NÉCESSITÉ DES DÉFINITIONS
Condillac disait « qu'on pouvait, dans toutes les sciences, réduire Tart de raisonner à une langue bien faite ». Le plus souvent on déraisonne parce qu'on donne des acceptions vagues ou fausses aux mots qu'on emploie.
Quand il s'agit de questions économiques, dont tout le monde parle alors que peu de personnes les étudient avec méthode, les inconvénients de cette manière de
LE TRAVAIL, LE CAPITAL ET LE SALAIRE 2t
procéder sont d'autant plus graves qu'ils se traduisent par des actes.
Les malentendus peuvent aboutir à des grèves, à des émeutes, à des lois de tyrannie et de ruine, et provoquer des conceptions telles que la « Révolution sociale », qui sont à la réalité ce que sont, pour les croyants, les rêves du Paradis et les terreurs de TEnfer.
Je crois donc nécessaire de commencer par donner la définition des mots travail, capital et salaire.
Une fois d'accord sur la manière de les comprendre, il serait facile de s'entendre.
LE TRAVAIL
L'homme acquiert des utilités ou par son propre effort ou par l'échange.
L'effort personnel de Vhomme s'appelle le travail.
On l'appelle intellectuel ou musculaire selon la prédominance du genre d'effort qu'il exige. Le mécanicien de locomotive dirige et ne transporte pas, tandis que le brouetteur transporte plus qu'il ne dirige.
La part du travail intellectuel dans la production est en raison de la puissance de l'outiL
La valeur de Chomme est en raison de la puissance de /'ou^i/. Il, est capable de donner plus d'utilités quand il entraîne plusieurs dizaines de tonnes à plusieurs dizaines de kilomètres à l'heure que lorsqu'il traîne dans sa brouette 1/23 de mètre cube de terre en faisant 3 kil. 300 mètres à l'heure.
Ricardo a commis une erreur en disant : « La valeur d'une marchandise dépend de la quantité de travail nécessaire pour la produire. »
Cette définition confond V effort et Y utilité^ le travail et le résultat. Or, Tacheteur ne connaît jamais Teffort ; il ne paye que le résultat^ si ce résultat répond à un de ses besoins.
On commet une erreur en disant que le « travail est une marchandise » et que le salaire est la rémunération du travail. ^
Ce n'est pas V effort que paye le salariant : c'est le résultai de ï effort.
Le salaire ne rémunère pas le travail, il paye les produits ou les services fournis par le travail.