CHAPITRE VII
La Confrérie de saint Amable. — Saint Gervais,
saint Bénigne.
(Sources manuscrites: Archives de la Fabrique de Saint- Amable).
Le culte des Saints était florissant à Riom. Trente-six Confréries pour le moins rivalisaient entre elles pour célébrer avec éclat les vertus d'autant de Saints, sous la protection de qui elles s'étaient placées : émulation féconde, qui favorisait singulièrement l'expansion de la vie chrétienne de la cité !
Le Patron de la ville, saint Amable, avait tout naturellement la première place parmi ces hommages rendus aux grands serviteurs de Dieu.
Nous avons dit ailleurs la vivacité de la piété privée et du patriotisme local qui incitaient à juste titre les Riomois à entourer d'une vénération particulière et d'honneurs spéciaux le plus grand de leurs concitoyens. Nous avons notamment retracé l'histoire de la Confrérie des laboureurs qui, de tout temps, se sont disputé la gloire de porter la châsse du Saint en des occasions solennelles (1). Nous n'avons donc point à y revenir.
Mais il existait jadis une Confrérie dont les attributions, loin de se borner à pourvoir au port des reliques du bienfaisant et aimable thaumaturge, embrassaient tout ce qui pouvait intéresser la magnificence de son culte. Nous ne saurions oublier de la mentionner.
Le traité de 1391 avec l'association de la Chandelle de Marsat (2) nous révèle l'existence ancienne et tout ensemble
{{) La Procession de Saint-Amable ; Les Porte châsse; la Roue de fleurs. (Paris, Lelhielleux, 1900) (2) îbld., p. 82. — Supra, p. 183.
la prospéi'ité de celte Confj'ërie, qui était assez puissante pour absorber Tautre dans son sein. Cet acte nous donne les noms de seize de ses membres à celte époque lointaine : Hugues Choulier, Pierre Bischaille, dit Ardalhon, Etienne Arcouy, bailes; Sinionel Benolet, Pierre Andrieu, Jehan Fornier, Guy Ayguesperse, Guillaume Choulier, Guillaume Chapo, Jehan Lobet, Guillaume Farso, Pierre d'Auvergne, Jehan Rocgier, Durant Bony, dit Gariant, Jehan Vigier, Pierre Arbert.
Deux siècles durant, cette Confrérie assure avec sollicitude la célébi'ation des cérémonies qui ont donné à la fêle de Saint-Amable une réputation qui ne s'est point encore démentie. Elle est toujours en pleine vigueur, quand survient la sécularisation de l'abbaye riomoise. Le culte du Saint n'a plus alors à rester- confié à une association spéciale, puisque quatre mai^guilliers, « gens laïcs j), vont dorénavant administrer les biens de la paroisse, et avoir « en leur puissance » le plus précieux de ses trésors, « les reliques et châsse d'argent de saint Amable » (1). Les biens de la Confrérie sont donc dévolus à la Marguillerie, qui en trouve la désignation dans deux vieilles lièves et dans deux terriers.
Ces terriers contenaient plusieurs reconnaissances qui émanaient, pour l'un : la première de Pierre et Amable Prugnome, du 25 mars 1505, et la dernière de Martin Agier, du 9 janvier 1529; et pour l'autre, la première de Jacques Chabre, du 15 mai 1543, et la dernière de Guillaume Seguin, du 29 août 1543.
