E. DENTU, ÉDITEUR
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES 3, Place de Valois (Palais-Royal).
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se tourne. Quel est celui d'entre nous qui n'a jamais joué un rôle ou qui n'a jamais voulu être en scène? Demandez aux grands citoyens qui croient gouverner la France, mais qui sont gouvernés par la comédie de TOpinion.
Les théâtres sont peut-être Tendroit où l'on joue le moins la comédie, parce que c'est une comédie connue et apprise par cœur.
J'ai vu la comédie du palais, juges et assassins : le procureur du roi qui veut un criminel, l'avocat qui défend la veuve et qui fait Torphelin. N'étais-je pas en plein théâtre ? Tout le monde jouait son rôle, ceux qui parlaient se disputaient les fleurs fanées de l'éloquence ; Taccusé se sentait devant la rampe, quelquefois devant la guillotine; les témoins, à la manière de Shakspeare, venaient jeter une note gaie dans la tragédie ; les spectateurs prenaient des figures de circonstance et passaient par toutes les péripéties, depuis l'acte d'accusation jusqu'au verdict.
Comédiens, comédiens, comédiens ! J'ai vu la cour sous tous les régimes. Louis XIV dansant dans les ballets, Napoléon prenant des leçons de Talma. Aujourd'hui, vainement les chefs de l'État ont voulu briser avec les façons royales ou impériales, mais leur bonhomie fut toujours un jeu. On pose pour la simplicité, on n'oublie pas un instant qu'on est le premier citoyen de rÉlat, pour dire le contraire de ce qu'on pense. C'est la comédie bourgeoise, mais avec ses coups de théâtre imprévus. Il faut souvent, pour ne pas trouver de fausses, trappes, toutes les malices de Dumas et de Sardou, qui créent les situations impossibles pour avoir l'honneur d'en sortir.
A la cour d'un roi ou d'un empereur, c'est la pièce à
Comédiens et Comédiennes
grand spectacle : les princes et les princesses, avec les chambellans, les grands officiers de la couronne, les pages, les cent-gardes ou les gardes du corps. Et quel drame à la Shakspeare! Les éclats de rire traversent les scènes désespérées pour montrer que c'est bien l'humanité qui est faite d'ombre et de lumière, de larmes et de gaietés.
Quand les Tuileries vivaient d'une vie visible et d'une vie intime, il ne se passait pas un jour qu'on n'y représentât sans le savoir toutes les comédies de la politique, de la diplomatie, de l'orgueil, de l'esprit, de l'ambition, de la bêtise et de l'amour !
Que si vous allez au Sénat et à la Chambre des députés, vous serez encore au théâtre. Je ne vous donne pas ce théâtre-là comme un théâtre amusant; on y voit pourtant quelques acteurs de race, quelques comédiens d'aventures, des premiers rôles tenus haut la main ; mais ces deux troupes-là manquent de public.
En France surtout, où tout est comédie, on est affolé de spectacle, à ce point, que ceux qui ne vont pas au théâtre veulent ne rien perdre de la chronique des coulisses. On ne trouvera donc peut-être pas hors de propos que je peigne encore ici quelques physionomies de comédiens et de comédiennes, plusieurs tableautins de la vie intime du Théâtre-Français vers le milieu du siècle. Les choses de ce tems-là sont encore toutes vivantes dans les esprits, parce que la maison de Molière irradiait alors comme dans ses meilleures périodes.
Une élection de Sociétaires en i8<^o
Le sacré conclave est au Théâtre-Français comme à TAcadémie française. C'est aussi solennel de passer sociétaire que académicien ou pape ; voilà pourquoi les comédiens du Théâtre-Français ont toujours un peu de superlatif dans leur jeu. A Rome on discute les titres c!es candidats; à TAcadémie, on vote silencieusement, au Théâtre-Français on met en balance les qualités et les défauts, je ne dirai pas les vertus, car il est convenu que là toutes les femmes sont vertueuses. Cette discussion est bien vaine, puisque tout le monde à la comédie se connaît comme dans une famille. Il y a les frères ennemis, mais ceux-là se connaissent comme les autres. Le meilleur juge, il faut le dire, c'est le public ; aussi le public ne se tromperait pas si la veille de Télection au sociétariat on jouait une comédie et une tragédie où seraient en scène tous les aspirans. J'y avais pensé, mais les choses qu'on remet au lendemain ne se font jamais. J'ai présidé à l'élection de beaucoup de sociétaires de marque et de première marque. Dressant, Got, Delaunay, Monrose, Madeleine Brohan, Favart, Judith, Nathalie, d'autres encore parmi les renommés,
Bressant entrait par la grande porte, l'opinion publique la lui ouvrait à deux battants. Il avait joué au Gymnase Lovelace, avec une impertinence, un satanisme, une désinvolture, une rouerie, une cruauté qui affolaient le spectateur. On ne trouvait, pour un pareil rôle et pour quelques autres moins accusés, aucun comédien qui lui fût comparable. On se promettait un vrai spec-
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tacle en lui voyant jouer Don Juan sur la scène de Molière. Depuis que Firmin et Menjaud avaient quitté la scène, qui donc pirouettait ainsi sur le talon rouge? Leroux. Mais Leroux s'arrêtait quelquefois à nni-chemin. Maillard jouait avec plus de sentiment; mais il n*avait pas toujours la suprême distinction. Brindeau avait plus de gaieté ; mais il n'était pas né marquis comme Dressant; aussi Bressant passa sociétaire tout d'une voix. Il laut dire ici cette histoire touchante. Brindeau lui donna sa voix tout en donnant sa démission. Il sortit du comité d'un air souriant et passa dans mon cabinet, où m'attendait Bressant. Je les trouvai tous les deux avec des larmes dans les yeux, Bressant était touché de la cordiale poignée de mains de Brindeau son rival. Quand j'eus moi-même donné ma poignée de mains affirmative à Bressant, et que Bressant fut allé remercier ses nouveaux camarades, Brindeau me dit : « Je vous donne ma démission. — Je ne l'accepte pas. — Que voulez-vous que je fasse ici ? — Bressant ne va pas vous prendre votre répertoire, vous jouerez Molière et Musset comme toujours. — Non, il n'y a pas de place pour tout le monde, un clou chasse l'autre. Bressant me démode. Adieu! » Il m'embrassa, car nous nous aimions bien.
J'étais désolé du contre-tems, mais j'espérais ramener Brindeau. Par malheur pour le théâtre, mais surtout par malheur pour lui, il maintint sa démission par une fierté mal plantée, mais robuste. Il croyait faire fortune à l'étranger; mais c'était un talent tout parisien, qui avait eu sa vraie fête et son vrai bouquet dans les comédies d'Alfred de Musset; ce répertoire n'était pas plus compfts hors de Paris que le répertoire de Marivaux.
