MONOPOLE
Alors une objection contradictoire se présente : On peut . supposer qu'une coopérative de travail devenue très forte finira par être l'intermédiaire nécessaire entre les salariés et les salariants de toute une contrée. Une fois ce « monopole de fait » établi, est-ce qu'une tyrannie, plus efl^ective que ne l'est jusqu'à présent la tyrannie des syndicats, ne menacera pas de
régir les rapports du patronat et de la main-d'œuvre?
Les syndicats ouvriers ont déjà émis la prétention d'être l'intermédiaire obligatoire entre les salariés et les salariants. Tel était le but de la loi sur les bureaux de placement que je dénonçai dans mon discours du 8 mai 1893.
Nous, nous ne demandons que la liberté pour la Société commerciale de travail.
La tyrannie des syndicats est une tyrannie politique : l'absorption dans une Société commerciale de travail de tous les salariés d'une région serait moins dangereuse.
Cette crainte me parait chimérique, car les salariés d'une région, ayant des professions différentes, formeraient certainement plusieurs Sociétés commerciales de travail et n'en formeraient pas une seule.
L'organisation de Sociétés commerciales de travail permettrait le transport de la main-d'œuvre, qui ne s'opère actuellement qu'avec les plus, grandes difficultés. Elles pourraient envoyer des travailleurs d'une région où l'offre dépasserait la demande dans une région où la demande dépasserait loffre.
De deux choses l'une :
Ou les Sociétés commerciales de travail ne pourront pas se développer, et alors la main-d'œuvre individuelle continuera d'être la règle, plus ou moiijs absorbée par les syndicats ;
Ou bien les Sociétés commerciales de travail prendront un large développement, et alors elles provoqueront la concurrence.
Les trusts aux États-Unis ne l'ont pas supprimée.