La frérie de Saint-Amable ne perdit rien à cette transformation. Jamais le culte de l'illustre Riomois ne fut plus éclatant que dans les siècles qui suivirent, et s'il fallait compter comme confrères de Saint-Amable toutes les personnes, riomoises ou étrangères, qui faisaient des « libéralités » aux jours des fêtes du Saint, interminables seraient leurs listes. C'est que les marguilliers, devenus les succes-
[1) Voir infra l'analyse du trai,té de sécularisation.
seurs des bailes de l'ancienne Confnirie, déployaient toutes les ressources de leur zèle pour rehausser la gloire de leur Saint. Ne tiraient-ils pas, d'ailleurs, une réputation et un lustre particuliers de Taccomplissement de fonctions, dont la première prérogative était d'approcher de très près ses reliques et de veiller avec vigilance sur la conservation du vénéré dépôt commis à leur garde? Aussi, combien les citoyens enviaient ces fonctions ! Et avec quel souci rassemblée de ville s'ingéniait à n'en pourvoir que des notables de la cité, choisis dans les diverses classes sociales, un magistrat, un avocat, un procureur, un négociant!
On nous saura gré de montrer par quelques traits la façon dont les marguilliers comprenaient leurs devoirs de bailes de Saint-Amable et s'ingéniaient à célébrer les vertus de leur Patron.
Désireux de montrer qu'ils étaient avant tout les serviteurs de saint Amable, les marguilliers avaient décidé « de porter à leur doigt un anneau d'argent qui seroit bénit, après avoir touché la châsse et la dent de saint Amable, pour mai que de leur société et de distinction par leur charge de marguillier , et lesdits anneaux ont pour légende au dedans et au-dessus ces motz gravez : Sancle Amahilis, ora pro nobis / » (1). Lors de leur installation, les nouveaux marguilliers recevaient solennellement cet anneau. Lisons le procès-verbal du 6 janvier 1703 : « Après que le sieur Courtin, premier marguillier, et le sieur Legay, quatriesme marguillier, eurent installé M. Gabriel-Amable de Cambray, avocat en Parlement, et M. Jacques Chaudaire, procureur en la Séneschaussée et siège présidial à Riom, en leurs places de second et troisième marguillier, auxquelles ils ont esté nommez par l'assemblée de ville, ledit sieur Courtin leur a mis à chacun d'eux, un agneau (sic) d'argent au doit en exécution du délibératoire cy-dessus, prians leurs successeurs de continuer cette louable institution. » De même, lorsqu'aux
(1) Délibération du 1^'' janvier 1703.
cérémonies solennelles ils se rendaient à l'offrande, leurs flambeaux, du poids de trois livres, étaient marqués de récusson de Saint-Amable.
Leurs devoirs pour la célébration des deux fêtes du Saint étaient tracés dans un cérémonial imposé par des traditions séculaires et scrupuleusement observé chaque année.
Voici en quels termes les marguilliers rendent compte de leurs fonctions pour la grande (ête de juin :
« Cejourd'hui, mardy, veille de Saint-Amable, disent-ils, Messieurs les marguilliers, après avoir fait sortir et exposer la sainte chasse à costé droit de l'autel du chœur, comme il est de coutume, ont assisté à vêpres, compiles et matines dans leurs places ordinaires du chœur, ainsi qu'il s'est pratiqué les années précédentes.
» Le jour de la feste, 11 juin (1704), Messieurs les marguilliers, suivant l'usage, se sont rendus dans l'église dès les trois heures du matin pour faire sortir et exposer la sainte châsse en public, au lieu ordinaire, sur un dais au-dessus du banc des Reliques, et ensuite ayant fait dire la sainte Messe par leur chapelain, à l'autel de saint Jacques (1), en l'honneur de saint Amable, ils ont fait ouvrir touttes les portes de réglize.
» Deux de Messieurs les marguilliers se sont ensuite placés dans le banc de l'œuvre, et les deux autres dans le banc de Messieurs les bailes du Saint-Sacrement, qui le cèdent ce jour-là, pour y recevoir et écrire les messes et les libéralittés des fidelles (2).
D Et à la messe de paroisse, deux de Messieurs les marguilliers y ont assisté dans leurs places ordinaires. Les autres deux ont resté au banc de l'œuvre. Ceux qui ont assisté à la messe ont esté à l'offrande avec leurs flambeaux allumés. Ils ont ensuite assisté à la grand'messe qui s'est ditte dans le
(1) Saint Jacques (le Majeur) est l'un des protecteurs de l'église de Saint-Amable.