Il lui fallut donc en rabattre, il joua la comédie de
Scribe et le drame de d'Ennery. Quand on donne dans Tarticle Paris, il faut donner dans la nouveauté. On vit le pauvre Brindeau à la remorque de tout ce qui se jouait depuis le Théâtre-Français jusqu'à TOdéon en passant parles petits théâtres. grandeur et décadence de Don Juan, de Brummel, de d*Orsay ! En 1873, quand je lui fis un rôle dans M"® Trente-six vertus^ il éclata en sanglots dans mes bras. « C'est ma faute, c'est ma faute, c'est très ma grande faute ! » Il n'a confié cela à personne, mais il est mort de chagrin après avoir vidé la coupe des désespérances.
Got et Delaunay emportèrent tous les suffrages. On comparait Got aux petits maîtres flamands les plus accomplis, Delaunay à tous les amoureux qui depuis Lagrange jusqu'à Menjaud, avaient pris le cœur des filles sur le théâtre et des femmes dans la salle.
Delaunay est de ceux qui jouent en maîtres les premiers grands rôles amoureux, mais il est aussi de ceux qui font un premier rôle d'un second rôle par la force de la création. Et avec quelle variété de tons, de chaleur de raillerie, de passion, de fantaisie, il sculpte et peint ses figures, celles du vieux répertoire, comme celles d'aujourd'hui ! Ces grands comédiens ont beau faire, on les voit toujours sous le masque de leurs personnages; lùais sans s'effacer ils donnent l'illusion.
En comparant Got aux petits maîtres flamands les plus parfaits, il faudrait dire aussi qu'il est comparable aux maîtres français de l'école de Chardin, qui exprime la vérité dans toute sa force et toute sa couleur. Comme les grands artistes, il crée un rôle de toutes pièces.
Madeleine Brohan, souveraine beauté, timbre d'or.
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séduction railleuse, fut acclamée pour les amoureuses et pour les Célimènes, vraie comédienne de race, qui avait en débutant déjà un nom tout fait par sa mère et par sa sœur.
M"® Favart, qui avait aussi la célébrité de la veille, fut prise tout d'une voix pour sa figure, son sentiment élégiaque, son art de bien dire, sa passion déjà révélée.
On ne fit pas non plus de façons pour accueillir Nathalie, non pas seulement parce qu'elle avait pour elle un auteur dramatique de haute lignée, j'ai nommé Augier, mais parce qu'elle jouait avec beaucoup de vérité les femmes qui trompent et les femmes qui sont trompées, un grand rôle, aujourd'hui que cet emploi est tenu par tant de femmes du monde !
Que l'élection de Judith fut un petit coup d'État
M"® Judith joua avec beaucoup de talent, beaucoup de charme, beaucoup de beauté, la Charlotte Corday et la Pénélope de Ponsard. Geffroy lui avait donné les grandes leçons de l'histoire. Quand Rachel n'était pas là, Judith était l'héroïne du drame et de la tragédie; mais elle avait débuté par les petits théâtres, mais elle avait eu des aventures, mais on l'avait rencontrée à rÉlysée et au Palais-Royal, mais elle déplaisait aux femmes par sa beauté. Or il faut compter avec les femmes de la comédie, quoiqu'elles ne votent pas, parce qu'il n'est pas une comédienne qui n'ait l'oreille d'un comédien, je ne veux pas dire que ce soit sur son
oreiller. Les comédiens lui en voulaient d'être toujours trop bien avec le ministre. Elle avait des railleries à Teau-forte contre beaucoup de ces messieurs; si bien qu'à sa première candidature, elle fut blaqueboulée. On peindrait mal ses premières colères, le soir, au foyer, dans les coulisses, sur la scène, ses beaux yeux lançaient des flèches. J'avais voté pour elle : il me fut aisé de la désarmer. Elle parla de s'expatrier, mais elle aimait trop la maison de Molière. Elle se résigna avec Tarrièrepensée de prendre bientôt sa revanche. Une fille plus docile eût cherché à conquérir des voix par sa douceur, mais elle avait trop de fierté, se croyant un peu princesse — de la main gauche.
Voilà qu'un beau jour M. Baroche me dit: « 11 faut réunir le comité pour M"® Judith. » Je représentai au ministre que sa protégée, qui était la mienne, aurait six boules noires et une boule blanche. — Pourquoi ) — Parce qu'on la croit trop bien avec les grands de ce monde. On a peur qu'elle devienne dominatrice. — Je suppose que vous n'avez pas peur de cela.^ — Pas du tout. Judith fait beaucoup de bruit pour rien. — Eh bien, si les sociétaires donnent six boules noires, elle n'en sera pas moins sociétaire; car j'en ai causé hier avec l'empereur, qui n'est pas un tyran, mais qui juge que M"® Judith vaut mieux que la plupart des autres sociétaires, aujourd'hui que M''® Rachel, M"* Allan et M"*" Plessy ne veulent pas le titre de sociétaire. »
Le devoir d'un directeur de théâtre est de jouer cartes sur table avec les membres du comité d'administration. Quand je réunis le comité : « Pourquoi cette urne ï demanda Samson d'un air irrité. — Je vais vous le dire. » Je racontai à ces messieurs mon entrevue avec le
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minislre. « Eh bien, reprit M. Samson, nous voterons tous noir. — Pardonnez-moi, dit Geffroy, ce que vous dites là est trop absolu; non pas seulement parce que c'est un défi au ministre et à l'empereur, mais parce que M^*' Judith a du talent. — Oui, mais il y a des histoires sur son compte. — N'y a-t-il pas des histoires sur le compte de M"® Rachel } Si on voulait faire la comédie des comédiens, croyez-vous que le public ne s'y amuserait pas ? » Provost prit la parole, puis Beauvallet, puis Régnier, puis Brindeau. Ce fut une vive mousqueterie, les plus obstinés voulaient partir en guerre contre les Tuileries. Quand toutes les munitions furent épuisées, je repris la parole et j'essayai ae prouver que si Judith était nommée par dessus l'autorité du comité, les comédiens abdiquaient. Le . conseil d'administration ne resterait plus qu'à l'état de fantôme. C'était la porte ouverte .pour Tavenir à toutes nominations de sociétaires. Cette fois je sentis que j'avais deux voix pour Judith. Je tentai de gagner la troisième; maisje n'y parvins pas, tant la sagesse est absente des comités. A la fin, je donnai un dernier coup d'épéecn prenant mon chapeau. « Messieurs, il ne me reste qu'à aller offrir ma démission au ministre. » Je dois dire que je fus retenu très cordialement, même par Samson, qui était un ami et un ennemi intermittens. « Eh bien, repris-je, donnez-moi sans voter trois voix pour et quatre voix contre, je donnerai ma voix à Judith, et comme j'ai une double voix en cas d'égalité entre les noires et les blanches, Judith sera nommée, et vous ne l'aurez pas nommée. » Tout le monde se rallia et tout le monde fut content, les sociétaires, d'avoir voté contre le ministre et contre l'empereur, et Judith d'être nommée par la volonté de
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l'empereur, du ministre et du directeur. Ce fut un grand événement dans le Paris littéraire et dramatique. Les journaux votèrent blanc et votèrent noir, mais on finit par admettre que le pouvoir avait raison, quand Judith reparut dans un de ses beaux rôles.
