L'IDÉAL ET LA POSSESSION
Un poète, un rêveur adorait une étoile
Et, pendant tout le jour, il attendait la nuit :
€ ma belle ! pourquoi dans cet azur sans voile,
As-tu placé si loin tout ce qui me séduit?
f Étoile, mon idole, en ma nuit solitaire,
Ton cœur à tes amans ne s*est jamais livré.
Que ne puis-je un seul jour f attirer sur la terre,
Vétreindre dans mes bras et mourir enivré ! »
Cet amour du rêveur toucha la surhumaine Qui, délaissant pour lui son empire des deux, Descendit des hauteurs de sa sphère lointaine : Une femme superbe apparut à ses yeux.
L'étoile en pâlissant se donna corps et âme.
€ mon amant, dis-moi lequel valait le mieux.
Le regard de rétoile ou le sein de la femme ? j^ Et Vhomme répondit, le regard anxieux:
« Tai perdu, je le sens en mon âme inquiète, Ce pur rayon du ciel qui brûlait mon désir.
— Et moi, reprit la femme ivre encor de plaisir. En me donnant à toi, j'ai perdu mon poète. »
Mon toast à lord Lytton a été trop applaudi grâce à un dîner où il y avait pas mal de truffes hachées dans le brouet noir des Spartiates.
356 Les Confcfisions
Lord Lytton a répondu par une improvisation ruisselante d'esprit, de philosophie et d'humour.
Si on avait parlé politique, on aurait parlé de tout; mais chez les Spartiates la politique reste dans l'antichambre. Lord Lytton avait dépouillé sa majesté des Indes et sa dignité d'ambassadeur pour reprendre son esprit ironique et sa verve byronienne.
A un autre dîner, j'ai rappelé que l'article 3 obligeait les Spartiates à faire un sonnet sans défaut ou un discours ne dépassant pas les quatorze lignes du sonnet sur les Spartiates partis pour l'autre monde.
Voici mes sonnets et mes discours sur quatre Spartiates qui ont trop tôt quitté la table :