(2) Ils distribuaient aussi des a des chandelles » à ceux qui d(^siraient entourer de lumières le tombeau du Saint.
chœur, et à l'offrande ayant aussi leurs flambeaux allumés, immédiatement apprès le clergé. Et apprès la messe, ils ont fait descendre la châsse, laquelle, ayant esté placée sur le brancard avec le daix au-dessus, ils ont ensuite tous quatre assistés à la procession g^énéralle qui s'est faitte dans la ville, tenans les quatre coins du brancard sur lequel la sainte Chasse est portée par quatre ecclésiastiques et soutenue par quatre notables. Et les Dames marguilliôres ont marché derrière le brancard, portant chacunes un flambeau allumé, et ayant entre elles la reine de la feste qui a suivi la procession, laquelle estant rentrée dans l'églize, lesdits sieurs marguilliers ont (ait fermer la chasse dans Tarmoire ordinaire.
» Et l'après-dînée, un peu avant vespres, ils se sont rendus dans l'églize, où, apprès avoir fait sortir et exposer la sainte Châsse à costé droit de Tautel du chœur, ils ont ensuitte assiste à vêpres, après lesquelles ils ont fait fermer la Châsse dans l'armoire ordinaire, pendant lequel tenjps le chœur a chanté l'hymne de saint Amable d (1).
En dehors de ces obligations principales d'une journée si laborieuse, commencée à trois heures du matin et tout entière consacrée à honorer le Saint, nos marguilliers avaient encore à rendre leurs devoirs au roi et à la reine de la fête.
Comme il était de principe que la Châsse ne devait pas rester « seule sans les marguilliers, la veille et jour de la feste de saint Amable, onziesme juin », de peur d'un vol ou d'un dommage causé aux précieuses reliques, deux d'entre eux demeuraient constamment auprès de la Châsse dans l'intervalle des cérémonies. Mais, quelque temps avant le premier office, les deux premiers marguilliers se rendaient dans la maison du roi et de la reine, « pour les avertir de se trouver dans l'esglize aux heures de l'olfice ». L'heure de la cérémonie arrivée, « les femmes des marguilliers », les al-
(1) Les registres de la Marguillerie contiennent beaucoup d'autres énumérations semblables des devoirs à remplir par les marguilliers lors des fêles de Saint-Amable. Voir notamment procès-verbaux des 11 juin 1701, 1703, 20 juin 1705, etc.
laicnl (jiiérii* et les conduisaient à l'église. « En reconnaissancîe de celle peine », elles ëlaienl autorisées à suivre la procession générale, « avec chacune un flambeau portant res('usson de Saint-Amable, incontinent après les marguilliei's » : elles se servaient à cet eflét « des flambeaux de la Puriffication, si mieux elles n'aymoienl en achepler d'autreô à leurs frais, et lesdils escussons leur étaient fournis » (1). Plus laid, ce furent les marguilliers qui allaient eux-mêmes « prendre le roy ou la reine avec leurs ilambeaux, suivis des bedeaux d (2). Le personnage était inlioduit dans le chœur, « à la première stalle basse du costé droit. Il allait à l'oin-ande après les membres des familles de Chauvance et de la Rochebriant, qui, se prétendant de la famille du Saint, avaient prescrit le droit d'avoir une place d'honneur aux cérémonies de sa fête, et d'aller à l'offiande avec une aumusse sur le bras ». Mais il y précédait les marguilliers qui, eux-mêmes, avaient le pas sur le présidial et sur les autres corps de la ville. Le roi ou la reine assistait ensuite à la procession, derrière la châsse, et avec la faculté de se faire accompagner d'une escorte. Pour éviter tout abus, on dut l'avertir « de n'amener à sa suite plus grand nombre que trois personnes au plus ». Si révêque suivait la procession en habits pontificaux, la reine venait immédiatement après lui avec deux assistantes.
