CHAPITRE VI Les Confréries de la Sainte Vierge
(Sources manuscrite? : Archives de la Préfecture (fonds de Saint-Amable, passim ; fonds du Marthuret. - Archives des Fabriques de Sainl-Amable et de N.- D. du Marlhuret.)
La ville de Riom a, de tout temps, été animée d'une dévotion singulière envers la très Sainte Vierge. Depuis de longs siècles, une de ses églises est spécialement dédiée à Marie, et les images de la Madone protègent les entrées de la cité. On sait d'autre part que, chaque année jadis, Notre-Dame de Marsat recevait des Riomois l'offrande d'une roue de cire (1). Aussi, nombreuses avant la Révolution étaient les Confréries que les habitants avaient placées sous le vocable de Tauguste Mère de Dieu : nous en avons compté environ vingt-cinq qui, sous des titres différents, se réclamaient de son patronage, et nous ne pouvons nous flatter de toutes les connaître.
Le promeneur qui fait le tour de la ville, en suivant la ceinture de ses boulevards, n'est pas peu étonné d'apercevoir au-dessus de quatre des anciennes portes de la cité et à l'entrée des quatre faubourgs de la Rade, de Layat, de Mozat et de la Poterne, comme à l'intérieur du faubourg de Clermont, de petites niches pratiquées, à la hauteur du premier étage, dans les murs des maisons formant l'angle des carrefours. Là, derrière un modeste châssis vitré, ne s'ouvrant qu'à certains jours de fête, est installée une statue de la Vierge, parée d'ornements qui n'apparaissent pas sans grâce lors-
(1) Voir notre Procession de Saint-Amable, Les Porte-chasse, La roue de fleurs (Paris, LeLhieileux, 1900). — Voir aussi infra^ p. 183.
qu'aux grandes solonniLës Toeil peut les couleiiJ[)lei' incrément.
Ces cinq Madones ont leur histoire. Cinq Confréries, recrutées chacune parmi les gens du quartier, se faisaient autrefois, et les habitants se font encore aujourd'hui, un honneur de les orner et d'entretenir leurs a chapelles d. Cet aspect de la foi naïve du peuple riomois n'est pas l'un des moins attachants de ceux que découvre notre étude : il est bon que nous le contemplions quelques instants.
La Vierge dont les annales, connues de nous, remontent le plus haut est celle de la Porte du Palais ou de la Bade. Nos aïeux l'appelaient « Notre-Dame de las Farrias ou des Farries i.
D'où vient ce nom de « Farries » donné à cette statue ? M. le Curé Gardet lui attribue une origine ingénieuse. Frappé de ce que la Madone est proche de la partie du Palais qui servait jadis de prison, il pense qu'elle a été ainsi dénommée parce que les gens incarcérés ou soumis à l'exposition publicjue imploraient son aide et sa protection en passant chargés de fers devant la sainte image (1).
Tout en rendant justice à l'idée touchante qui a inspiré cette explication, nous ne croyons pas pouvoir nous y arrêter. D'abord, le nom de la Vierge n'est pas des Ferries, comme le pense à tort le savant auteur, mais bien des Farries. Ce n'est que dans certains manuscrits, tout à fait récents et presque contemporains de la Révolution, que les copistes ont écv'ii Ferries, un mot qui. toujours dans les titres des siècles précédents et encore au xviii^ siècle dans les registres de la Marguillerie de Saint-Amable, est orthographié Farries. Nous voilà donc éloignés de Tétymologie qu'éveille la syllabe fer. D'un autre côté, l'appellation Farries est ancienne, puisqu'on la retrouve dans un titre de 1283. A cette date reculée, le Palais existait-il et servait-il de
(l) Calendrier paroissial de N.-D. du Marlhuret, 1903, p. 27, 29.
prison? Il est permis d'en douter. On attribue en général la construction du Palais à Jean de Berry (1), lequel n'a célébré son mariage et tenu sa cour à Riom qu'un siècle plus tard, vers 1389. L'interprétation proposée ne paraît donc pas acceptable.
