PREMIÈRE PARTIE
Je craignis aussitôt sa colère, mais je fus rassuré par un regard languissant de la marquise, qui m'embrassa avec une nouvelle ardeur. Ce fut alors que je me livrai à l'ivresse du plaisir ; nous ne l'interrompîmes que pour nous mettre à table. Le souper fut court ; je ne laissai pas à la marquise le temps de me parler sentiment, et je crois qu'elle n'eut pas celui d'y penser.
Dès le lendemam un de ses gens m'apporta la lettre la plus passionnée. Cette attention me surprit ; je croyoïs qu'elle n'avoit été imagmée que pour moi. Je sentis que j'y devois répondre ; je croîs que ma lettre devoit être assez ridicule ; la marquise la trouva charmante.
Pendant les premiers jours, je n'étois occupé que de ma bonne fortune et du plaisir d'avoir une femme de condition ; je m'imaginois que tout le monde s'en apercevoit et lisoit dans mes yeux mon bonheur et ma gloire. Cette idée m'empêcha d'en parler à mes amis, mais j'en fus très souvent tenté.
Peu de temps après, je trouvai que la marquise ne m'avouoit pas assez dans le public et qu'elle n'alloit pas assez souvent aux spectacles, oij j'aurois pu, sans prononcer l'indiscrétion, mettre mes amis au fait de mon bonheur. C'étoit en vain qu'elle me représentoit le charme du mystère ; je n'étois inspiré que par les sens et la vanité, et je croyois avoir satisfait à toute la délicatesse possible quand j'avois rempli ses désirs et les miens.
L'hiver ayant rassemblé tout le monde à Paris, la marquise, pour rompre la solitude qu'elle voyoit que je ne pouvois soutenir, donna plusieurs soupers.
Parmi les femmes qui se rendoient chez elle, il y en eut une qui me fit beaucoup d'agaceries, et j'y répondis avec assez de vivacité. M"'* de Valcourt avoit trop d'expérience pour ne pas l'apercevoir. Elle m'en fit ses plaintes, que je reçus assez mal. Je lui dis qu'il étoit bien singulier qu'elle me contraignît au point de ne pouvoir ni parler ni m' amuser même avec ses amies. La jalousie enflamma la marquise, elle fie ménagea plus rien. Bientôt elle afficha publiquement le goût qu'elle avoit pour moi, et bientôt elle le ressentit avec un emportement qu'elle ne m'avoit jamais témoigné. On ne la voyoit plus aux spectacles sans moi ; elle ne soupoit dans aucune maison sans me faire prier. Un aveu si public fut fort de mon goût, parce qu'il flattoit ma vanité.
Quelques jours après, M""* de Rumigny, c' étoit celle qui m'avoit fait des avances, fut piquée. Il étoit de son honneur de n'en pas avoir le démenti. Chez les femmes du monde, plusieurs choses qui paroissent différentes produisent les mêmes effets, et la vanité les gouverne autant que l'amour.
La marquise fit fermer sa porte à sa rivale, la rupture fit éclat, et M"° de Rumigny me pria par un billlet fort simple de passer chez elle. M"" de V'alcourt m'avoit fait promettre de n'y jamais