A quelque temps de là j'offrais un souper, oii tous ceux qui avaient donné des boules noires, embrassaient Judith pour lui prouver qu'ils ne lui en voulaient pas d'avoir eu lort envers elle.
Qu*est-elle devenue cette Judith saluée de tant d'adorations, dans sa jeunesse, dans sa beauté, dans son jeu magnétique, accentué par un charme pénétrant ) On eût dit M^^® Gaussin, cette douce et voluptueuse abandonnée qui prenait tous les cœurs. Si elle se fût contentée de jouer les ingénues, elle les jouerait peut-être encore, comme M'^* de Brie et M'*® Anaïs, qui représentèrent Agnès depuis leur aurore jusqu'à leur couchant.
Les trois Brohan
On fera un jour une comédie sous ce titre-là, et la comédie sera acclamée — si l'auteur a autant d'esprit que les trois Brohan.
Jules Janin,qui n'était pas un poète, a pourtant fait un rondeau sur les trois Brohan, Suzanne, Augustine et Madeleine, trois femmes d'esprit s'il en fut. Qui leur
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avait donné tant d'esprit ? La nature, rien que la nature, quoique ces dames ne fussent pas sans manières.
La première, la mère des deux autres, la jolie Suzanne de 1830, vient de mourir à Fontenay-aux-Roses, portant galamment ses quatre-vingt-un ans. Je l'ai bien connue au Vaudeville en spectateur du balcon et des coulisses. Elle était la pensionnaire d'Etienne Arago, directeur du Vaudeville, aujourd'hui directeur du musée du Luxembourg. C'est le seul de ses amis contemporains qui ait pu aller à son enterrement. Et encore un peu plus il restait sur la tombe.
Suzanne Brohan a mis au monde Augustine, la forte en gueule de Molière, et Madeleine, la Célimène de Molière; je ne parle pas de ses autres filles que n'a point connues le théâtre, quoique l'une, M"'* Samary, nous ait donné une comédienne et un comédien de race.
On peut dire aussi que Suzanne Brohan nous donna M"° Reichemberg, l'adorable ingénue du Théâtre-Français.
Suzanne Brohan quitta le théâtre jeune encore, parce qu'elle y perdit sa voix, si bien que depuis un demisiècle elle vivait retirée du monde, vouée tout entière à ses enfans.
Quand j'étais directeur du Théâtre-Français, et même depuis, j'allais dîner chez elle avec ses filles au milieu des roses de Fontenay. C'était un enchantement, tout le monde était jeune, même la mère. On revenait à Paris à deux heures du matin, dans tout le radieux cortège de l'esprit.
De l'esprit Suzanne en avait à revendre, Augustine en tenait boutique, perles et diamants. Madeleine n'était pas la moins spirituelle, tout en cachant son esprit.
C'est moi qui ai eu la bonne fortune de la faire débuter quand déjà sa sœur Augustine était au premier rang *. Sa beauté éclatante fut un éblouissement. M^^° Rachel voulut ma mort, tant elle eut peur que Madeleine ne lui fît ombre. Elle débuta dans Les contes de la Reine de Navarre. Je doublai ses appointemens.
Je remarquai la force de Tillusion du théâtre aux débuts de Madeleine. Sa mère, Suzanne, qui ne la perdait pas des yeux, lui rajustait ses jupes impertinentes dans la coulisse et la regardait jouer. Or, dès que Madeleine était sur la scène, la mère se laissait prendre par Tactrice, par son jeu, par ses reparties, par ses larmes. Madeleine entrait si bien d'un seul coup dans son rôle, que Suzanne, oubliant sa fille, se mettait à pleurer comme la première spectatrice venue. Elle, femme de théâtre! Elle qui avait joué tous les rôles ! Elle qui était une railleuse ! J'ai d'ailleurs toujours remarqué que les meilleurs spectateurs sont les acteurs et les actrices. Ils ont beau bien connaître les comédiens en particulier, dès qu'ils entrent en scène, ce sont les personnages de la comédie ou du drame.
*« Comme eUe comprend Molière! » C'était le mot de Louis- Philippe sur Augustine Brohan. Un jour qu'elle avait joue aux Tuileries, M. Guizot s'approcha du souverain et lui parla d'une grosse affaire diplomatique, a Comme elle comprend Molière! » s'écria le roi. M. Guizot, qui ne comprenait rien à Molière ni à Augustine Brohan, continua à parler d'un air très convaincu du nuage qui brouillait l'horizon ; mais Louis-Philippe continua le dialogue par ces mots : « Comme elle comprend Molière î »
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Une reprise du ^ Bourgeois Gentilhomme n
On croit toujours faire mieux que ses devanciers, voilà pourquoi, à la dernière reprise du Bourgeois gentilhomme^ la critique a semblé croire que nous ne connaissions pas, en 1850, les splendeurs d'une représentation du Bourgeois gentilhomme, rappelant les merveilles de la mise en scène de cette comédie jouée à Chambord devant Louis XIV. Voyez comment j'ai repris ce chef d'œuvre avec Roqueplan, à l'Opéra et à la Comédie-Française.
Les journaux ont célébré cette reprise. L'Opéra et les Français se mettent en campagne pour fêter Molière. Le Bourgeois gentilhomme s'est donné en spectacle pour nous rappeler les splendeurs du grand siècle. M. Jourdain nous est revenu de Chambord plus prosateur qu'il ne s'y est jamais montré; la vieille cour, endormie du sommeil d'Épiménide, s'est réveillée, après beaucoup d'années, plus jeune, pour étaler devant nous ses folies et ses magnificences. Belle au bois dormant d'un autre âge, elle nous montre, après son sommeil, ses richesses et ses ridicules, par la baguette magique de sa fée légendaire. Elle a même un charme de plus qu'au tems de sa première vie : c'est qu'elle amuse tout le monde sans irriter personne. Le bourgeois d'aujourd'hui, qui se croit tout autre que son grand-père, rit beaucoup en voyant cette passion de son trisaïeul, pour laquelle il a le tort de ne plus se croire fait; et le gentilhomme bourgeois d'à présent, tout heureux de voir
z^ Les Confessions
bafouer les bourgeois, se réjouU d'avoir des ancêtres qui l'aient empêché d'être bourgeois.
Quant à la musique de Lulli — continuent tous les feuilletons, — elle aurait aussi bien fait de ne pas conserver d'écho. Ce qu'il nous est resté de mieux du Florentin, c'est Au clair de la lune...
Tous ces feuilletonistes sont bien impertinens, j'en conviens; mais je les attends dans deux centsans.Nous verrons bien si on aura l'audace de nous chanter seulement deux strophes de leurs poésies « aux étoiles. »
Ce qui est certain, c'est que la musique de Lulli est la musique d'un maître. Delaunay disait au foyer ce mot juste, quoique spirituel : • La musique de Lulli c'est toujours au Clair de la lune. » Et, en effet, la musique de Lulli est une musique nocturne et silencieuse, que symbolise à merveille le Clair de la lune.