Les honneurs décernés au roi ou à la reine de Saint- Amable, et plus encore, la dévotion intense des Riomois envers leur Patron excitaient dans le principe d'ardentes convoitises pour l'obtention du reinage. Jadis, il n'était pas mis en adjudication ; mais, le 11 juin 1657, il est décidé que dorénavant il sera « crié et estroussé le jour de Saint-Amable au plus offrant, aifin qu'il ne demeure pas à Messieurs les marguilliers ». Durant le xvu^ siècle, les enchères montèrent à des prix considérables, 100, 140, 150 livres, non compris
(1) Délibération du 10 mai 1697.
(2) Délibération du 11 juin 1697.
\e paia bénit, le cierge, « dix livres pour la musique », et le c( déjeuner que le roy avait accoustumé à donner », mais qui fut ensuite « retranché ».
Souvent, il est vrai, Padjudicatair-e ne souscrivait à une somme aussi élevée que pouY remplir un vœu ou pour obtenir du Saint une grâce ardemment souhaitée, telle que la guérison d'un être chéri, dangereusement malade. Ainsi, en 1676, « Mademoiselle Frementon », dont « la fille unique est malade à l'extrémité », pousse les enchères à 100 livres et enlève le reinage à « Madame la marquise de Canillac » : celle-ci avait « prié Messieurs les marguilliers de lui donner avis des enchères du reynage pour Tannée prochaine, qu'elle le prendra pour Monsieur son époux, s'il est au mesmo prix, qu'il est de soixante-six livres. . . » De même, en 1683, le reinage est donné « à M. du Champzé, malade, fils de feu M. Claude Chaduc, procureur, moyennant sept vingts livres et autres charges ordinaires ». En 1697, « demoiselle Dauphine Sablon. fille de M. Sablon, conseiller du Roy, receveur des consignations », l'obtient pour semblable cause, et a ce mesme jour a esté célébré une grande messe en l'honneur de Saint-Amable pour la santé de ladite demoiselle, et l'ouverture de l'armoire de la Châsse fut faite après la grand'messe, et ledit sieur Sablon a payé 14 livres à Messieurs du Chapitre, et à la Marguillerie la somme de six livres » (1).
Mais, parfois l'enthousiasme qu'avait allumé le feu de l'enchère venant à s'éteindre, l'adjudicataire constatait qu'il avait trop présumé de ses forces et ne se souciait plus de verser la somme promise. I^es marguilliers étaient alors obligés de sévir. « Le reynage de Saint-Amable (1672) ayant été estroussé à Madame de Venois (2) pour 50 livres, et
(1) D'ordinaire, les grand'messes dites en l'honneur de saint Amable, « la châsse ouverte «, coûtaient, savoir : 10 livres pour le Chapitre, 3 livres pour le luminaire, 20 sols pour le sacristain et 6 livres pour la Marguillerie. « Celte cherté esloig'nant plusieurs personnes de cette dévotion », les marguilliers songent à réduire le tarif (6 juin 1655).
(2) Née de Chauvigny de Blot.
n'ayant point comparu ny assisté à aucuns oi'fices ny à la procession, Monsieui' de l^alebot (1), niarguillicr, a fait tenir sa place par le plus jeune de ses enfans et donne oO livres de don pour employer en réparations au charnier poui' mettre les ossements qui sont dans le cimetière, et la Marguillei'ie ne laisseia pas de poursuivre ladite demie de Venois pour le paiement desdites 50 livres, d Elle décide, en eiïet, de pratiquer une saisie-arrêt à son encontie entre les mains de M. Hochefort.
