PREFACE IX
de la Révolution et tant de fo'.s depuis. Il faut dire que Duclos, avec une iniaginaiion bouitlanie, un caractère doux et simple, avait toutes les façons d un étourdi.
Il publia plusieurs ouvrages, à peu près oubliés aujourd'hui, entra à i' Acadérràe en 1746, en devint le secrétaire perpétuel en 1755 ; cinq ans plus tôt, il avait été nommé historiographe du roi, à la place de Voltaire, qui venait de quitter la France.
Cependant, parmi ses œuvres, son livre : Considérations sur les moeurs, est tout à a't remarquable. H Vous avez bien de V esi^rit. Lui écrivit aiorj Montesquieu. On dira que vous connaissez bien votre siècle, que vous êtes plus ph.losophe que La Bruyère... Vous êtes agréable à lire et vous faUes penser. »
Duclos s'est pe'.nt lai-même dans le portrait suivant :
(( Je me crois de l'esprit, et j'en ai la réputation. Il me semble que mes ouvrages le prouvent. Ceux qui me connaissent personnellement prétendent que je suis supérieur à mes ouvrages. L'opinion qu'on a de moi à cet égard vient de ce que, dans la converjsalion, j'ai un tour et un style à moi, qui, n'ayant rien de peiné, d'affecté ni de recherché, est à la if ois singul'er et naturel... Je suis né avec beaucoup \ d'amour-propre, mais je sens que j'en ai perdu une partie, sans qu'il soit aisé aux autres de s'en a!:iercevoir. Je ne dois paraître modeste qu'à ceux dont
je ne me soude pas. La franchise de mon amourpropre est une preuve de mon estime et de mon goût à qui je le montre... Je ne suis pas grossier, mais trop peu poli pour le monde que je vois. Je n'ai jama's travaillé sur moi-même et je ne crois pas que j'y eusse réussi. J'ai été très libertin par force de tempérament, et je n'ai commencé à m' occuper formellement des lettres que rassasié de libertinage, à peu près comme les femmes qui donnent à Dieu ce que le diable ne veut plus. »
Duclos, après avoir mené la vie d'un gentilhomme de lettres et d'un débauché : peu de travail, beaucoup de plaisirs, et gaspillé dans les discussions au Café, toutes les ressources d'un esprit prodigieux, s'éteignit doucement, très âgé, maire de Dinan, sa v'.lle natale, qu'il aimait comme on aime une dernière maîtresse.
Les Confessions du Comte de *** est un chef-d'œuvre d'esprit, d'élégance et de tendresse. A cet égard, il devance son siècle. Le héros du livre, un libertin, renonce aux plaisirs et à la débav che pour tomber amoureux d'une femme charm.ant^, avec laquelle il se marie et qu'il aimera éperdument. Tout est bien qui finit bien. Mais à travei ces pages, que de jolies descriptions, que d'obser Vations fines ou émouvantes, quelle connaissance di cœur humain !
Henry Frichet.
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