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La Chimère
Une grande comédienne : TArt épanoui dans la Nature. De la figure, de Tesprit, du diable au corps et au cœur, une voix d'or, des dents de loup. Fille de race, elle a passé par le Conservatoire — pour donner des leçons au Conservatoire. — Elle est surtout fille de Molière, qui a été par la tradition son véritable professeur, aussi a-t-elle été Torgueil de la maison de Molière.
Elle fut de tous les mondes, comédienne au théâtre, grande dame au salon, mais se jouant à elle-même les vraies comédies.
C'est une des plus singulières créatures qui aient marqué leur physionomie dans la galerie parisienne. Elle a l'esprit le plus rapide et le plus mobile qui soit. Aussi a-t-elle eu trois mille amoureux. Cela mérite une explication. Dès qu'un homme vient à elle et s'annonce avec je ne sais quoi de nouveau, d'original, d'imprévu, elle se passionne et lui dit le mot qui brûle : — Je t'aime. — Et elle l'aime en effet, de toutes les forces de son cœur, qui est tout esprit.
Mais cette passion dure cinq minutes.
Si cela se passait entre quatre yeux, sous le grand marronnier ou sur le sophade Crébillon,on ne peut pas dire les limites périlleuses de cette passion soudaine. Mais avant que l'homme ait eu le tems de comprendre, elle l'a déjà mesuré de la tête aux pieds. Elle a voyagé à toute vapeur sur cette nouvelle carte géographique
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comme pour bien s'assurer si elle pose son point d'interrogation devant le front et devant le cœur.
Elle regarde de très près si l'homme a des cheveux rebelles ou lâches, s'il a des yeux profonds, s'il a ses trente-deux dents, s'il a des pieds à ne pas dormir debout et s'il a des mains -capricieuses, s'il est son idéal.
Une dent de moins, elle se désagrège; un œil qui dit tout, elle se désillusionne; une main bête, elle retire sa main ; un pied à faire le pied de grue, elle ferme sa porte.
Mais si elle a trouvé presque son idéal, elle tient bon un jour de plus, son cœur déborde,. son esprit est une source jaillissante: cette femme si gaie tout à l'heure, n'est plus qu'une élégie en larmes. Elle tombe dans toutes les mélancolies de Werther, elle s'enferme et s'enivre du doux mal d'aimer. Elle a une confidente, non pas la confidente des tragédies : elle prend sa plume et elle lui dit de tout dire.
Vous n'imagineriez jamais que ces lettres brûlantes, ces expansions à la sainte Thérèse et à la Sapho soient tombées de son cœur sur sa plume. C'est elle pourtant qui parle ainsi. Elle brouille la poésie à nuages avec l'esprit de M""® de Sévigné. On dirait une légende écrite par Voltaire. On voit qu'elle veut rire, mais au fond elle est sérieuse. Ce n'est pas un jeu d'imagination, c'est la force du sentiment. Elle y attache çà et là une raillerie comme pour se prouver à elle-même que cette passion d'aujourd'hui, comme celle d'hier, comme toutes les autres, s'évanouira sous un éclat de rire.
Cet éclat de rire, il a été horrible pour tous ceux qui l'ont aimée. Car, si elle s'allumait comme un feu de paille, les amoureux, qui n'y songeaient pas d'abord.
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s'allumaient bientôt eux-mêmes. Ils se mettaient en route pour une grande passion, et elle en valait bien la peine. Ne promettait-elle pas par ses beaux yeux rêveurs, foudroyans ou par son esprit toujours imprévu, par sa bouche adorable, par son sein savoureux, toutes les stations de la volupté ?
Et le réveil s'annonçait par une moquerie qui eût fait tressaillir la Joconde et Célimène dans leur tombeau. Ainsi Tamoureux était au premier degré de l'échelle quand déjà elle avait escaladé le ciel et en redescendait. Son amour finissait quand celui de son illusionnaire commençait.
On croyait que c'était chez elle une abominable coquetterie, mais elle obéissait à son cœur. Elle avait eu ses cinq minutes : que lui importait qu'on l'aimât cinq jours ou cinq siècles } Elle n'avait plus rien à voir dans cet amour.
Elle traînait à ses trousses une foule de victimes, mais elle n'avait nulle compassion. Elle ne se retournait jamais vers le passé, sinon pour se dire : « Combien de revenans là-bas? Mais moi je n'aime pas les morts. » J*en ai vu plus d'un qui la suppliaient de retourner la tête, mais elle disait invariablement : « Je ne puis rien pour vous ! » Elle avait au moins cette vertu : si elle trahissait les hommes, elle ne trahissait pas l'amour.
Quand elle échouait, sa passion, qui commençait par un lever de rideau, finissait par une tragédie. On l'a vu tenter le poison des Borgia, le poignard de Tolède, le couvent des filles repenties, jusqu'au charbon des couturières en chambre — elle — cette femme tout esprit I Il faut l'en croire : elle n'a eu qu'un amant — le public.
Geffroy
Sévère et charmante figure celle de Geffroy, ce grand comédien qui était aussi un peintre, un des meilleurs élèves de M. Ingres, mais il avait quitté le tableau de l'atelier pour le tableau vivant du théâtre.
Il a créé, dans une carrière rapide, beaucoup de rôles qui tous garderont sa physionomie accentuée. Ce qui le caractérisait surtout, c'était la dignité chevaleresque, l'âpre raillerie et l'amertume philosophique. Il donnait aux figures historiques une vérité saisissante. On eût dit un de ces porlraits du tems qui se détachait du cadre. Il jouait le Misanthrope avec ce cœur hautain blessé, ces cris d'indignation, ces larmes dévorées, qui devaient faire tiessaillir le grand Molière dans son tombeau.
Comédiens et Comédiennes iç
Geffroy a un double titre à notre souvenir. Il est peintre. Tous ses tableaux témoignent d'un véritable artiste par la composition savante, par le dessin ferme et fin, par le style étudié et cherché, qui rappelle les affinités du peintre avec les maîtres florentins.
Il a étudié la peinture dans Tatelier d'Amaury Duval, son ami ; c'est la même palette, sinon le même tableau. Il débuta par un sujet religieux, la Vierge et VEnfanl Jésus; mais en même temps il peignit Pierre Corneille dans toute la gravité et avec la pénétration d*un portraitiste qui a cherché une âme dans un homme. Et quel homme I et quelle âme ! Ce fut peu de tems après que Geffroy peignit cette toile à jamais célèbre, représentant les sociétaires de la Comédie-Française. Voilà un tableau d'histoire, l'histoire intime et familière, page charmante et vraie devant laquelle s'arrêteront, tout charmés, nos arrière-neveux. Elles sont toutes là, celles qui rient et celles qui pleurent; les hardies servantes de Molière et les infortunées princesses de Racine; les Célimènes et les Éliantes, les ingénues perverties d'il y a quarante ans. C'est M"** Mars et M'^*' Rachel, celle qui arrivait et celle, qui s'en allait, qui dominent toutes ces charmantes figures.