En lemps normal, le reinage ne produisait qu'une moyenne de 30 livres. Madame Sablon de la Ribbe, née Soubrany, le prend cependant, en 1703, pour 60 livres. Mais, à partir de ce moment, il semble délaissé. Nous ne trouvons plus sur le registre mention du reinage qu'en 1748, et en quels termes mélancoliques! « Le douziesme may 1748, Mademoiselle la Fosse a pris le reynage de Saint-Amable, attendu que personne se présentoit pour le prendre. Elle a donné dix livres et fourny le cierge. Elle a aussi promis qu'elle le prendroit chaque année si personne se présente pour en donner davantage ; et quoiqu'elle n'eût promis que dix livres, cependant elle a donné douze livres le jour de Saint-Amable. »
L'inscription des messes en l'honneur de samt Amable que le peuple réclamait la \eille et le jour de sa fête était aussi dévolue aux marguilliers. En 1697, ils reçurent jusqu'à 129 demandes ; et l'année suivante, 103. Ils distribuaient ces « messes de dévotion d aux prêtres habitués de l'église chargés du soin des reliques confiées à la Marguillerie, à raison de 8 sols par messe, dont un sol « pour employer à la Fabrique )>. Plus tard, ils les réservèrent pour l'époque de l'Avent et du Carême. « Pour remédier aux inquiétudes du peuple qui sont causées, expliquent- ils, faute de dire des messes après les prédications du Caresme et de l'Avent, nous avons résolu de réserver une quantité de messes, de celles de dévotion qui sont reregistrées la veille et le jour de la feste
(1) M. Paul Blich, trésorier de France.
de saint Amable, onziesrne juin, pour les laire célébrer à l'autel de par-oisse, à l'honneur de saint Amable, à l'intention des personnes qui les auront payées, à Tissue de chaque prédication du Caresme et de l'Avent (1), excepté les dimanches et les fêtes où il y aura messe de paroisse. » Ainsi, en 1703, ils donnent à Messieurs Radigon et Borne, prêtres habitués, <L 20 messes pour dire en l'Avent, 40 pour dire en Caresme, et 6 pendant l'Octave (du Saint-Sacrement sans doute), incontinent après les sermons, aux jours où il n'y aura point de messe de paroisse , et seront céllébrées à l'autel de paroisse ; à Messieurs Angoille, Daniel, diacres, et à Monsieur Bouteix, sous-diacre, 20 messes chacun, à Monsieur Brunier, sous-chantre, 15 messes ; et Messieurs les marguilliers se sont réservez 17 messes pour les faire dire dans les occasions par les prêtres qu'il leurs plaira ». Us les donnèrent ensuite « à Messieurs les vicaires ».
Le dimanche qui suivait le 11 juin, les marguilhers Taisaient prononcer le panégyrique de saint Amable par un orateur qu'ils choisissaient à l'avance (2). Tout comme pour les sermons de l'Octave du Saint-Sacrement, on s'efforçait d'avoir un prédicateur en renom : le Père Soanen, de l'Oratoire, donna ce panégyrique en 1673, et l'abbé Faydit en 1701 (3). Les marguilliers ne manquaient pas d'aller remercier l'orateur après son discours qui, invariablement, d'après notre registre toujours courtois, avait été écouté a aux applaudissements y> de l'auditoire.
Le lendemain de ce panégyrique, le Chapitre disait une messe de Requiem. Cette messe se célébrait « à haute voix, à l'autel derrière le chœur, au devant de l'armoire de la
(1) Ces prédications avaient donc lieu autrefois le matin, et non plus le soir comme de nos jours.
(2) Le curé ayant choisi lui-même le prédicateur en 1669, les marguilliers approuvent son choix, mais prient « M. le Curé de ne plus se mêler de cette nomination ».
(3) Voir infra les noms de quelques-uns de ces panégyristes.
châsse de saint Amable (1), où la reyne et les femmes des (jiiatre margiiilliers assistent et vont deux fois à l'oflrande avec leurs cierges allumés ». Une autre grand'messe de u)orts, à laquelle assistaient également les femmes des marguilliers, était dite dans l'Octave de la Toussaint « pour les confrères de la fréiie de Saint-Amable », laquelle comprenait probablement toutes les personnes ayant donné une offrande à Poccasion des solennités consacrées à la mémoire du Saint.
