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LA GRÈVE DES INDUSTRIELS ET L'ÉTAT

Une section d'un conseil du travail déclare que tel établissement industriel ne paie pas assez ; et à quel moment? Alors qu'il exécute un marché en cours. Il est obligé de se soumettre : mais il faut se rappeler que personne ne fait de l'industrie pour le plaisir commij certains font de l'art pour de l'art. ISindustrie a le gain pour objet.

Quand des entreprises doivent se traduire par des pertes, l'industriel renonce à ce métier si dangereux, et il n'y a pas de législation qui puisse le forcer de tenir son usine ouverte malgré lui ?

Dans des discours officiels, on reproche aux industriels français de manquer d'initiative et d'énergie : est-ce qu'un pareil régime leur en donnera?

Un industriel opposera-t-il le lock out à la grève? L;i sentence arbitrale est rendue. C'est la ruine pour lui. Il ferme son usine ou résilie le marché qui a provoqué lo conflit.

La loi dit bien (art. 29) qu' « en cas d'inexécution des engagements résultant de la convention d'arbitrage, prévue à Farticle premier, les patrons, ouvriers et employés seront interdits, pendant trois ans, du droit d'être électeurs et éligibles dans les divers scrutins relatifs à la représentation du travail ».

Mais si Tindustriel répond : « Cette interdiction m'est d'autant plus indifférente que je ferme mon établissement et me retire de l'industrie », je demande quels procédés emploiera le gouvernenaent pour le forcer d'exécuter la sentence d^arbitrage.

Elle aura ruiné un établissement industriel ; les ouvriers qui l'auront obtenue n'auront plus à discuter le taux de leurs salaires : ils n'en auront plus du tout. En seront-ils plus riches?

La grève des salariants opposée à la grève des salariés est un moyen de défense ruineux pour les deux parties, mais dont le succès est infaillible pour les industriels, et s'il ne leur reste que celui-là, ils y auront recours, soit par une fermeture temporaire, soit par une fermeture définitive de leurs établissements.

Quand un industriel déclarera qu'il ne peut accepter une sentence arbitrale qui serait la ruine pour lui et qu'il ferme son établissement, que fera le gouvernement? Mettra-t-il son établissement en régie? le prendra-t-il à son compte? les socialistes le lui demanderont? ne le lui ont-ils pas déjà demandé pour les mines et récemment encore pour la raffinerie Halphen?

Si le gouvernement se substitue à l'industriel, il se met en marche vers le collectivisme.

Mais en attendant l'avènement du collectivisme intégral, le gouvernement de « la société capitaliste » serait obligé de se servir des procédés capitalistes. Absorbant des établissements industriels, il ferait concurrence aux autres avec les ressources qu'ils contribueraient à lui donner comme contribuables.

Nous arrivons à un régime de spoliation, et ce ne serait pas au millénaire collectiviste que conduiraient les ruines et les catastrophes qui en résulteraient, ce serait à une effroyable réaction.

Le projet Millerand élimine le chef de Tentreprise de la direction de son entreprise. Il institue des délégués, et ces délégués pourront se ranger en deux catégories. Les uns se laisseront séduire plus ou moins directement. Les aulres, candidats à toutes les fonctions électives, au lieu de chercher à supprimer les conflits, feront tout leur possible pour les développer, le« entretenir, les grossir et les faire éclater, afin que leur zèle soit mis en pleine lumière et reçoive sa récompense.

Ces délégués permanents provoqueront des arbitrages. Mais ce que ne fixe pas le projet de loi, c'est la compétence des arbitres.

Un ôontrat librement consenti provoque à deux interprétations différentes. Un arbitre est nommé pour donner une solution. Rien de plus simple et de plus juste.

Mais rarbitrage pourra- t-il déterminer une organisation du travail? pourra- t-il fixer la durée du travail ? pourra-l-il fixer les salaires?

Oui, d'après le projet de loi; mais s'il y a- des pertes, est-ce l'arbitre qui les subira? — Non.

Irresponsable, il imposera donc sa volonté aux hommes qui auront engagé dans une affaire leur vie, leur intelligence, leur instruction, leurs capitaux et les capitaux des commanditaires, des actionnaires, des créanciers qui leur ont fait confiance.

Du moment que le « temps de l'arbitraire patronal est passé, malheureusement », M. Savon, de Marseille, dans l'interview^ que nous avons citée, a trouvé qu'il n'y avait rien de mieux.

La Lanteime l'appelle « un patron avisé » ; et elle a cité cette métaphore de M. Savon :

Un flot menace de nous submerger; n'essayons pas de

l'empêcher d'avancer, c'est impossible. Canalisons- le ; endiguons, endiguons!

La métaphore n'est pas heureuse, car les digues sont exposées à se rompre, et alors c'est la submersion violente.

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