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CHAPITRE XVI

SOCIÉTÉS DE TRAVAIL RICHES

Sociétés de travail trop riches. — Liberté de l'expérience. Bonne chance et bon exemple.

Un correspondant m'écrit :

Les actions des Sociétés commerciales de travail — au moins des sociétés riches — ne seront pas accessibles aux ouvriers les plus modestes. Ils pourront arriver à former un prolétariat dans le prolétariat, une classe d'ouvriers sera soumise à une autre classe. Et ce résultat ne semble-t-il pas indiqué par la lettre d'un de vos correspondants qui expose l'organisation des « Nations » d'Anvers?

L'objection prévoit le succès des Sociétés commerciales de travail : tant mieux.

Décomposons l'objection :

1° Une société est riche ; ses actions ne sont pas accessibles à tous les autres salariés.

Soit. Mais cette société a besoin de se recruter pour maintenir sa situation ; si ses actions sont à 'un taux trop élevé pour permettre son recrutement, elle pourra

diviser ses actions. Elle pourra encore faire comme les lunettiers de Paris qui admettent des adhérents: ces adhérents feront une sorte de stage avant de devenir sociétaires à part entière.

Toutes aortes de combinaisons sont possibles.

2° Si une société commerciale de travail devient très prospère grâce à la capacité de ses membres et à la sagesse de sa gestion, son exemple sera invoqué pour provoquer des concurrences à côté d'elle, et c'est toujours à la concurrence qu'il faut s'en remettre pour la solution des questions économiques.

3° Mais que signifie cette phrase : « Les ouvriers plus modestes pourront arriver à former un prolétariat dans le prolétariat. » /

Est-ce que tous les salariés sont payés actuellement au même taux? Est-ce que, non seulement dans la même ville, mais dans la même entreprise industrielle, il n'y a pas des salaires différents? Est-ce que le manœuvre reçoit le même prix que le mécanicien et l'ouvrier d'art?

Les manœuvres « forment donc un prolétariat dans le prolétariat ».

Le passage de cette lettre est l'expression d'un préjugé qu'il est utile de relever.

Quand le législateur vous offre uno loi comme la loi sur les sociétés, les uns en font bon usage, les autres en font mauvais usage sous leur responsabilité, d'autres n'en font pas usage du tout; chacun agit à sa guise.

Jusqu'à présent, les salariés n'ont pas pensé à faire usage de la loi de 1867, combinée avec la loi de 1893. Beaucoup ont perdu du temps et tout ou partie de leurs ressources dans des agitations syndicales. J'indique aux salariés qu'en faisant des Sociétés commerciales de travail, ils pourraient réaliser un progrès. L'expérience

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décidera si j'ai raison : et ce seront ceux qui tenteront cette expérience qui auront des chances d'en avoir le plus grand bénéfice. Les autres suivront ou ne suivront pas ou commettront des fautes. Ce sera fâcheux pour eux ; mais ceux qui auront obtenu des résultats avantageux en profiteront, et ne seraient-ils que quelques milliers, quelques centaines sur l'ensemble des salariés français que ce serait d'abord autant de gagné pour eux.

Ils n'auraient pas appauvri ceux qui ne les auraient pas imités ou les auraient mal imités, et ils auraient augmenté leurs ressources. A qui donc auraient-ils fait tort? — A personne. Bien plus, ils feraient bénéficier tous les autres de leur propre œuvre : puisqu'ils leur auraient donné l'exemple.

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