La fête d'octobre de Saint-Amable, qui avait lieu avant la Révolution le 18 octobre, et non le 19 comme aujourd'hui, avait moins d'éclat que celle de juin. Elle n'en était pas moins célébrée avec pompe. Le 17, les marguilliers se rendaient à l'église « au second coup de vêpres, et ayant fait faire ouverture de l'armoire où repose la châsse, ils la faisaient sortir et exposer sur le maître-autel pendant vêpres, après lesquelles elle était renfermée ». Le jour de la fête, ils allaient à l'église à quatre heures et demie du malin, faisaient exposer la châsse au-dessus du banc des reliques pendant tout l'office du matin, assistaient à matines, aux messes de paroisse et du chœur, où Ton n'allait point à roiïrande. Le soir, pendant vêpres, la châsse était de nouveau exposée sur un [)etit autel, dressé à côté du maître-autel, et rentrée après la bénédiction.
Poui' compléter tous ces honneurs rendus au protecteur de leur cité et exciter au plus haut point la piété populaire envers lui, les marguilliers sollicitaient du Saint-Père a un pardon et indulgence pour la solennité de la feste de Saint- Amable durant le temps et espace de sept années ». A lexpiration du délai, ils n'avaient garde d'oublier d'obtenir le renouvellement de cette faveur : du moins agirent -ils ainsi de 1632 à 1647. Exemple: « sur la résolution prise d'obtenir un nouveau bref de Notre Saint- Père pour le renouvellement
(1) Cet autel devait devait être à la place de la chapelle actuelle de Saint-Amable.
du pardon concédé à la fèLc de Saint- A niable, M° Jean Brun, (procureur et) notaire apostolique, a esté prié de le faire venir de Home, ce qui a esté fait, et Icd. bref venu et remis à Messieurs les nnarguilliers le 13 may 1640, a e^té payé pour les fraisa M. Mingues, bourg^eois de Thiers, 7 livres 10 sols. » En 1632, M« Brun s'était contenté d'un écu d'or pour ses frais.
Rappelons que, lors de la fameuse peste de 1631 qui ravagea la ville de Riom, un conseil s'étant tenu <r en la maison de M. le président Combes, premier consul, on ont esté appelez MM. du Chapitre Saint-Amablc, du Marturet, Sainte- Chapelle, les Révérends Pères Gardiens des Capucins, Cordeliers et Supérieur de l'Oratoire, commissaires de santé, marguilliers et intendans de l'Hôtel-Dieu, pour résoudre les prières et vœux qu'on pourroit faire à Dieu poui^ supplier sa divine bonté de garentir cette ville de la maladie contagieuse dont elle est menacée », il fut décidé notamment « qu'aux quatre portes de cette ville et au-dessus d'icelles seront posez et attachez quatre images en peinture de saint Amable pour y demeurer à toujours, et seront bénites et portées processionnellement à l'issue d'une messe solennelle ». Cette cérémonie devait avoir lieu le 29 juin, en présence de la châsse de saint Amable (1). Les quatre tableaux du Saint restèrent-ils longtemps appendus aux portes de la ville? Aucun document postérieur n'en fait mention.
Les anciens Patrons de la paroisse avaient été saint Gervais et saint Bénigne.
Une Confrérie avait été formée en l'honneur du premier. En 1637, elle existait encore. Le 25 octobre de cette année, « les bailes de la frérie de Saint-Gervaix, première et plus ancienne église de la ville », prient les marguilliers de réparer leur chapelle : ceux-ci y consentent, décident qu'il sera passé marché des réparations à faire, et « que ceux qui ont des tombeaux les viendront reconnoistre pour
(1) Reg. Marguillerie de Saint- A m cible, p. 74-76.
leur cstre conservez et donneront trente sols chacun pour ladite réparation y>.