Geffroy a répété, pour M. le docteur Véron, ce tableau où il s'est amusé à mettre mon portrait, tout simplement parce qu'il lui fallait une barbe blonde pour mieux détacher les cheveux bruns de M^^° Rachel.
Un tableau de Geffroy, qui révèle mieux le peintre par l'invention, c'est celui qui porte pour titre, je crois: Molière et les caractères de ses comédies. L'acteur s'était arrêté à cette phrase de la Critique de r École des Femmes : « Lorsque vous peignez les hommes, il faut les peindre
d'après nature. On veut que ces portraits ressemblent, et vous n'avez rien fait si vous n'y faites reconnaître les gens de votre siècle. » Il fallait être observateur comme Test Geffroy pour étudier d'aussi près ce merveilleux génie que ses contemporains avaient surnommé le Contemplateur.
Ce tableau est une œuvre d'historien comme une œuvre de peintre, le grand comédien mieux que nul autre avait pénétré Molière dans tous ses chefs-d'œuvre.
Au théâtre comme dans son atelier, Geffroy était un peintre; dès qu'il entrait en scène, le comédien s'effaçait sous la figure historique qu'il représentait; et avec quel relief, quel accent et quelle vérité,soit qu'il jouât François 1" ou Marat, Louis XI ou Philippe II, Chatterton ou Voltaire, — soit qu'il jouât Tartufe ou le Misanthrope, qui sont aussi des figures historiques, et de notre histoire nationale !
Quelle belle création, toute pleine de terreur et d'angoisses, que celle de Marat dans le beau drame de Ponsard 1 David, dans son chef-d'œuvre : Marat assassiné dans sa baignoire, n'a pas été plus vrai ni plus saisissant.
On a parlé des maîtres de M"° Rachel, qui à vrai dire n'a pas eu de maîtres; mais parmi ses meilleurs conseilkrs, il faut citer Geffroy, qui avait le grand art, en quelques mots, de lui dessiner ses rôles et ses costumes. Et si Rachel lui devait beaucoup, combien d'auteurs modernes ont mis à profit ses conseils !
Je dois dire ici une petite histoire qui met en relief le caractère de Geffroy. Quand j'ai quitté le Théâtre- Français, je lui ai offert la direction au nom du ministre. L'excellent comédien ne réfléchit pas longtems, il me
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serra la main, me pria de remercier le ministre et me dit tout simplement : « Non, car j*ai ici d'excellents amis « qui ne seraient peut-être plus mes camarades demain. « Il n'y a qu'un comédien comme Molière qui puisse « gouverner la maison de Molière. »
M. Empis, qui faisait des comédies tout comme Molière, jugea sans doute qu'il était de force à gouverner cette maison glorieuse, mais il s'abîma dans le tourbillon.
A cette heure, Geffroy porte, haut la tête, ses quatrevingt-cinq ans dans sa charmante retraite de Nemours, où il peint encore ses derniers amis avec beaucoup de verve. Belle et noble carrière à qui tous les artistes doivent un salut glorieux.
Provost
Il est au théâtre d'éminens artistes qui visent plus haut que la tradition, dont l'individualité s'estompe assez au vif sur toutes leurs créations sérieuses, pour que le rôle en garde une physionomie, une valeur, un relief qui ne date que d'eux. Eux passés, le drame qu'ils ont animé, l'œuvre du maître immortel lui-même — fût-ce Molière — perd un de ses aspects et semble
s'amoindrir, jusqu'à ce qu'un nouvel et digne interprète de rinépuisable génie vienne à son tour révéler d'autres filons inexplorés, un autre sentiment, pour ainsi parler, inédit. •
Quelques-uns, plus rares et plus éminens encore, par la multiple aptitude de leur talent, par l'intimité fraternelle de leur intelligence avec le poète créateur, par leur initiation continue à travers Tœuvre entière, parviennent à réaliser, à faire luire, non plus épisodiquement, non plus en détail, mais carrément, mais en bloc, dans leur ampleur, dans leur vérité et dans leur idéal, plusieurs de ces hautes figures que le maître a touchées d'une main souveraine.
Ceux-là sont bien évidemment les vrais collaborateurs du poète ; ils ont quelque droit à vivre dans sa gloire, au moins temporairement; ils mériteraient de laisser dans rhistoire de l'art un souvenir plus durable que leur apparition passagère.
Provost fut un de ces artistes privilégiés qui ont la bonne fortune de choisir dans les grands répertoires des rôles capitaux, de s'en emparer comme d'un vêtement fait à leur taille, et de s'y draper magistralement à la scène, avec un art si franc, si naturel, si vrai, qu'ils ne jouent pas TAvare, par exemple, mais qu'ils sont l'Avare et qu'Harpagon vit en eux. Provost a donc conquis sa place et son illustration, nous ne voulons pas dire seulement dans le monde du théâtre, mais bien dans la lumineuse pléiade de l'art contemporain.
Provost a joué dans les drames de Victor Hugo certains rôles d'un comique étrange et terrifiant qui révélèrent chez l'acteur des prodiges de puissance. Ces rôles sont marqués de sa griffe à l'abri de toute contre-
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façon. Il avait alors stéréotypé sur son masque implacable je ne sais quel sourire de Méphistophélès dont Faust eût frissonné. Quel mordant dans le regard, quelle ironie acérée dans la voix, quel rire menaçant jusque dans ses cruels silences ! Guhetta, joué par Provost, était le plus éloquent et le plus sinistre commentaire de Lucrèce Borgia.
Plus tard, au Théâtre-Français, Provost, en plein Molière, a été vrai de toute vérité. Savant sans faire sentir sa science, il a composé ses rôles avec une précision qui n'excluait pas Tampleur, avec une fermeté qui n'excluait pas la souplesse, avec une sobriété qui condensait l'art, avec un calme qui révélait la force. Le caractère magistral, le grand style, la sève gauloise, le comédien fondait toutes les richesses de Tœuvre, chaque chose dans sa juste proportion et dans la sage mesure. L'un de ses rares mérites ce fut, en effet, de n'avoir jamais rien voulu prêter à Molière. Preuve certaine d'un goût supérieur et d'une intelligence hors ligne, car Molière n'a besoin d'emprunter à personne.
Ainsi la gloire de Provost est faite, selon nous, de trois rayons supérieurs : énergie pleine de puissance, vérité de grand style, charme précieux et doux; un vif éclair d'Hugo, les sereines et suprêmes clartés de Molière, la poétique lueur d'étoile d'Alfred de Musset.
Qu'est-il besoin ensuite de considérer l'artiste par rapport à son milieu, de dire que Provost resta toujours à son plan sur la scène, et que, pareil du reste en cela aux vrais talens de la Comédie-Française, il n'usurpa jamais sur autrui dans les proportions de l'ensemble ? C'est cette science de composition et cette abnégation
de tous qui fait à ce noble théâtre la perfection si incontestable de la comédie.