Nous estimons qu'il faut chercher au mot Farines une origine plus simple et plus naturelle. Far en lalin veut dire b/é : de cette racine qui, d'après Littré, se rattache probablement au sanscrit, sont venus divers mots français qui éveillent tous l'idée de cette céréale (2). Rien de plus conforme au sens et à la critique historique que de penser que les habitants de la Bade, tous agriculteurs au xii^ et au xni^ siècle, comme ils le sont encore au xx% ont voulu honorer la Vierge de leur quartier sous un vocable tiré de leur profession même. Alors comme aujourd'hui, des cultivateurs servaient annuellement d'escorte à Notre-Dame des Farries, lors de ses processions : c'est du blé, produit de leurs durs labeurs, que très vraisemblablement vient le nom de leur Madone.
L'antiquité de la Confrérie est dans tous les cas extrêmement vénérable. Déjà, en 1283, le mardi avant la fête de la Nativité de Saint-Jean, Pierre Folcher, de Mozat, et Guillemette, sa femme, lui vendent pour 50 sols une émine et une quarte froment de cens en directe. Nous voyons ses bailes, aux siècles suivants: obtenir (1333) une sentence relative à des cens ; faire un échange avec Jean Dénotent (1363) ; établir leurs comptes (1425) ; recevoir (15 septembre 1426) des lettres de sauvegarde « qui renvoient toutes leurs causes et demandes devant les juges de M. le Duc pour y être jugées », et (27 décembre 1454) une commission du Sénéchal d'Auvergne pour la rénovation des cens en directe dus à la Confrérie ; être gratifiés par Amable Bauduy, marchand à Riom, suivant testament du 11 février
(1) Chabrol, Coutumes d'Auvergne, IV, p. 440.
(2) LiTTPÉ, Dictionnaire de la Langue française^ cite notamment les mots farine, farrago, etc.
1511, d'une quarte froment de cens en directe, se faire reconnaître des cens le 15 mars 1521 ....
Le siège de la Confrëi'ie était naturellement devant la niche de la porte de la Bade, mais ses exercices de piété se faisaient à l'église paroissiale de Saint- Amable, dans une chapelle spéciale appelée « chapelle des Mareschaux », du nom de la famille de « Mareschal » qui y avait fondé une vicairie, y possédait son tombeau et avait « posé ses armes sur les vitres ». Cette chapelle, nous dit le registre des fondations de Saint-Amable, était située au fond de l'église, derrière le chœur*. Au xvu® siècle, les représentants de la famille Mareschal revendiquaient encore avec énergie leurs droits contre la Marguillerie, qui avait placé les reliques de l'église dans cette chapelle et qui prétendait s'y comporter en maîtresse. Les marguilliers avaient donné à peindre l'endroit où étaient déposées les reliques : aussitôt « le sieur RoUet et autres de la famille des Mareschal y auroient apporté empeschement, prétendant que la chapelle leur appartient... par un titre du 10 novembre 1537, mais, tout cela ne fesant pas voir, dit le registre, qu'ils aient fait bâtir ladite chapelle, fondée ni dotée, et néanmoins ayant égard audit titre, il est résolu de recourir à un arbitrage d (1). M. Marie, avocat, rédige une transaction le 7 juillet 1659 ; M. Rollet, un des principaux héritiers (2), ne veut pas la signer. Par contre, il « expose et fait voir un plan des réparations qu'il veut faire à la chapelle »; les marguilliers l'acceptent ; mais en revanche décident « qu'il ne sera donné aucune déclaration aux patrons de la chapelle des Mareschaux au sujet de la transposition des reliques qu'on prétend de faire dans une armoire qui est à l'opposite de celui oii elles ont toujours été » (3).
(1) Délibération de la Marguillerie, 1650.
(2) Il était entré dans la famille Mareschal par sa femme, née Chaumard. Il fut notaire, greffier du Domaine et assesseur à l'élection. (Voir notre Bureau des Finances^ p. 548).
(3) Délibération du 12 mai 1686. En note sur le registre: « Il n'y a point eu de transposition des reliques, »
La fête de la frérie se faisait le jour de la Nativité de Notre-Dame (8 septembre), à la porte de la Bade, et se célébrait dans cette chapelle des Mareschaux.
La Confrérie avait la prétention d'avoir, le jour de la Nativité, le pas sur les autres*' fréries des portes de la ville. Le 15 septembre 1593, elle présente requête pour être maintenue dans sa possession de précéder, à Toffice et service du jour de la Nativité de la Sainte Vierge qui se fait dans l'église de Saint-Amable et à la procession du dimanche dans l'Octave, les confrères de Notre-Dame de la porte de Mozat. M. de Frétât, lieutenant particulier de la Sénéchaussée, ordonne que la requête soit communiquée à ces derniers. . . . Souhaitons que le débat se soit terminé sans éclat aux processions !
