‹ Les conflits de la science et de la religionChapitre 7 sur 47 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

Protestante n'a jamais occupé une position si haute, ni joui d'une influence politique aussi étendue. Presque toujours, au contraire, ces églises ont repoussé le principe de la contrainte et, à peu d'exceptions près, leurs querelles n'ont pas dépassé le theologicum odium.

Quant à la Science, elle n'a jamais eu la pensée de fair<î alliance avec le pouvoir civil. Elle n'a point cherché à semer la haine entre les hommes, ni à ravager la société. Elle n'a fait souffrir à personne la torture morale ou physique, encore moins la mort, pour la défense de ses idées. Elle est pure de cruautés et de crimes ; tandis qu'au Vatican, nous n'avons qu'à nommer l'Inquisition. — Les mains qui s'élèvent vers le Dieu de miséricorde, sont encore rouges de sang !

n existe deux manières d'écrire l'histoire, la manière artistique et la manière scientifique. La première, part de cette supposition que les hommes font les événements; en conquence, elle prend un personnage éminent, le peint sous des couleurs fantastiques, et le travestit en héros de roman. La seconde, au contraire, tient que les choses humaines sont un enchaînement dans lequel un fait sort nécessairement d'un fait et produit, non moins nécessairement, un autre fait ; de sorte que les hommes ne font point les événements, mais que ce sont les événements qui font les hommes. La première, donne naissance à des compositions fort agréables, mais qui, par le fond, ne s'élèvent guère au-dessus du roman. La seconde, est austère, souvent même déplaisante, car elle nous fait sentir que nous vivons sous l'empire de la loi et que nous ne pouvons nous y soustraire. Dans un sujet aussi grave que celui auquel est consacré cet ouvrage, il va sans dire que l'on ne saurait adopter la manière romanesque et populaire. L'auteur doit avoir les yeux sans cesse fixés sur cette chaîne des effets et des causes qui est l'histoire toute entière. Il doit les détourner avec dédain de ces fantômes de pontifes, d'hommes d'état et de rois, qui sont autant d'impostures.

S'il fallait nous convaincre de la fausseté de la méthode artistique en matière d'histoire, il nous suffirait de consulter notre expérience personnelle. Combien souvent nos amis les plus intimes se méprennent sur les vrais motifs de nos actions ! S'il en est ainsi, pour ce qui se passe sous nos yeux, comment pourrions-nous pénétrer dans les sentiments et la

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