‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 12 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

vous vis d'une fenêtre grillée. Que n'ai-je point (ait pour bannir l'impression que votre vue a faite sur mon cœur ! Je vous fuyois mal apparemment, car je vous rencontrois toujours.

Nous passâmes la nuit et la journée suivante au milieu des plaisirs et des tendres inquiétudes que la passion donne aux amans, et sur lesquels les plaisirs les rassurent sans cesse.

Quand nous fûmes au moment de nous séparer, Antonia leva les carreaux sur lesquels elje étoit assise, et prit une^pce d'or garnie de quelques diamans d'un assez grand prix qu'elle me força d'accepter. J'y fus obligé, car la plus grande offense que l'on puisse faire à un Espagnol, c'est de refuser ce qu'il offre ; je la reçus donc en baisant mille fois la main qui me la donnait, et je montai seul dans la calèche, qui me conduisit à. l'endroit oij je l'avois trouvée la veille.

Le lendemain, à mon réveil, je reçus une lettre d' Antonia ; ce fut un Maure qui me l'apporta. Elle étoit tendre et passionnée.

Antonia me prioit de me promener le soir à cheval sur la grande place.

(( Je vous verrai sans être vue, ajoutoit-elle, et je jouirai avec plaisir de l'inquiétude où vous serez de ne me point apercevoir. Clara vous dira dema-n, à la grande église, quand et de quelle façon nous pourrons nous revoir. »

J'exécutai les ordres que l'on m'avoit donnés.

Apres avoir regardé Inutillement à toutes les jalousies, je revins chez moi m'occuper de mon aventure.

Le jour suivant je trouvai Clara dans l'église que l'on m'avoit indiquée, qui me dit, en feignant de prier Dieu :

— Rendez-vous à che-val au jour tombant et sans suite derrière les murs du couvent de Saint- François : le Maure que vous avez vu hier s'y trouvera monté sur une m.ule, vous n'aurez qu'à le suivre.

je fus exact au rendez-vous : j'y trouvai le Maure ; il observa toujours le plus profond silence, et nous arrivâmes dans la basse-cour d'un château qui me parut considérable.

Je mis pied à terre ; le Maure prit mon cheval et me fit signe de monter par un petit escalier formé dans une tour.

J'y trouvai Clara qui m'attendoit.

— Venez, me dit-elle, le plus heureux de tous les hommes.

Elle me conduisit avec une lanterne sourde dans un cabinet, d'où je passai dans un appartement superbe où la belle Antonia m'attendoit.

— Vous triomphez de toutes mes craintes, me dit-elle, je goûte le plaisir de vous posséder chez moi, malgré tous les périls que }e puis courir ; j'espère que le bonheur que j'ai de vous voir ne sera point interrompu ; mais, en cas d'accident, vous

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