Ses statuts se trouvent consignés dans un traité c en françois et sur parchemin » passé entre les confrères au nombre de 54, le 30 août 1545, devant « Jean Apchier, lieutenant en chacun droit, chancelier garde et tenant le scel royal étably en contracts en la ville de Riom, en Auvergne, pour le Roy ». Par cet acte, les confrères conviennent que, a quand il ne se trouvera personne pour lever le reynage de la frérie, le roi sera élu par tous les confrères parmi eux, et le roi sera tenu de payer aux confrères et compagnons de la lad. frérie à la manière accoutumée. Chaque confrère devra payer 5 sols quand on fera fête, et quand on ne fera pas la fête 2 sols 6 deniers. Les confrères seront tenus d'aller chercher le roi pour aller aux premières vêpres et service du lendemain, à peine d'une livre de cire contre chacun des défaillants. A la mort de l'un des confrères, tous les autres seront tenus d'assister à son enterrement, sous la même peine d'une livre de cire, avec les torches de la frérie. A la mort des femmes ou enfants des confrères, seront tenus les bailes de fournir 12 torches de la frérie. Les confrères ne pourront quitter ladite frérie qu'en payant la somme de 20 sols au profit de ladite frérie, pour le tout être employé à payer le service divin, la lumière, lampe, cierge et torches de ladite frérie. »
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Celte règle est confirmée par un acte postérieur, des 24 avril et 5 mai UJQO, signé dans la maison de la Confrérie, avec cette différence « que le roi qui sera nommé entre les confrères paiera dix livres de cire pour le service de ladite fi'érie, et donnera à boire si bon lui semble. Les bailes et confrères conduiront, de la porte de la Bade où se tient ladite frérie dans l'église de Saint-Amable, le roy la veille et le jour de la fête. Les confrères assisteront à l'enterrement de chnque confrère avec des torches jusqu'à la porte de l'église seulement. D
Une vicairie, dite « de Notre-Dame des Farries », avait été fondée en la chapelle des Mareschaux (1) par Barthélémy Chantagrel « à l'honneur et autel de Notre-Dame des Farries ». Le 18 avril 1670, cette vicairie devient vacante par le décès de M. Thomas Mangot. Les « patrons et nominateurs » de la vicairie, savoir: « Anne de Sirmond, veuve d'Antoine de Murât, écuyer, sieur de Saint- Geneix, héritière de Jean de Sirmond et de Gilberte Mosnier ; Jean Bouleau, avocat; Madeleine Arvier ; Jean-Louis Testefort, mari de Marleleine Verlary, petite-fille de Madame Arnaud; François Vallel, héritier d'Anne Barghaud ; Gabriel Dufour, mari de Michelle de Montigny ; Jean Vigier, mari d'Alix Arvier; Ainable Arvier, fils à feu Noël; Priest Mandet, mari de Jeanne Bougier ; André Bougier, marchand ; Jean Maignon, aussi marchand, fils d'Anne Chaput, icelle héritière de Jeanne Arnaud; Pierre de Girard, sieur de Latour- Vidal, premier président en la généralité d'Auvergne ; François Ardot, fils de Jeanne Moignoux ; Guy Noelas, receveur des tailles en l'élection de Saint Flour : Antoine Vollet, fils d'Anna Barghaud ; Noël Vourighaud, héritier de Catherine Noelas », présentent au Chapitre pour nouveau vicaire Messire Jean Bollet, prêtre. Le Chapitre accepte le candidat, et lui permet a de porter l'habit dans l'église, afin de pouvoir faire les
(1) Registres capitulaires de Saiat-Amable: 7 novembre 1^95, 27 mars
offices de ladite vicairie et assister aux olfiQes divins qui se (ont ordinairement à l'église » (1).
Le 23 août 1660, au nom de la Confrérie, devant Michy, notaire, les bailes Amable Raymond aîné, tisserand, et Jean Vidal-Guilhemeau, laboureur, versent 280 livres aux marguilliers de Saint-Amable pour la fondation d'un salut solennel, le 8 septembre, fête de la frérie. Ce salut se donnera après vêpres au devant du chœur, avec orgue, musique et sonnerie. On y chantera un Ave, maris Stella, un motet en musique et orgue, un De profundis en faux-bourdon. Trois chanoines y assisteront avec leurs chapes, et pour ce recevront dix livres.
