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CHAPITRE II

COMMERCIALISER LE TRAVAIL

1. M. de Molinari. — Une idée économique. — Mobiliser le travail. — Agrandir le marché. — "4Î. Déviation de l'idée dans l'application. — Bourses sans acheteurs. — Prévisions réalisées. — Mobilisation actuelle du tra ,il. — Contradiction. ■— Commercialiser le travail.'

l'idée de m. de molinari

En 1842, M. G. de Molinari, un des économistes à vues géniales, en même temps qu'un des écrivains les plus élégants et les plus précis qui aient manié la langue française, publia un article intitulé : V Avenir' des chemins de fer,

M. de Molinari * considérait que le travail se déplaçait difficilement, et il pensa qu'avec les facilités de transport que donneraient les chemins de fer, « on verrait s'ouvrir pour le travail des Bourses semblables à celles qui ont été établies à l'usage des capitaux quand la

\. Voir de Molinari. Les Bourses du travail; et comme contrepartie : Histoire des Bourses de travail^ par PeloiUier.

circulation des valeurs a pu s'opérer aisément et à peu de frais. « Le travail, disait-il, deviendra un objet de trafic régulier, il sera coté selon la demande que Ton en fera, et sa valeur s'accroîtra comme s'est accrue la valeur des capitaux à l'époque de l'ouverture des premières Bourses. On pourra l'acheter en gros au lieu de l'acheter en détail.

M, de Molinari,, devançant son temps, non seulement développa cette idée dans diverses publications, mais essaya même de la réaliser dans le Courrier français alors dirigé par Durrieu. Il montrait que l'ouvrier est intéressé à connaître les débouchés qui existent pour sa denrée et la situation des différents marchés du travail.

Les ouvriers parisiens reçurent avec méfiance cette idée. Les tailleurs de pierre considérèrent qu'elle était dç nature à attirer un surcroît de concurrence sur le marché parisien. Cependant, sous la Révolution de 1848, le préfet de police, M. Ducoux, fit un projet de Bourse du travail. Le projet fut repris trois ans plus tard et soumis à l'assemblée nationale qui le repoussa. En 1857, Tauteur fonda à Bruxelles un journal la Bourse du travail^ <c qui fut, dès son apparition, en butte aussi bien aux attaques des défenseurs des ouvriers qu'à rhoslilité des patrons ».

DÉVIATION DE L'iDÉE DANS l'aPPLICATION

Trente ans après, le 28 avril 1887, la première Bourse du travail a été ouverte sous les auspices du Conseil municipal. D'abord placée dans la salle de la Redoute, elle fut installée en 1891 dans un beau monument, avec

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une subvention annuelle d'une centaine de mille francs. J'ai dit, dans mon .discours du 8 mai 1893, ce qu'on y faisait*. Fermée le 7 juillet 4893, réouverte en 1895, elle a produit dans presque toutes les grandes villes de petites Bourses de travail. Presque partout, ce sont des -Bourses politiques, entretenues ai^x frais des municipg,lîtés pour préparer des candidatures socialistes. Ceux qui s'en adjugent le monopole ont une singulière manière de comprendre le commerce de travail.

Si les agents de change mettaient les acheteurs de titres à la porte de la^ Bourse, ils obtiendraient à, coup sûr la baisse ; les défenseurs du travail s'imaginenl-ils donc en faire monter le cours en mettant à la porte des Bourses de travail les industriels?

De la conception de M. G. de Holiqari, ces établissements n'ont guère gardé que le titre. Loin de favoriser la mobilisation du travail, leurs chefs frapperaient de proscription les intrus qui viendraient faire concurrence au travail local.

Si détournée de son cours qu'elle soit, l'idée de M. G. de Molinari était justes Malgré les prétentions des Trade Unions à monopoliser le travail, on reconnaît en Angleterre que le travail devient de plus en plus mobile.

Le 17 avril 1899, M. Asquith disait à la Chambre des communes : « Le travail mobile est la règle et le travail immobile l'exception parmi la population industrielle. »

M. John Burns confirmait : « D'après les statistiques qui m'ont été communiquées par le secrétaire de Heart of oak Society^ il résulte que sur les 220.000 membres qui en font partie, il n'y en a pas moins de

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