PREMIÈRE PARTIE
aller, mais je ne crus pas mon honneur engagé à lui tenir cette parole.
J'y courus donc, et M"'° de Rumigny, après beaucoup de plaisanteries sur M'"*' de Valcourt, qui toutes portoient coup, me plaignit d'être si fort attaché à une femme qui me traitoit en esclave. Elle m'apprit toutes les aventures vraies ou fausses que le monde avoit données à la marquise. Le mal que l'on nous dit d'une maîtresse n'est pas si dangereux par les premières impressions que par les prétextes qu'il fournit dans la suite aux dégoûts et à toutes les injustices des amans.
M""* de Rumigny, contente de cette première démarche, me pria de la venir revoir en m'assurant qu'elle n'avoit d'autres motifs que son amitié pour moi. Je revins chez la marquise fort différent de ce que je m'y étois trouvé jusques alors; elle s'en aperçut, elle en fut alarmée.
Les sentimens de la marquise ne me touchoient plus.
Je ne sentois que l'ennui et le dégoût d'un plaisir uniforme.
J'allois souvent chez M""" de Rumigny, qui suivoit constamment son projet ; je sentis bientôt pour elle tout ce que m'avoit d'abord inspiré M"^ de Valcourt, c'est-à-dire des désirs.
L'expérience que j'avois déjà acquise me r?ndit pressant ; mais, avant de se rendre, M°" de P.umigny me dit :
(( Je veux le sacrifice de la marquise, j'exige le plus éclatant, et tel que je le prescrirai. Notre rupture a trop fait d'éciat, ma vengeance ne doit pas être ignorée. »
Je voulus lui fa re quelques représentations, mais elle me dit qu'elle ne me verroit jarnais si je balançois un moment.
Je fus bientôt déterminé, je consentis à tout, je renvoyai à la marquise ses lettres et son portrait, avec un billet qui, je crois, étoit fort impertinent, puisqu'il étoit dicté par M"'" de Rumigny ; en un mot, je quittai iS/V"' de Valcourt on ne peut plus mal. Ce nt fut cependant pas sans remords, c'est en vam qu'on veut s'aveugler peur séparer la probité du commerce des femmes. J'avois encore toutes les idées neuves ; le mionde ne m'avoit point appris à me parjurer ; M'"^ de Rumigny à qui je ne cachai point mes remords, prit encore le soin de les calmer : les fem.mes n'ont po^nt de plus grands ennemis que les femmes.
M""^ de Rum.igny ne me fit pas languir davantage.
Le lendemain elle voulut que j 'allasse avec elle à l'Opéra en grande loge ; j'y consentis, son triomphe étoit le m.ien. La marquise s'y trouva le même iour ; elle étcit fort parée, et n'y venoit que pour démentir les discours du public : une telle dém.arche est un coup de partie, le jour qu on a été quittée, miais je remarquai son chagrin caché.