La Confrérie avait des ressources.
Elle possédait notamment une maison : cette indication nous est fournie à la fois par les statuts de 1590 que nous avons analysés, et par une quittance de 5 sols donnée aux bailes le 15 août 1615, à raison de « l'imposition faite par les consuls pour le rôle des réparations de la ville à cause de la maison de la frérie ».
Un inventaire de ses titres, vérifiés le 16 janvier 1761, mentionne un « compte par Simon Benvolent, baile de la frérie, des revenus de ladite frérie de l'année 1425, commençant à la fête de Notre-Dame de septembre, et finissant à pareil jour pour 1426, dans lequel il paroît qu'il y avoit plusieurs dépenses de bouche ». Ces « dépenses de bouche » jouaient, semble-t-il, un grand rôle dans le budget de la Confrérie, car le même inventaire nous signale un autre a compte en françois et papier des revenus de la frérie, rendu en 1516 par Michel Buxière, tanneur et marchand de Riom, baile », avec cette remarque piquante « qu'il paroît que la plus grande partie de la dépense est faite pour boire et manger, ce qui estoit un grand abus qui a été corrigé ». La note ajoute que ce compte indique a la consistance des
(1) Registre capitulaire.
revenus de ladile frôrie, coijsislanl en une maison, vignes et cens ».
Au xvn^ siècle, les ressources de la Confrérie reçoivent un usage (jui défie toute critique : un dossier de pièces allant de IGGl à 1701 révèle qu'elles étaient exclusivement employées à Tentretien de la niche et de la chapelle.
c( [^'image de la Vierge est dans luie fenêtre proche la porte du Palais i\ exposent ces documents, (^ette situation est des plus incommodes : « à la moindre pluie tous les ornements de la Vierge se gâtent, et les confrères ne peuvent mettre aucun tableau ni chandelier », ni effectuer de réparations. Us demandent donc aux Trésoriers de France l'autorisation « de refaire la niche qui est dans l'épaisseur du mur de la cour du Palais, pour y placer avec plus de décence l'image de la Sainte Vierge ». A cet effet, ils « embelliront la' fenêtre d'une niche, conformément au dessin présent, de pierre de taille de Volvic, dont le plafond sera de la largeur d'un pied et les pilastres de même et de la longueur nécessaire, et dans le haut d'un pied et demy ». Le Bureau des Finances accueille favorablement la requête (29 août 1701).
Mais, en outre de la niche, la Confrérie avait fait construire « une chapelle au-dessus de la porte de la Bade pour y faire transférer l'image de la Vierge qui est dans une petite niche de la muraille de la basse-cour du Palais ». Le dossier qui nous révèle ce détail contient les requêtes des bailes: aux consuls (12 avril 1661); aux Trésoriers de France, avec permission conforme (18 mai 1661); à Monseigneur l'Evêque avec autorisation de celui-ci, du consentement du Chapitre de Saint-Amable, curé primitif de la ville (28 juillet 1661) : à Messieurs du Présidial, avec permission de M. Blich, lieutenant général (12 août 1661); et enfin, prière à Monseigneur de nommer un prêtre pour la bénédiction de la chapelle, et délégation à cet effet de M. Etienne Bochefort, chantre et chanoine de Saint- Amable (24 octobre 1662). Le mot « chapelle » est un peu
prétentieux : il s'agissait vraisemblablement d'une autre niche un peu plus spacieuse et confortable que celle du Palais. Le jour de la fête, on devait transférer la statue de sa niche du Palais dans celle de la porte de la Bade; mais cette statue devait séjourner habituellement dans la première niche, puisque l'autorisation de refaire cette niche du Palais est postérieure à la construction de la « cha-^ pelle » de la porte de la Bade. Aujourd'hui que les lieux sont transformés, il n'existe en tout cas qu'une seule niche : elle est adossée, en face de la grille du jardin du Palais, à la maison qui fait l'angle de la rue de l'Hôtel-de- Ville et du boulevard du Collège.
La Confrérie s'occupait aussi des réparations de la chapelle des Mareschaux, témoin a un prix-fait de menuiserie employée » dans cette chapelle, des 6 mai 1691 et 7 septembre 1692.
