‹ Les conflits du travail et leur solutionChapitre 45 sur 262 · Unvol. in · texte numérisé non relu

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Cependant eux-mêmes reconnaissent que le préjugé économique connu sous le nom de Lump oflabor, fonds de travail, a cours dans les Trade Unions.

Dans chaque pays, il y a une certaine quantité de travail à partager entre X ouvriers. Si un ouvrier produit trop, il prend la part du travail des autres. Donc chacun doit pratiquer ce que j'ai appelé, en 1891, à propos de la grève des mineurs du Pas-de-Calais, à la Chambre des députés, « le malthusianisme de production ».

Les articles du Times ont dénoncé tout particulièrement un système connu sous le nom de Ca* Canny, C'est une expression écossaise dont la Seamen's Chronicle du 24 octobre 1896 donnait le sens de la manière suivante : « Si deux Écossais marchent ensemble et que Tun va trop vite pour l'autre, il lui dit : Ca' canny^ mon ca' canny^ ce qui signifie : doucement, plus doucement ».

Si une personne achète à bas prix un chapeau, une chemise, un morceau de bœuf, elle aura une qualité inférieure ou une moindre quantité. On conclut que le même principe doit être appliqué au travail et aux salaires. « Si les salariants ne consentent pas aux réclamations des salariés, ceux-ci n'ont qu'à adopter la politique du Ca' canny^ doucement, plus doucement. »

Une image montrait l'application du Ca' canny. A 5 liv. st. par mois, un marin tirait une corde de toutes ses forces; à 4 liv. st., il avait besoin d'un aide ; à 3 liv. st. 10 d., pour la même corde, il fallait trois hommes dont deux fumaient leur pipe tranquillement; à 3 liv. st., il fallait quatre hommes qui, tous, dormaient sur le pont, tandis que la corde pendait entre eux.

L'auteur des articles du Times : The crisis in British

indusfry, dft que la politique du Ca canny a été adoptée généralement par les Tî^ade Unions.

Leur morale professionnelle se résume ainsi : « En faire le moins possible, » Le temps de présence à l'atelier peut être de dix heures; pratiquement il peut devenir la journée de huit heures et même de six heures.

EFFETS DE l'aPPLICATION DU CA' CANNY

L'auteur cite des exemples.

Dans le Times du 26 novembre 1901 se trouvait Tautobiographie suivante d'un ouvrier :

Je suis un médiocre ouvrier. On me donne 60 portes à faire, on me les paie 2 francs pièce tandis qu'on les paie 4 francs [à mon voisin. C'est le signal d'un boycottage général.

Je travaille, j'étudie, j'arrive, dans le même atelier, à atteindre le plus haut poste : celui de constructeur d-'escaliers. Alors on me traite de fou pour m'être donné la peine d'étudier; et si je demande 1/4 de denier par heure en plus du taux du salaire que touche l'homme incapable de monter une porte, c'est toujours le boycottage.

Je vais dans un autre atelier. Il n'y a pas une heure que je travaille qu'on me demande si je vais continuer à cette allure. — Est-ce que je ne vais pas assez vite ? — Trop vite de moitié, on exigera le même travail de tous les hommes.

Il y a trente ans, le maçon employé aux tunnels des chemins de fer à Londres posait 1.200 briques dans sa journée; il y a vingt ans, il en posait 1.000; maintenant il est tacitement entendu qu'il ne doit pas en

poser plus de 400. Cette limite s'abaisse à 330 pour les travaux publics et spécialement pour ceux du Landon County council et du London School Board. Pour la construction d'une certaine école, cette limite se serait abaissée à 200 par jour, et pour une autre à iOO. Pendant que TefFet utile du travail diminuait, les salaires augmentaient; il y a dix ans, le rod (=25 m. carrés 29) était payé de 12 liv. st. à 14 liv. st. ; maintenant il coûte de 20 liv. st. à 22 liv. st.. Le prix des briques a augmenté de 3 liv. st. à 6 liv. st. par rod ; 10 p. 100 de cette augmentation est due au système dit Ca' canny^ adopté aussi bien par les faiseurs que par les poseurs de briques.

Dans le courant d'octobre, sur un chantier, il y avait 24 maçons et 24 manœuvres; les salaires payés aux premiers s'élevèrent pour une semaine à 61 liv. st. 9 sh. 4 d. et ceux payés aux [seconds à 36 liv. st. 14 sh. 10 d., faisant un total de 98 liv. st. 4 sh. 2 d. Le travail produit représentait un prix de presque 20 liv. st. par u rod » pour les maçons seuls. Quelques-uns des hommes furent congédiés ; mais six ou sept revinrent le lendemain et se ruèrent sur leurs remplaçants dont l'un fut grièvement blessé. Deux des agresseurs furent condamnés, l'un à sept jours, l'autre à un mois de prison. Les entrepreneurs déclarèrent qu'ils n'avaient pas recherché l'emploi des non-unionistes, mais que si de pareils faits se reproduisaient, ils prendraient des mesures pour se protéger contre une telle tyrannie.

L'auteur de l'article dit que, depuis le terrassier qui creuse les fondations jusqu'au peintre qui donne le dernier coup de brosse, tous les ouvriers du bâtiment pratiquent le système du Ca'canny.

Ce système a provoqué une énorme importation de portes faites en Suède, qui reviennent à 9 sh. 6 d.,

tandis qu'en Angleterre, elles coûtent 13 sh. 6 d., quoique fabriquées avec le même outillage. Il y a quelques années, les charpentiers et les menuisiers firent une grève pour en prohiber Tusage. Ils échouèrent.

Non seulement Tentrepreneùr rencontre des difficultés avec ses ouvriers, mais il en trouve qui proviennent des Trade Unions entre elles, les plus puissantes écrasant les plus faibles.

L'auleur cite des documents émanant de ihe Operative Bricklayers Society. L'un, du 7 octobre, décide ^e frapper MM. X..., parce qu'ils emploient des ouvriers inclépendants, et ils payent des pickets au taux normal. Les pickets sont chargés d'occuper les abords des chantiers et de boycotter les personnes désignées. Les entrepreneurs cédèrent dès le lendemain ; mais ce ne fut que le 12 octobre, après des engagements formels de leur part pour l'avenir, que les pickets furent relevés.

L'auteur de l'article dit que c'est encore dans les travaux du bâtiment que les non unionists sont le plus facilement tolérés.

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