‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 43 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Pour me guérir radicalement et me dégager la tête de toutes les vapeurs du bel esprit, je résolus de vivre quelque temps dans la Enûnce, et ce remède me réussit ; mais il n'étoit pas sûr, et je reconnus que j'avois eu jusque-là sur les financiers des idées très fausses à bien des égards.

La finance n'est point du tout aujourd'hui ce qu'elle étoit autrefois. Il y a eu un temps où un homme.^de quelque espèce qu'il fût, se jetoit dans les affaires avec une ferme résolution d'y faire fortune, sans avoir d'autres dispositions qu'un fonds de cup.dité ef d'avance ; nulle délicatessie sur la bassesse des premiers emplois ; le cœur dégagé de tous scrupules sur les moyens et inaccessible aux remords après le succès. Avec ces qualités on ne manquait pas de réussir. Le nouveau riche, en conccTvant ses premières mœurs, y ajoutoit un orgueil féroce dont ses trésors étoient la mesure ;. il étoit humble ou insolent, suivant ses pertes eu ses gains, et son rnérite étoît à ses propres yeux, comme l'argent dont il otoit idolâtre, sujet à l'augmentation et au décri.

Les financiers de ce temps-là étoient peu communicaîifs ; la dénance Leur rendoit tous les hommes suspects, et la haine publique meîtoit encore une barrière entre eux et la société.

Ceux d'aujourd'hui sont très diiTérens. La plupart, qui sont entrés dans la finance avec une fortune faite ou aivancée, ont 'pu u^ie éducation soignée, qui

en France se proportionne plus aux moyens de se Ha procurer qu'à la naissance, il n'est donc pas étonnant qu'il* se trouve parmi eux des gens fort aimables, il y en a plusieurs qui aiment et cultivent les lettres, qui sont recherchés par la meilleure compagnie et qui ne reçoivent chez eux que celle qu'ils choisissent.

Le préjuge n'est plus le même à l'égard des financiers : on enf fait encore des iplaisanteries d'habitude, mais ce lîe sont plus djs ces traits qui partaient autrefois de l'indignation, que les traités et les affaires odieuses répandcient sur toute la finance, je sais que personne n'a encore osé en parler avantage u sèment.

Pour moi, qui rapports librement les choses comme elles m'ont frappé, ]e ne cra.'ns point de choquer les préjuoés de ceux qui déclament stupidement contre la finance, à qui ils doivent peut-être leur existence sans le savoir.

La finance est absolument nécessaire dans un Etat, et c'est une profession dont la dignité ou la bassesse dépend uniquement de la façon dont ell0 est exercée.

En donnant à ceux qui l'exercent avec honneur lies justes élosfes qy'ils méritent, j'avoue que j'ai trouvé plusieurs financiers qui avoient conservé les rr;oeur? de leurs ancêtres. Cela r^e rencontre Da^rni ceux qui, avec un cœur bas, ont la tête trop foible peur soutenir l'idée de leur opulence. De ce nom-

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