Les femmes des confrères de Notre-Dame des Farries avaient demandé l'érection d'une frérie en leur faveur, lors de la supplique adressée à l'Evêque pour la bénédiction de la niche de la Bade : Monseigneur, dans son ordonnance, ne fit point allusion à cette requête (21 octobre 1662).
Cette Confrérie de la Bade existe toujours à l'heure actuelle. Chaque année, le dimanche qui suit le 8 septembre, la Vierge est ornée de ses plu^ beaux atours et portée processionnellement par des « babies », vêtus du costume traditionnel, en l'église de Notre-Dame du Marthuret, nouvelle paroisse du faubourg de la Bade. Une messe solennelle, à laquelle assistent un grand nombre de gens du quartier, est célébrée dans cette église.
Il est bon de sauver de l'oubli les noms des confrères cités dans le traité de 1545. Nous les donnons avec plaisir :
Amable Rrun, dit Delagrange ; Gilbert Abut, Guillaume Aubignat, François Tailhardat, Girauld Bouchon, Etienne Paudot (?) , Georges Andrieu , Pierre Azan , Guillaume Mazuer, Amable Morand, Pierre Arnault, Amable Souvest, Mathieu Fatur (?), Clément Tyal, Jacques Lapechon, Jean
Bedat, François Bouchaixlon, Amable Oennolcnt, Antoine Gadou, Michel Vidal, Jean I^ayle, Amable Peyrard, Amable Degaidles, Etienne Baidy, François Chardonnet, Jean Sansonnet, Antoine Molard , Antoine LaH'ont, Clément Chrestien , Fiançois Bellon, Jean Prévost, dit Michellet ; Gilbert Grelot, Jacques Fraissonnet, Jean Demontculle, Pierre Gonde (?), Amable Forest, Louis Souchers, Amable Lapchon , Anne Cliartignoux, Jean Trenulhe, Amable Regnauld, Pieri'e Gharbonne, Gervais Macque (?), Antoine Goy, Pierre-Louis Gaity, Gilbert Sarron, Pierre Pundur, Jean Guy, Michel Thucul (?), Jean Lascontz, Amable Abut, laboureur; Pierre Ghavaroux, Mathieu Guymard.
Nous avons déjà raconté dans quelles conditions Tirnage de la Vierge de la porte de Layat prit possession de la « chapelle *, devant laquelle jadis la Confrérie du Saint-Sacrement faisait ses dévotions durant TOctave de la Fête-Dieu (1). La permission, sollicitée par les femmes pieuses qui désiraient fonder en Thonneur de cette Vierge la confrérie « de Notre-Dame des Neiges », leur fut accordée, le 24 octobre 1668, par TEvêque de Clermont '< à la charge d'orner l'autel d'un tableau représentant Notre-Dame des Neiges, d'être sous la direction du Chapitre et curé de la paroisse, de faire des statuts par lesquels les confrères et confréresses seront obligés de se confesser et de communier le jour de Notre- Dame des Neiges, de fréquenter les sacrements, et d'exercer les œuvres de miséricorde les uns envers les autres et envers le prochain ».
La célébration de la fête de la Confrérie fut définitivement fixée par le Chapitre de Saint-Amable, le 2 août de l'année suivante, au jour môme de Notre-Dame des Neiges, 5 aoiàt (2).
D'une note tirée du manuscrit des « offices à être acquîtes dans l'égiise de N.-D. du Marthuret », il résulte qu'aux
(1) Supra, p. o7.
(2) Registres capitulaires.
approches de 1789 la messe de la Confrérie ne se disait plus à Saint- Amable, mais bien au Marthuret, à l'autel du Rosaire. La niche de Notre-Dame des Neiges dépend, du reste, aujourd'hui, de la paroisse du Marthuret: elle est encastrée dans une maison formant un recoin au bas de la rue de l'Horloge et au-dessus de la rampe de Layat.