Beauvallet
Un galant homme, qui n'aurait pas fait de mal à une mouche et qui a fait trembler beaucoup de ses contemporains, c'est — ou plutôt ce fut — Pierre- François Beauvallet. Il était né quand ce siècle avait un an, à Pithiviers, un bon pays qu'il aima toujours et où il n'alla jamais.
Quand il avait le mal du pays, il se faisait apporter un pâté de Pithiviers. En toutes bonnes occasions, il pratiquait ainsi l'amour du terroir. Aussi disait-il gaiement: « Je finirai par mourir du mal du pays. »
Beauvallet a fait beaucoup de tragédies et de drames, mais il a fait plus de mots qui resteront. Ce tragédien tragédiste était d'une gaieté folle. Aussi, quand on entendait au foyer des acteurs au Théâtre-Français un franc éclat de rire, on disait : « Beauvallet est là. »
Nous remarquerons une fois de plus que les hommes gais au théâtre ne sont pas les comédiens. M. Samson avait l'air d'un parfait notaire qui revient d'un enterrement et qui cache encore le secret du testament à la famille. Beauvallet, au contraire, était toujours épanoui : il voulait d'ailleurs qu'on ne le prît jamais au mot sur ses grands airs tragiques, sinon devant la rampe.
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Ce fut là un grand artiste, artiste de race et de prime saut, merveilleusement servi par une voix de tonnerre qu'on entendait jusque dans la rue Richelieu dans les jours néfastes où il n'y avait personne dans la salle. Car, il faut bien le dire, quel que fût le talent de Beauvallet, si Rachel ne jouait pas, le public ingrat ne payait pas sa stalle pour le tragédien.
On lui demandait comment il se donnait une si belle voix. — « C'est bien simple, répondait-il, je décroche dans la coulisse le tonnerre du théâtre et je l'attache sous ma toge. »
'Un jour une grue qui débutait lui dit toute tremblante : « Oh ! monsieur Beauvallet, donnez-moi votre voix. — Pour être sociétaire ) — Non, votre voix de théâtre. — Mademoiselle, envoyez chercher une demi-bouteille de rhum, buvez-moi cela dans les entr'actes et le parterre sera content. » Ce qui fut dit fut fait, et le parterre fut content, car la demoiselle fut très comique dans son rôle tragique; mais elle avait eu de la voix.
Je ne sais si Beauvallet était né tragédien (je pourrais dire comédien, puisqu'il joua avec beaucoup de talent plus d'un rôle de Molière); mais il se croyait né pour tous les arts. Il commença parlapeinture. Ce fut Casimir Delavigne qui l'entraîna au théâtre. Il l'avait vu jouer je ne sais quoi dans l'atelier de Paul Delaroche. Il lui dit qu'il y avait en lui TétofTe d'un grand comédien. Beauvallet crut que l'oracle avait parlé; il passa de l'atelier de Paul Delaroche aux études du Conservatoire. Ce fut à rOdéon qu'il débuta. Mais l'Odéon est un château de cartes oiion ne se fixe jamais. Il passa de là sur le boulevard du Crime. Il y chercha son rôle jusqu'au jour où le Théâtre-Français lui ouvrit la porte.
Paul Delaroche me disait, en le voyant jouer k Cid : « N'est-ce pas que j*ai fait là un excellent élève? — Comment ! vous lui avez donné des leçons de déclamation? — Non; je lui ai donné des leçons de peinture; ne voyez-vous pas comme il s'habille bien? Il a toute la correction d'un homme qui sait dessiner ; il se drape bien ; il ne marie pas les couleurs criardes; il a le mouvement juste, le geste éloquent et sans emphase.
Delaroche avait raison ; ce qui prouve que pour toutes les professions libérales — libérales parce qu'elles sont esclaves des autres — il faut apprendre à dessiner. On ne devrait admettre au Conservatoire que les jeunes filles qui ont fait un an de bosse. Je pense que Beauvallet (j'ai sous les yeux un de ses tableaux) a bien fait d'abandonner la peinture pour la peinture parlante. Il fut au théâtre un grand artiste. On n'oubliera jamais sa figure dans Rodrigues, dans Horace, dans OrosmanCf voire môme dans Tancrède, quand il voulait bien jouer M. de Voltaire; car il avait la fierté des deux grandes maisons de Corneille et de Racine.
Il fut un admirable Angelo avec M"® Mars comme avec M"® Rachel. Il n'avait pas commencé en si belle compagnie, car il débuta à l'Ambigu en jouant les fureurs romantiques avant de jouer les fureurs d'Oreste. Il y avait quelque trouble dans son éducation. Il avait été passionné romantique, mais il s'inclinait devant la beauté majestueuse de Corneille et de Racine. « Cela est un peu solennel, disait-il, cela porte perruque; après tout, le toupet de Victor Hugo sera peut-être un jour plus démodé. »
Mais Beauvallet n'était pas bien convaincu; comme Casimir Delavigne, comme son maître Delaroche, il
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aimait les deux écoles. Peut-être que le tragédien n'y perdit pas, puisque, tout en accusant le style, il osa mettre plus de couleur dans son jeu; mais Tauteur dramatique y perdit tout. Il n'y a pas de juste milieu dans les arts, ni dans la politique.
Beauvallet eut le tort de ne pas se contenter d'être le premier tragédien de son temps, même quand Ligier était là. Il voulut être un peintre et un auteur dramatique. Les tableaux de Beauvallet n'ont jamais eu un clou d'honneur. Ses tragédies et ses drames ne reparaîtront jamais devant là rampe. Il avait commencé par un drame en deux actes, Caîn, qui semble écrit par Abel.
Il n'y avait pas de meilleur camarade que Beauvallet. Au foyer, dans la coulisse, au comité de lecture et au comité d'administration, quand il avait promis sa voix pour la réception d'une pièce ou d'un sociétaire, on pouvait compter sur sa parole — parole de bronze, comme il disait.
Si Rachel est allée à sa rencontre dans l'autre monde, elle ne manquera pas de lui dire : « Eh bien ! mon vieux Beauvallet, embrasse ta vieille camarade, et conte-moi ce qu'ils font là-bas. » Et il lui répondra avec toute sa franchise; « Ils font des merveilles là-bas; mais tout bien considéré, il leur manque deux personnes pour jouer la tragédie, une femme et un homme : M"® Rachel et M . Beauvallet. »
Il n'a pas créé d'expression en littérature, mais au foyer des comédiens, on cite encore ses bonnes fortunes de fort en gueule. Il avait baptisé toutes les comédiennes : Soupçon de bouche — Arpent de gueule — Princesse de Ruolz — et autres vocables de l'hôtel de Rambouillet.
Il y avait bien un peu, en effet, dans ce tems-là, de l'hôtel de Rambouillet dans le foyer des comédiens. Mais il y avait surtout la raillerie de la maison de Molière. Aussi, ceux qui n'étaient pas habitués aux foudres de Beauvallet, aux malices cousues de fil noir deSamson, et aux sarcasmes des trois Brohan, n'osaient pas s'aventurer dans cette fosse aux lions. Que de jeunes diplomates n'y sont pas revenus — parce qu'ils ont été dévorés tout vifs par Beauvallet et surtout par M. Samson !
