X PRÉFACE
pensée d'hommes qui vivaient dans un autre milieu que le nôtre et que nous n'avons jamais connus.
Je me suis guidé pour Tordre des matières, en partie sur la Confession de Foi du dernier concile du Vatican, en partie sur la marche des événements historiques. Le lecteur remarquera, non sans intérêt, que les points en litige se présentent à nous exactement comme ils se présentaient aux vieux philosophes de la Grèce. Nous en sommes toujours aux mêmes questions. Qu'est-ce que Dieu? Qu'est-ce que l'âme? Qu'est-ce que le monde ? Y a-t-il un critérium de la vérité ? Et le lecteur réfléchi demande : Nos solutions de ces problèmes valent-elles mieux que les leurs?
Voici donc, l'ordre suivi dans cet ouvrage :
J'appelle d'abord l'attention sur l'origine de la science moderne que je distingue de l'ancienne, comme partant de l'expérience et de la certitude, au lieu de la pensée pure, et je montre qu'elle est sortie des conquêtes macédoniennes qui ont fondé l'Europe et l'Asie. Je fais, à l'appui, un court récit de ces conquêtes et une description sommaire du Muséum d'Alexandrie.
Je rappelle ensuite l'origine bien connue du christianisme ^t je le montre s'avançant graduellement vers le pouvoir impérial ; puis, s'incorporant avec la religion de l'Empire Romain, et se transformant en se mêlant au paganisme. C'est ^ ce moment, que, comprenant clairement ses incompatibilités avec la libre pensée, il supprime les écoles d'Alexandrie. Il s'y voyait contraint par les nécessités de sa nouvelle position politique.
La situation des partis ainsi établie, je raconte l'histoire de leur première lutte, la première Réforme ou Réforme du midi. La dispute portait sur la nature de Dieu. Elle comprend l'apparition du mahométisme. Son résultat fut la sécession 4'une grande partie de l'Asie, de l'Afrique, des villes histo riques de Jérusalem, d'Alexandrie, de Carthage, et l'établissement du dogme de l'unité de Dieu dans plus de la moitié des pays qui avaient formé l'Empire Romain.
Cet événement politique fut suivi de la renaissance des sciences, du rétablissement des collèges, des écoles, desbibliothèques dans toutes les provinces soumises à la domination arabe. Ces conquérants, dont le développement intellectuel fut rapide, rejetèrent l'idée anthropomorphique de la
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nature de Dieu restée dans leur croyance populaire, pour en admettre une plus philosophique et plus semblable à celle qui s'était produite dans F Inde. Ceci donna lieu à une nouvelle lutte touchant la nature de l'âme. Sous le nom d'Averroisme, on vit paraître les théories de l'Emanation et de l'Absorption vers la fin du moyen âge. L'Inquisition parvint à chasser ces doctrines de l'Europe, et aujourd'hui, le concile du Vatican les a formellement et solennellement anathématisées.
Pendaiit ce temps, l'étude de l'astronomie, de la géographie et d'autres sciences avaient appris à connaître la position de la terre, sa forme et ses rapports avec le système général du monde. La religion qui reposait sur l'interprétation des Écritures, voulait, elle, que notre globe fût le centre et la plus importante partie de l'Univers. Un conflit éclata, dans lequel Galilée combattit pour la science; l'Église fut vaincue. Suivit une controverse sur l'âge de la terre supposée jusque-là n'avoir que six mille ans d'existence ; l'Eglise fut encore vaincue.
La lumière de l'histoire et de la science s'était graduellement répandue sur l'Europe. Au sixième siècle le prestige du christianisme romain était fort amoindri par les échecs intellectuels qu'il avait subis et aussi par sa situation morale et politique. Bien des gens pieux comprenaient que la Religion n'était pas responsable de la fausse situation dans laquelle on l'avait mise et que son ancienne alliance avec le paganisme de l'Empire était la cause réelle de ce malheur ; évidemment, le seul remède était le retour vers ses origines, vers sa pureté primitive. C'est ainsi que naquit le quatrième conflit connu sous le nom de Réforme. La seconde Réforme ou Réforme du Nord. — La forme particulière de celui-ci fut un débat sur le critérium de la vérité, les uns voulant qu'il fût dans l'Eglise et les autres dans la Bible. Cette question emportait celle des droits de la raison humaine et de la liberté intellectuelle de l'homme. Luther, qui se trouve au Î)remier plan dans la bataille, demeura vainqueur et, quand a lutte fut terminée, tout le Nord de l'Europe était perdu pour le christianisme romain.
Nous sommes arrivés de nos jours au cinquième conflit, n s'agit de savoir qui préside au gouvernement du monde. Est-ce une intervention divine incessante? Est-ce une im-