CHANT
'< II est nuits sur les monts. L'avalanche ébranlée
** Glisse par intervalle aux flancs de la vallée.
'* Sur les sentiers perdus sa poudre se répand ;
" Le pied d'acier du cerf à ce bruit se suspend.
** Prêtant l'oreille au chien qui le poursuit en rôve»
^ Il attend pour s'enfuir que le croissant se lève.
** L'arbre au bord du ravin, noir et déraciné,
** Se penche comme un mai sous la vague incliné.
** La corneille qui dort sur une branche nue,
*' S'éveille et pousse un cri qui se perd dans la nue ;
** EUe fait dans son vol pleuveir k'Ûocooa blancs
** La neige qui chargeait ses ailes sur ses flancs.
<' Les nuages chassés par les brises humides
*< S'empilent sur les monts ea sombres pyramides,
« Ou comme des vaisseaux sur le golfe écumant
<< Labourent de sillons le bleu du &mament.
** Le vent transi d'Erin qui nivelle la plaine
" Sur la lèvre en glaçons coupe et raidit l'halaine ;
** Et le lac où languit de balea« renversé
<' N'est qu'un champ de frimas par l'ouragan heni.
** Un toit blanchi de chaume où la toarbe aUmié» « Fait ramper sur le ciel une pâle finmée ; ** La voix du chien hurlant, en triste aboiement ser*. « Seul vestige de vie au sein de cette mort !
" Quel est an sein des nuits ce jeune homme, eu e lév^ « Qui de PétaBg i^kcé» flwt à grandi pas I» giève»
*' Gravit l'âpre colline, une arme dans la main,
'< Rencontre le chevreuil sans changer son chemin,
*' Redescend des hauteurs dans la gorge profonde
'* Où la tour des vieux chefs chancelle au hord de l'cmie;
*' Son noir lévrier quête et hurle dans les bois,
** Et la brise glacée est pleine d*une voix.
CHANT DU OHASBBUR.
<< Lève-toi ! lève-toi î sur las coDines sombres,
'* Biche aux cornes d'argent que poursuivent les ombres !
" O lune ! sur ces murs épands tes blancs reflets !
" Des songes de mon front ces murs sont le palais !
" Des rayons vaporeax de ta chaste lumière
« A mes yeux fîisemés fnk briller chaque pierre ;
« Ruisselle sur l'ardoise, et jusque dans mon cœur
« Rejaillis, 6 mon astre, en torrens de langueur !
** Aux fentes des créneaux la giroflée est morte.
** Le lierre an coups du Nord frisonne sur la porte
** Comme un manteau neigeux dont le pâtre, au retour,
" Secoue avant d'entrer les frimas dans la cour.
'* Le mur épais s'entr'ouvre à l'épaisse fenêtre ....
" Lune ! avec ton rayon mon regard y pénètre !
" J'y vois, à la lueor du large et haut foyer,
*< Dans l'&tre au reflet ronge un irène flamboyer.
Ll OHASSBUB.
" Astre indiscret des nuits, que vois-^u dans la salle t
LA uanm.
<< Les chiens du fier chasseur qoi dorment sur la dafle.
Ll OHASSCVft.
** Que m'importent les chiens, le chevreuil et le cor? ** Astre indiscret des nuits, regarde et dis êncof.
LA LUNE
** Sons l'ombre d'un pilier la nourrice dévide " La toison des agneaux sur le rouet rapide.
" Ses yeux sous le sommeil se ferment à demi ; " Sur son épaule enfin son front penche endormi ; " Oubliant le duvet dont la quenouille est pleine, " Dans la cendre à ses pieds glisse et roule la laine.
ut OHASSKUK.
" Que me fait la nourrioe aux doigts chargés de jours f *' Astre éclatant des nuits, regarde et dis toujours !
LA LUNE
*' Entre l'àtre et le mur, la blanche jeune fiUe, " Laissant sur ses genoux sa toile et son aiguiUei " Sur la taUe aoc^déa . . . •
•86 APPEVDIX.
Ut CHAMEUK.
" Astre indiscret des nuits !
** Arrête toi sur elle ! et regarde et poiusub !
LA LUNE
" Sur la table de chêne, accoudée et pensive, ** Elle suit du regard la forme fugitive *' De l'ombre et des lueun qui flottent sur le mur, ** Comme des moucherons sur un ruisseau d'azur. ** On dirait que ses yeux fixés sur des mystères '< Cherchent un sens caché dans ces vains charactÀi«% '* Et qu'elle voit d'avance entrer dans cette tour " L'ombre aux traits indécis de son futur amour. " Non, jamais un amant qu'à sa couche j'enlève, " Dans ses bras assoupis n'enlaça plus beau rêve ! «< Vois-tu ses noirs cheveux, de ses charmes jaloux, " Rouler comme une nuit jusque sur ses genoux ?