‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 44 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

bre sont encore plusieurs de ceux qui sont les premiers auteurs de leur fortune. Ces deux espèces de financiers sont rampans, insolens, avares et magnifiques; c'est m.ême par cet endroit que j'ai d'abord connu la finance.

M. Poncha'rd, dont-le hasard me fit connoître lia femme dans le temps que je cherchois un contrepoison au bel esprit, étoit précisément ce qu'il me faîloit. C'étoit un de ces nouveaux parvenus. Sorti de la bassesse, il étoit monté, par degrés, des plus vils em.plois aux plus grandes affaires, il étoit intéressé dans toutes celles qui se faisoient, et il ne lui manqucit, pour décorer, plutôt que pour achever sa fortune, que le titre de fermier général.

Sa femme, qui étoit d'une extraction aussi basse, en avoit toute la grossièreté, qu'on avcit négligé de corriger par l'éducation.

Les grandes fortune? se commencent souvent en province ; mais ce n'est qu'à Paris qu'elle s'achèvent et qu'on en jouit.

M. Ponchard avoit achevé de gagner à Paris un miliicn d'écus, et sa femme lui avoit apporté un million de ridicules. Elle n'étoit plus occupée qu'à s'enrichir encore de ceux des femmes de condition; mois elle n'en s^isissoit pas les grâces, qui, seules, les font pardofinor à^ce['cs-ci. Comme elle avoit rem.arqué que presque toutes les femmes du mop.de avoient des amans, elle en voulut avoir aus?i, et ce fut dans CCS dispositions que je la trouvai. Elle me

jugea digne d'elle, et la facilité de z<x conquête me déteïmina d'auiant plus qu'elle étoit a3sez bien de sa figure, quoiqu'elle ne fût pas aimaMc.

Ciiaqufc chose a sa lan-'ue ; celle de l'opultnce m'étoit inconnue, et j'eus le tenrvps de l'étudier sous M. Ponchard. Il ne parloit que d'or et d'argent, comme un gentilhomme de campagne ne parle que de généalogies. l\ étoit confiant dans ses propos ; son ton étoit décidé, et son triomphe étoit à table, dont la chère, quoique abordante, ne laisfoit pas d'être délicate. Il y avoit aussi du goût dans ses meubles, et il s'en trouve nécessairement dans toutes les maisons opulentes de Paris, par la facilité que les gens riches, quelque grossiers quTls soient, ont d'avoir à leur service ou à leurs ordres ceux dont la profession s'occupe des choses de goût. Mais, comme ce goût n'est que d'emprunt, il ne sert souvent qu'à faire mieux sentir la crasse primitive du maître de la maison, qu'on ne peut pas façonner comme un meuble.

Pour M"'" Ponchard, el'le n'étoit occupée qu'à étudier et copier les grands airs, qu'elle avoit le m.alheur de prendre toujours à gauche. Quoiqu'elle l)'f,^.t son orgueil >de la fortune ds son mari, e'ie rouirissoit de sa personne.

Je fus bientôt lié dars tcute la finance ; ce fut rin'i que je connus plusieurs maisons de financiers, dont je ne pouvois pas faire une comDaraiîon qui fût avantageuse à celle de M. Ponchard.

D'aiHeiirs, pour me dégoûter de M"' Ponchard,

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