Cette frérie fut vraisemblablement absorbée dans la suite par la Marguillerie, qui, do même qu'elle s'était chargée du culte de saint A niable, eut à cœur d'honorer également les autres patrons de l'église. F^armi les devoirs que Courtin impose aux marguilliers (vers 1701), figure, en effet, l'obligation suivante : « A la feste de saint Gervaix, 19° juin, les marguilliers, dès le grand matin, dressent une table dans le cloistre pour vendre les chandelles aux pèlerins, et pour recevoir les bienfaits du peuple : pour cet effet, on y porte le livre de la frérie Saint- Amable pour y escrire ceux qui donnent. »
Saint Bénigne n'était pas non plus délaissé. A sa fête, qui tombait le 7 novembre, sa châsse était exposée dès les premières vêpres, et les marguilliers assistaient à tous les offices, matines, grand'messe, vêpres, procession, bénédiction.
Ceux-ci unissaient les trois grands serviteurs de Dieu dans leurs hommages. Le i haut vent de la grande porte de l'église » menaçant ruine, on le répare à grands frais en 1673. Le 3 juin 1674, les travaux sont achevés : pour en rendre l'ornementation plus séduisante, on place au sommet de l'arcade « trois figures ». Celle de saint Amable est mise au milieu, celle de saint Bénigne à droite, et celle de saint Gervais à gauche. M. Courtin, doyen de Saint-Amable, les bénit solennellement, accompagné du Chapitre qui y vient en procession, au son de la grosse cloche, et chante a les oraisons des Saincts et un motet en musique », en présence des maiguilliers et de « nombre d'habitans ».
De nos jours, les fabriciens de Saint-Amable s'efforcent, dans la mesure de leurs forces, de perpétuer les traditions inaugurées et suivies par leurs devanciers. Exposition et vénération de la châsse de Saint-Amable aux deux fêles de juin et d'octobre, et des reliques possédées par l'église durant l'Octave de la Toussaint ; offices solennels, procession
générale, où figurent la roue de fleurs, emblème de Panlique roue de cire, la bannière violette du Saint et la châsse argentée portée par les douze « babies » : voilà tout autant de coutumes observées avec fidélité. Une messe solennelle est dite, après chacune des "fêtes de saint Amable, pour la ville de Riom, rappelant les offices de morts jadis chantés pour les membres de la frérie du Saint. Le peuple chrétien aime toujours à venir se prosterner autour du tombeau et dans l'église de celui qui, en donnant à sa ville la vraie foi et les robustes croyances, l'a portée au degré de gloire où elle s'est si longtemps maintenue.
La transaction conclue entre Tabbaye de Saint-Amable et la ville de Hiom au sujet de la sécularisation de l'abbaye n'a jamais été publiée : on nous saura gré, espérons-nous, de donner ici le texte de l'analyse de cet important document, tel qu'il est consigné dans le registre écrit par Courtin.
Nous le ferons suivre des noms des marguilliers, et de ceux de quelques rois, reines et panégyristes de saint Amable.
Transaction entre Messieurs Vahbé et religieux de Saint-Amable et Messieurs les Consuls et députez de la ville de Riom, au sujet de la sécularisation du 8 avril 1505. (Tiré du registre de la iMarguillerie de SainL-Amable inlilulé Extrait des registres des fondations et de l'inventaire général et des délibérations et autres titres de la Marguillerie de Riom , laissé à la Marguillerie le 30 décembre 1703, p. IJl).
Nota. — Cette transaction a été reçue par Le Normand et Barchaud, notaires royaux à Riom, le 8 avril lSo3, et liomologuée par arrest de la Cour de Parlement à Paris, du 8 décembre 1554.
« 1. — Par laquelle transaction est fait mention comme les consuls et habittans de lad. ville, par acte de leur assemblée générale du 8^ octobre 1552 (1), auroient arresté que, si Révérand Père en Dieu, M'^ Jacques de Chalencon, abbé
(1) Le registre porte 1553; c'est une erreur évidente, la transaction étant du 8 avril 1558.