LB CAPITAL SUBJECTIF ET LE CAPITAL OBJECTIF
Il y a deux sortes de capital, et pour les désigner je me sers des mots subjectif et objectif, dans le sens que leur donne Kant : subjectif, qui appartient au moi ; objectif, ce qui est en dehors du moi.
La capacité pi^ductive de chaque personne constitue son capital subjectif : telles la force du manœuvre, la science de l'ingénieur, l'habileté professionnelle de l'ouvrier.
Le capital objectif se compose 3e toutes les autres utilités faisant fonction économique : telles les valeurs avec lesquelles un industriel constitue un outillage, a<^ète des matières premières, paye des salaires.
Le salaire ési Vachat forfaitaire par le capital objectif des produits ou des services rendus par le capital sub^ jeetif.
Ce qu'on appelle. « conflits du capital et du travail » est l'opposHion que l'on établit entre le capital subjectif et le capital objectif.
Ces conflits proviennent d'une conception erronée du rôle du capital objectif : on suppose que lorsque son possesseur achète directement \^s produits ou les'ser* vices rendus par le capital subjectif, c'est pour son
usage ; or, il n'est qu'un intermédiaire entre les producteurs de ces produits et les consommateurs.
Dans toute industrie, le capital objectif ne fait que des avances gui^ sous peine de i^ine^ doivent être remboursées par le consommateur.
Le capital objectif garantit que le fournisseur de l'outillage, des matières premières ou des produits du travail sera payé à échéance, rien de plus.
Si l'industriel qui se déclare « le père de ses ouvriers » se ligure qu'il les paye de ses deniers, il prouve sa capacité d'illusions. Quelque considérable que pût être son capital, il serait vite épuisé. Ce n'est pas lui qui paye les salaires qu'il verse en échange des produits du travail^ ce sont ses clients.
Ce « patron » est victime de sa conception orgueilleuse, car les salariés, ne voyant que lui, le rendent responsable de la quotité du salaire, et disent : « 11 est assez riche pour payer plus cher. »
Or, ce n'est pas lui qui règle le taux des salaires.
Le directeur d'industrie ne produit pas pour ses besoins, il produit pour les besoins des autres.
Il n'est pas le consommateur des produits ou des services qu'il rémunère par des salaires, il n'est qu'un intermédiaire.
Le capital ne fait que l'avance du salaire, comme il fait l'avance de l'outillage et des matières premières ; celui qui paye le salaire, c'est le consommateur qui achète les produits ou rémunère les services.
Si le prix du produit ou du service est trop cher, il en résulte l'abstention ou une substitution : le consommateur, dans une grève individuelle et silencieuse mais décisive, cesse de payer ; le fournisseur est condamné à fermer, et le salaire disparaît.