Physionomiéi
Pendant toute une période, la beauté fut de rigueur au Théâtre-Français. Toutes les coDJédiennes de talent devraient être belles. C'était mon programme. On se rappelle encore ce décaméron radieux qui succéda à deux beautés incomparables: M"' Mars et M'" Georges. Ces deux grandes comédiennes dignes de l'histoire ne sont pas oubliées. On peut dire qu'on revit plus ou moins dans la postérité selon la place conquise dans la mémoire de ses contemporains : on a beau dire que l'avenir n'accepte pas les enthousiasmes du passé, il en tient toujours compte.
On avait donné à M"' Georges une dernière représen-
3o Les Confessions
tation de retraite. Elle voulait remonter sur la scène, je Tai suppliée de rester dans la coulisse. Elle m'a dit avec un amer sourire : « Ah si j'avais dix ans de moins, vous ne me chanteriez pas cette chanson-là, car je vous donnerais une de ces heures dont un homme se souvient toujours. »
Or, elle avait quatre-vingts ans !
Bien heureuse celle qui meurt sous le ciel du théâtre : dès que les actrices ne sont plus dans le riant cortège, dès que les amours s*en vont, la fortune rebrousse chemin.
M"* Guimard, qui avait refusé la main d'un prince dans le beau tems oii elle avait dans son hôtel une salle de spectacle et un jardin d'hiver, fut heureuse à la fin d'épouser un professeur de grâces^ c'est-à-dire un maître de danse. Sophie Arnould, après avoir traversé toutes les splendeurs d'un luxe sans exemple, alla sans se plaindre demander un asile et du pain à son perruquier. M"* Clairon, qui avait vécu comme une reine et comme une sultane, se trouvait, à soixante-cinq ans, réduite à raccommoder ses robes en lambeaux, elle qui n'avait jamais daigné tenir une aiguille ! Insolente dans la fortune, elle eut assez de cœur pour être fière dans la pauvreté. Quand un ancien ami allait la voir, elle parlait encore de ses hautes relations et au lieu de dire : « Je suis pauvre, » elle disait : « Je suis philosophe. »
Encore si cette représentation avait été la vraie représentation de retraite pour M"* Georges, c'est-à-dire l'autre retraite dans l'autre monde!
Elle se devait à elle-même, au souvenir de sa beauté, à sa renommée éclatante, de ne plus montrer ses ruines dans les théâtres : cela porte malheur d'appeler les oiseaux nocturnes.
Comédiens et Comédiennes 3i
Rachel aimait à gaminer avec Véron. Un jour elle vint pendant que le maître était absent, et dit à Sophie que M. Véron l'envoyait prendre un service à thé en argenterie et le portrait d*Adrienne Lecouvreur. Sophie n'osa pas s'opposer malgré une vague inquiétude. Fureur de Véron au retour et brouille avec Melpomène ; mais au bout de quelques semaines Rachel sentant quel appui lui manquait, arrive bravement à rheure du dîner, où se trouvaient, comme à Tordinaire, les intimes, Roqueplan en tête; c'était Gilbert de Voisins, le mari de Taglioai qui découpait. Sophie annonça. « Avertissez M"® Rachel, dit Véron en se dressant de toute son ampleur, qu'on ne reçoit ici que des gens honnêtes. — Alors, riposta Rachel, qui était entrée, le maître de la maison devrait commencer par s'en aller. »
Celui-là aussi fut un comédien de belle volée, toujours en verve, spirituel comme un méridion-al, quoiqu'il fût de Rouen; mais Rouen n'est-il pas un foyer d'artistes depuis Corneille jusqu'à Flaubert?
Lireux dirigeait l'Odéon et le premier comédien de son théâtre c'était lui-même. Caliban ferait un bien spirituel roman comique, avec Lireux directeur de rOdéon. On n'a jamais dirigé un théâtre avec moins d'argent et avec plus d'esprit. Il se moquait de tout le
monde, à commencer par lui-même. Aussi on riait à rOdéon en ce tems-là. Un soir d'hiver il entre dans la salle et n'y voit qu'un spectateur. Il avise une ouvreuse : « Allez bien vite porter une chaufferette à cet homme courageux. » Quand je fus nommé au Théâtre-Français, je lui donnai le titre de lecteur ordinaire des manuscrits.
C'était bien l'homme, lui qui avait découvert Ponsard et Augier, lui qui avait joué Balzac et George Sand à travers tous les orages. J'étais sûr qu'un drame ou une comédie ne seraient pas lus vainement par lui, mais c'était le plus admirable paresseux qui fût dans les lettres et ailleurs, si bien que la montagne des manuscrits montait, montait toujours. Il avait pris en horreur la littérature autographe. On venait sans cesse me demander si la pièce avait été examinée, j'avais beau talonner mon lecteur officiel, il remettait toujours son plaisir au lendemain. Les auteurs allaient chez lui; mais il avait déclaré à sa maîtresse que si on en laissait pénétrer un seul avant midi, il s'en irait et ne reviendrait plus. Ce qu'il eût fait; d'autant mieux qu'il portait avec ennui la chaîne de cette bonne créature.
Il lui arriva quelques mésaventures. Celle-ci entre autres : un auteur de son pays, qui était le pays de Pierre Corneille, lui remet un rouleau bien cacheté portant ce titre « La fille et la mère ». Au bout de quelques jours, contre son habitude, Lireux m'apporte le manuscrit avec son examen en ces quelques lignes : « La m fille et la mère. Nous avions déjà La mère et la fille^ « même esprit démodé, même intrigue cousue de fil blanc, « la fille pourrait jouer la mère, la mère pourrait jouer la « fille ; mais pourquoi faire, puisqu'on n'aime ni la mère ni
Comédiens et Comédiennes 33
« la fille. Ces comédies-là sont faites pourêtre jouées en « famille et non sur le premier théâtre du monde. « Renvoyé à MM. Mazère et Empis. »
Quand l'auteur repassa pour savoir son sort, je lui dis que Texamen n'était pas favorable, t Je crois bien, dit-il, M. Lireux n'a pas lu ma pièce. » Et dénouant le rouleau il me montra une rame de papier blanc. « Eh bien, lui dis-je, vous voilà attrapés tous les deux : Lireux avait jugé inutile de lire votre pièce pour rendre son arrêt, parce qu'il vous connaît de vieille date ; apportez-moi une vraie pièce, je vous promets de la lire moi-même. » Cet obstiné m'apporta une comédie en vers ; il me fallut lui conseiller de la mettre en prose.
