‹ Les conflits du travail et leur solutionChapitre 178 sur 262 · ACHATS EN GROS ET EN DÉTAIL · texte numérisé non relu

ACHATS EN GROS ET EN DÉTAIL

Actuellement, un directeur d'usine achète son travail à de petits fournisseurs. N'y a-t-il pas là une contra-

diction choquante avec les procédés qu'il emploie pour se procurer ses matières premières et pour écouler ses produits.?

Il n'achète pas à de petits marchands de détail les objets dont il a besoin, il n'achète pas au jour le jour ; il fait des marchés par grandes quantités et pour de longues périodes afin d'assurer ses approvisionnements à un prix convenu qui lui donnera la certitude de son prix de revient; il fait ses marchés avec des fournisseurs qui « ont une surface )^ et qui peuvent encourir des responsabilités effectives, s'ils n'exécutent pas leurs engagements.

Une fois ce contrat établi, si le fournisseur est une bonne maison, l'exécution ne souffre aucune difficulté. La surveillance se pratique automatiquement. La direction n'a plus à s'en occuper. Pour conclure un contrat important, et à long terme, l'effort n'est pas plus grand que pour établir un petit contrat à courte durée. Souvent même il est moins grand, parce que le cooamerce en gros donne des habitudes de netteté et de précision, et que l'élément personnel y joue un moine grand rôle que dans le commerce de détail.

C'est la poissonnière qui surfait ses prix et qui, après une chaude discussion, consent à un rabais en semblant vous faire une faveur personnelle : — C'est pour vous!

Ce n'est pas le grand négociant en grains ou en sucre.

Celui-ci achète du blé venant de Chicago, de San Francisco ou de New- York, sans connaître qui l'a cultivé, qui l'a acheté au cultivateur ou qui le met en vente à Londres ou à Paris. L'échange n'a rien de personnel, il est réel. C'est l'objet qu'on considère en lui-même en dehors des personnes.

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Cette iûdififérence, relativement au choix, cet anonymat doivent remplacer les rapports d'homme à homme qui existent dans le contrat de travail personnel.

L'achat du travail en détail ne présente aucune garantie au directeur d'industrie contre les malfaçons.

Aujourd'hui, on confie à des ouvriers des blocs d'acier, des cuves de matières qui valent des dizaines de milliers de francs, quelquefois plus. Si un ouvrier commet une malfaçon, par la force des choses, il échappe à toute responsabilité effective.

Nous devons admirer la morale professionnelle des ouvriers.

Ils savent qu'ils doivent remplir leur tâche, faire pour le mieux, donner le produit qu'ils se Sont engagés à livrer. La plupart éprouvent une satisfaction en constatant que leBff travail est parfait. Ils traitent avec mépris l'ouvrier inférieur ou gâcheur qui méprise sa besogne. 11$ ont l'amour-propre de leur métier.

Cependant beaucoup ont la conviction qu'ils sont exploités. Un certain nombre peuvent invoquer des exemples personnels, d'autres ont la tête exaltée par les prédications d'orateurs et d'écrivains qui viennent leur affirmer que Tindusitriel ne fait de bénéfices que par l'exploitation des ouvriers et que la somme de ses profits, c'est le vol sur le travail.

La plupart n'essaient pas de prendre leur revanche en commettant des malfaçons : mais il n'en est pas moins vrai que, dans nombre d'industries, l'industriel est à la merci du bon vouloir des ouvriers.

Actuellement, le salariant et le salarié sont presque toujours d'accord pour considérer que le contrat de travail n'est pas un véritable contrat. Le salariant pense qu'en dépit de l'article 1780, il n'a pas de i*ecours contre le salarié, si celui-ci refuse d'exécuter son engagement ;

et le salarié considère volontiers qu'il n'y a que le salariant qui soit engagé. En cas de grève, presque toujours il suspend brusquement le travail, sans tenir compte des délais convenus.

Donc j pour le salariant, la garantie de V exécution du contrat présente un intérêt de premier ordre.

Cette garantie ne peut être que collective.

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