pas les femmes, comme on lui avait reproché d'avoir fait dans les Considérations, où leur nom nest prononcé qu'une fois.
Au milieu de ses succès, Duclos n'avait pas oublié sa ville natale. Il mit même son ambition à y briguer les honneurs administratifs, comme nous le voyons par ce joli passage des Mémoires de Marmontel : « L'abbé de Bernis et Duclos alloient ensemble voir M'"« de Pompadour tous les dimanches; et, comme ils avoient l'un et l'autre quelque amitié pour moi, j'allois en troisième avec eux. Elle nous recevait tous les trois familièrement, quoique avec des nuances de distinction très sensibles. A Vun, elle disoit, d'un air léger et d'un parler bref : Bonjour, Duclos; à l'autre, d'un air et d'un ton plus amical : Bonjour, l'abbé, en lui donnant parfois un petit soufflet sur la joue; et à moi, plus sérieusement et plus bas : Bonjour, Marmontel. L'ambition de Duclos étoit de se rendre important dans sa province de Bretagne; l'ambition de l'abbé