Une autre fois un Alsacien impitoyable poursuivit Lireux partout où il allait avec ces trois mots : « Ma pièce, ma pièce, ma pièce ». Lireux avait beau lui dire qu'il ne voulait pas traiter sa pièce comme une pièce de cent sous, l'Alsacien ne désemparait pas; c'était une tragédie en cinq actes. Le manuscrit pesait cinq kilos, Lireux oubliait toujours de le prendre au théâtre pour l'emporter chez lui. Un jour l'auteur découvre son manuscrit chez Verteuil, qui oubliait lui-même de l'envoyer à Lireux, il prend ce léger chef-d'œuvre et vient me demander où était Lireux d'un air décidé à tout. Je lui réponds : « Lireux coupe une pleine eau à Bougival » le voilà parti, il prend le chemin de fer et descend à Rueil pour côtoyer la scène, ne perdant pas de vue un seul nageur. Tout à coup il reconnaît Lireux, il jette habit bas et se précipite à sa rencontre, nageant d'une main et levant le manuscrit de l'autre. Il aborde Lireux : « Monsieur, voilà ma pièce! je vais vous la VI 3
lire. — En nageant? — Oui, Monsieur, oui, en nageant*.
Je lis dans le Figaro ces deux pages d'une plume anonyme sur le petit salon de ma loge ou plutôt sur la loge de mes amis :
« Aux tems fabuleux où Arsène Houssaye était directeur de la Comédie- Française, il avait voulu que tous les artistes fussent un peu comme chez eux dans la maison de Molière. Tout ce qui portait un nom dans les arts et dans les lettres, y obtint gracieusement ses entrées. — Vous voyez bien que c'était le tems fabuleux des directions. Ce tems-là qui reparaît d'ailleurs avec Claretie. — Par une de ces charmantes inspirations qui ne se comptent plus, mais qui comptent dans sa vie, Arsène Houssaye abandonna au pinceau de Faustin Besson le salon de sa loge, Tavant-scène de droite au rez-de-chaussée, pour y peindre une sorte de cénacle des poètes et des artistes. « Fais-moi là-dedans le cénacle de la Comédie », dit-il au peintre. Et Besson de se mettre à l'œuvre dès le lendemain, « Je ne sais trop ce que j'y ai peint, écrit-il dans ses Souvenirs, tout cela doit avoir disparu; mais ce que je sais bien, c'est que pendant ces six mois tout le Paris de l'aristocratie
• On a des lecteurs pour faire croire aux jeunes gens qu'ils ne sont pas méconnus, mais la vérité, c'est que les lecteurs n'ont jamais signalé une œuvre qui ne se fût déjà signalée elle-même. Apollon, dieu du soleil, répand sur le front des prédestinés le premier rayon de la renommée future; l'homme de génie porte à vingt ans le feu sacré sur son front; l'homme de talent se révèle avant d'écrire une comédie ou un drame, car nul n'a commencé par écrire le Cid, le Misanthrope ou Andromaque.
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littéraire, artistique et mondaine, s'est disputé une place dans ce petit coin. J'avais la clef qui donnait sur la scène et, sitôt libre pour un instant, ces dames et ces messieurs, en grand costume descendaient près de nous. Rachel, les Brohan, Allan, Favart, Provost, Geffroy, Got, venaient s'y asseoir et causer tour à tour avec le roi Jérôme, le prince Napoléon, quelques princesses, tous les dignitaires de la cour impériale, tous les auteurs en renom. Musset, Gozian, Sandeau, Mûrger et cent autres étaient les habitués, les familiers de ce cercle intime. J'y ai vu tellement de monde et les places étaient à ce point recherchées, qu'un soir Alfred de Musset, Augier et Théophile Gautier s'estimaient gaiement fort heureux d'y trouver place... assis sur le tapis. ts>
Si c'est un honneur de diriger le Théâtre-Français, n'est-ce pas surtout quand les auteurs dramatiques y apportent des œuvres supérieures ei quand les comédiens sont les grands comédiens qui marquent les figures d'une empreinte légendaire? Les années que j'ai passées dans la maison de Molière ne sont point perdues; comment n'eussent-elles pas été fécondes avec des hommes comme Victor Hugo, Alexandre Dumas, Alfred de Musset, Emile Augier, François Ponsard, Jules Sandeau, Octave Feuillet, Léon Gozian, sans parler de M°»® Sand et de M""® de Girardin? Et avec des comédiens et des comédiennes comme Geffroy, Samson, Beauvallet, Provost, Brindeau, Bressant, Maillard, Got, Delaunay, Monrose, Rachel, les Brohan, M^^*» Plcssis, M''® Allan,
Rébecca, Judith, Nathalie, Favart, Delphine Fix, Luther, Figeac, Emilie Dubois, Alice Théric, Valérie } J*en passe.
. La tradition s'est quelque peu effacée sous Taccent moderne, mais après tout ne vaut-il pas mieux être de son tems ? Molière même, le grand Molière, s'il revenait pour marquer les grands jeux de la physionomie qui captivaient son parterre, dirait, comme Baron, ce Baron qu'il appelait son fils : « Qu'est-ce que l'art, si ce n'est le cri de la nature } Jouons les passions de notre tems. »
En me retournant ainsi vers le passé, je suis forcé de reconnaître que tout l'art dramatique du siècle a dit son dernier mot en plein demi-siècle. Je sais bien que les nouveaux venus croient avoir tout inventé, même après Molière, Corneille, Racine, Marivaux, Beaumarchais, même après Vigny, Musset, Hugo, Dumas. Ce qui a été fait depuis par ceux qui se croient des novateurs ne sera jamais au répertoire du génie français. Certes Alexandre Dumas, Emile Augier, Victorien Sardou, Eugène Labiche, ont écrit, depuis leurs débuts éclatans, des œuvres dignes de leur survivre; mais ne s'étaient-ils pas révélés dans tout leur esprit dramatique vers le milieu du siècle? Parlerai-je de Casimir Delavigne, qui est mort du démodage en poésie, cDmme Paul Delaroche est mort du démodage en peinture? Parlerai-je de Scribe, dont on ne parle plus, quoiqu*ilait signé quelques opéras épiques, comme Robert leDiable^ quelques jolies comédies comme les contes de la Reine de Navarre? Mais qu'est-ce que cela pour les auteurs dramatiques d'aujourd'hui? Moins que rien, s'ils comparent cela à leur théâtre naturaliste. Théâtre naturaliste, voilà une belle invention! Sur
la scène tout est vrai et tout est Taux selon le point de vue, puisque le théâtre ne vit que par l'illusion.
Salut à Racket.
Un soir que Mars jouait la grâce souveraine El que Dorval brûlait un drame échevelé.
Une enfant s'asseyait sous le ciel étoile.
Salut! trois fois salut! Racket, lu seras reine!
Du grand art qui s'en va, conduis t'arcke s.
Le tragique génie en toi s'est révélé :
Et comme Lecouvreur, et comme Ckamfmeslé,
Jeune muse aux yeux noirs, le dieu de l'art fentraine.
Le bandeau sur ton front par Sophocle est roulé, Ton péplum par Corneille est déjà constellé, Racine entkousiaste, arrive dans l'arène.
douleur, par la mort ton corps est immolé, ftfais ton grand souvenir ne s'est pas envolé, Salut, trois fois salut! Racket, tu restes reine!