PREMIÈRE PARTIE
pourrez vous retirer, le Maure tient votre cheval au bas de l'escalier.
J'employai les termes les plus touchans pour exprimer ma reconnoisssance et mon amour.
Nous étions dans ces transports de l'âme que l'amour seul fait connoître, et qui sont au-dessus de l'expression, quand nous entendîmes un grand bruit dans la chambre qui précédoit celle où nous étions.
— Fuyez, me dit Antonia avec transp)ort, je suis trahie ; je périrai, mais je ne m'en plaindrai pas, si je puis vous croire en sûreté.
Dans l'instant même on enfonça la porte, et je vis entrer un hommme transporté de fureur et suivi de deux valets armés ; il tenoit son épée d'une main, et de l'autre un poignard. 11 se jeta si promptement sur Antonia que je ne pus l'empêcher de lui porter deux coups qui la firent tomber à mes pieds : j'avois des pistolets de poche; je cassai la tête à celui qui venoit de blesser Antonia, et je tins en respect ceux qui l'accompagnoient. Elle me tendit les bras, et me dit d'une voix mourante :
— Qu'avez-vous fait, seigneur ! vous avez tué mon mari !
Les deux valets, occupes à donner du secours à leur maître, me donnèrent le temps de prendre Antonia dans mes bras et de gagner la porte du cabinet, je descendis sans obstacle, je trouvai le Maure qui m'attendoit avec mon cheval; il m'aida à prendre Antonia devant moi, et je m'éloignai de
ce funeste lieu sans savoir où j'allois. Je m'abandonnai à la vitesse de mon cheval.
Cependant, Antonia ne donnant aucun signe de vif, je m'arrêtai pour lui donner quelques, secours: mes soins la firent revenir à la vie.
— Quoi ! c'est vous ! me dit-dlle en ouvrant les yeux, vous vivez, tous mes malheurs ne m-e touchent plus, il n'y a point de grâce à espérer ni pour vous ni pour moi, le rang et la dignité de mon mari vous attireront des ennemis sans nombre ; c'est le marquis de Palamos que vous avez tué, je n'ai d'autre ressource que mon frère : il a un château peu éloigné d'ici, nrenons-'eîi le chemin, il ne me refusera pas un asile.
Je remontai à cheval, je la pris dans mes bras, et nous arrivâmes à la pointe du jour dans le château.
Nous fîmes éveiller aussitôt le comte son frère, et l'on nous fit entrer dans sa chambre, sans avoir été VMS que par vjï seul dom.estique.
Il frémit au récit de l'aventure cruelle qui venoît d'arriver à sa sœur ; il l'aim.oit, il la plaignit, et lui donna tous les secours possibles : ses blessures ne se trouvèrent pas mortelles ; il me conseilla c? me tenir caché le Teste du jour, et, quand la nuit fut venue, il me dit que le service que j'avois rendu à sa sœur !ui faisoit oublier ia vengeance que j'avois tirée de son beau-frère, (( Ma sœur m a tout avoué, ajouta-t-il, elle veut que je sauve vos jours, vous lui êtes cher, et l'amitié que j'ai pour