PRÉFACE
Quiconque connaît la situation intellectuelle des classes éclairées en Europe et en Amérique, sait qu'elles s'éloignent chaque jour davantage des croyances religieuses établies, et que, si quelques hommes seulement accusent leur divergence, des masses considérables opèrent leur scission en silence et en secret.
Le mouvement est si fort, si irrésistible, qu'il ne saurait être arrêté par le mépris ni par la force. La dérision, l'injure, la contrainte, tout est impuissant contre lui, et le temps approche où devront se réaliser les effets politiques de la révolution religieuse.
Déjà, l'esprit ecclésiastique est banni des conseils des gouvernements; déjà, l'ardeur militaire mise au service de la foi n'est plus qu'un souvenir, et les marbres qui parlent des chevaliers croisés, le garderont bientôt seuls dans les caveaux des églises.
Qu'une crise soit prochaine et menaçante, voilà ce que démontre assez l'attitude des grandes puissances envers la papauté. Celle-ci représente les idées et les aspirations des deux tiers environ de la population de l'Europe. Elle demande la suprématie politique comme étant le corollaire de sa mission divine, et le retour aux institutions du moyen âge, se déclarant irréconciliable avec la civilisation mo- »4ierne.