LE MINIMUM DE TRAVAIL
Karl Marx est un adversaire du libre échange, car la valeur des subsistances détermine la valeur de la force de travail. Donc plus les subsistances sont chères, moins le capijtaliste a de surtravail à sa disposition. Quand on an ai)aissele prix, le travailleur peut s'imaginer qu'il en profite en achetant du pain, de la viande, du sucre, des chaussures, des vêtements à meilleur marché. Quelle illusion! La baisse des prix a procuré du surtravail au capitaliste (T. I, ch. xii).
On voit que le sophisme de Marx est un merveilleux instrument d'agitation. Il sert à fausser toutes les actions « de la bourgeoisie ». Êtes-vous libre-échangistes, demandez-vous la vie à bon marché pour tous? c'est afin d'augmenter la part du sur travail.
L'accroissement du capital, c'^st l'excédent du travail. Le capital, affamé de surtravail, cherche à absorber la plus grande masse de surtravail. p
Le capital est du travail mort qui, semblable au vampire, ue s'anime qu'en suçant du travail vivant, et sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage. Le temps pendant lequel l'ouvrier travaille est le temp^ pendant lequel le capitaliste consomme la force du travail qu'il lui a achetée (T. I, ch. x).
Le salarié qui entend ces belles métaphores se répète que le bénéfice du fabricant, c'est le travail non payé ; donc, moins il travaillera, moins il donnera de travail
non payé. En réduisant son travail au minimum, il empêche le capital de le voler. Il épargne son unique fortune, sa force de travail. Karl Marx le lui prouve :
Si la période ordinaire de la vie d'un ouvrier, étant donné une moyenne raisonnable de travail, est de trente ans, la valeur moyenne de ma force que tu me payes par jour forme
oÀK w oA ^^ .^ nM^ de sa valeur totale. La consommes-tu
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dans dix ans, eh bien, tu ne payes, dans ce cas, chaque jour,
^"® in akA au lieu de r-^rrr valeur entière, c'est-à-dire lu.you o.ooO
que tu ne me payes que 1/3 de sa valeur journalière; tu me
voles donc chaque jour 2 3 de la valeur de ma marchandise
(T. T, ch. x).
Donc, ce que l'ouvrier doit poursuivre, c'est le minimum de travail.
Voilà pourquoi la réglementation de la journée de travail se présente dans Thistoire de la production capitaliste comme une lutte séculaire pour les limites de la journée de travail, lutte entre la classe capitaliste et la classe ouvrière (T. I, ch. x).
En attendant le millénaire socialiste, et la suppression du capital, le salaire doit poursuivre par tous les moyens la diminution des heures de travail. La surenchère vient vite.
Après les Trois-Huit, M. Vaillant et les Trade Unions australiennes ont demandé six heures; M. Hyndman, quatre heures; M. Reindsdor devant le tribunal de Leipsig, et M. J. Noble, de New- York, ont réclamé deux heures; M. le D'^Joynes, 1 h. 1/2; et M. Pablo Lafargue, dans son Droit à l'oisiveté^ demande « la proclamation des Droits de la paresse, mille et mille fois plus nobles
et plus sacrés que les phtisiques Droits de rhomme'.
La morale professionnelle marxiste aboutit, pour le salarié, au minimum de production.
Karl Marx a un tel enthousiasme pour le factory ad de 1850 qu'il consacre une partie de son ouvrage à le reproduire; et il conclut triomphalement :
Le pompeux .calalogae des «.Droits de l'homme » est ainsi remplacé par une modeste « grande charte » qui détermine légalement la journée de travail et indique enfin clairement le temps que vend le travailleur et quand commence le temps qui lui appartient. (T. I, ch. x.)
Seulement Karl Marx et ses disciples, en réclamant la réduction légale des heures de travail, n'ont pas osé demander un maximum légal d'intensité de travail. C'est là une timidité inconséquente et indigne de tels logiciens.
Ce n'est pas assez. Ils devraient demander que la. loi fixât le temps de travail nécessaire d'après le tarif des subsistances, d'après la puissance des moyens de production et limitât le temps de travail non payé. De cette manière, la loi réduirait à un minimum la spoliation opérée par le capital vampire, l'exploitation du salarié par le salariant. Si aucun socialiste n'ose déposer une loi de ce genre, j'ai le droit d'en conclure ou qu'il ne connaît pas le système du maître dont il se réclame ou qu'il s'incline devant un opportunisme bourgeois.
Mais on voit la simplicité de la conception politique à laquelle aboutit le sophisme marxiste.
Il appartient à l'Etat d'intervenir pour assurer aux salariés Je maximum de salaire et le minimum de tra-
1. Paul Lafdrgue. Pamphlets socialistes. Le droit à la paresse, p. 28.
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vail. Il le doit. Il le peut. S'il ne le fait pas, il est contre les ouvriers pour les patrons. Voilà tout.
Donc donnez les pouvoirs politiques aux marxistes. Qu'est-ce que cela coûte ? Un bulletin de vote : et ils réduiront indéfiniment le travail économique pour le remplacer par le travail politique.