La porte de Mozat était, elle aussi, gardée par une Vierge honorée par une Confrérie spéciale. Cette Confrérie célébrait sa fête, comme celle de la Bade, le 8 septembre : elle était donc, à son tour, dédiée à la Nativité de Marie. Nous voyons, le 6 septembre 1626, les marguilliers permetti^e à ses bailes de sonner la grosse cloche au salut, et se contenter d'un droit de vingt sols « à cause de leur pauvreté ». Mais la pénurie de fonds n'excluait pas l'ardeur ni le zèle chez les confrères : quatre Confréries célébraient leur fête le jour de la Nativité de Notre-Dame, et s'il en faut croire les marguilliers de Saint-Amable, cette coïncidence n'allait pas sans créer des désordres et des batailles jusque dans l'église (1). On se rappelle, d'autre part, le procès de préséance intenté à la Confrérie de la porte de Mozat par celle de Notre-Dame des Farries (2).
Malgré sa pauvreté, notre Confrérie possédait cependant quelques ressources fixes, ainsi qu'en témoigne la quittance suivante : « J'ai reçeu de M. Borne, chantre et chanoine de Nostre-Dame du Marturet, la somme de trois livres dix sols qu'il doit de rente à la Confrérie de Nostre-Dame de la porte de Mozac, dont quitte, comme aussi des années pn'îcédentes qu'il a payé, ce qui a esté escrit dans le registre des Confréries. Fait le 17 septembre 1746. En foy de quoy ay signé en qualité de premier baisle et prieur de lad. Confrérie. (Signé) Colon. » (3).
(1) Infra, ch. ix.
(2) Supra, p. 174.
(3) Nous devons cette pièce et une similaire de 1741 à l'obligeance de M. Ludovic Vernv.
La sUiluu do la Viergo est placée dans l'un des piliers de rancienne })orie de la ville, celui de gauche en allant au boulevard ; elle fait face à la lue. A l'autre pilier, du côte droit, est [)endue une petite cloche, avec cette inscription : cr I^es belles et bellesses de la frairie de la Nativité de Notre- Dame de Septembre de la porte de Moza ont fait faire la prezante, 163G d. Cette cloche sert encore de nos jours à convier les geriS du quartier aux réjouissances par lesquelles on continue à célébrer la Nativité.
La a Poterne » avait également sa Vierge. La niche est actuellement à l'angle de la rue Sirmond et du boulevard. La statue [)orle le nom de Noire-Dame de Délivrance. La coutume existe toujours de faire briiler un cierge devant elle et durant la nuit pour obtenir la guérison d'une personne dangereusement malade.
Une inscription gravée dans la pierre se remarque audessus de la niche. Mais elle est noyée dans le mortier ; nous n'avons pu la déchiffrer. On y lit cependant la date de 1780 ou 178G qui paraît avoir été ajoutée après coup.
La Gonfi'éi'ie de la Poterne avait fondé, en janvier 1600, une vicairie à Saint-Amable pour assurer l'office de sa fête (1), qui se célèbre le dimanche après l'Assomption. Gilbert Bertrand, prêtre habitué, et Jean Marchadier étaient à cette époque bailes de l'association.
Non loin de la Madone de la Poterne, et au-dessus de la porte d'une des maisons de la rue des Tanneries, à la hauteur environ du premier étage, on remarque un petit socle, style Renaissance, sur lequel est installée une Vierge (en pierre de Volvic, croyons-nous), qui doit être du xvji^ siècle. Cette statue a-t-elle été placée à cet endroit à une époque récente? Y existait-elle avant la Pxévolution? était-elle l'objet d'un culte spécial ? Nous n'avons pu le savoir.
(1) Registres capitulaires de Saint-Amable.
La cinquième statue de la Vierge qui veille sur les abords de Riom n'est pas située comme les autres à Tentrée d'un faubourg ou au-dessus d'une porte de la cité, mais bien dans l'intérieur même du faubourg de Clermont. C'est une Mater Dolorosa. Elle a été placée-^ évidemment à cet endroit pour rappeler soit l'existence de Notre-Dame de Pitié de l'Hôpital dont nous parlons plus loin, soit celle de l'ancienne chapelle de la Recluse, oi^i était établie une Confrérie en l'honneur de Notre-Dame du Bon- Secours.
Cette dernière Confrérie était composée de femmes. Ses bailesses de l'année 1625, « Marie Blanc, consorte à Quintien Martin, conseiller du Roy et contrôleur de ses domaines d'Auvergne et Carladès ; Claude Délavai, veuve de Gilbert Cartaud, marchand; Gilberte Jurie, femme de Jacques Chaumard, marchand ; Catherine Blanc, femme de Jean Chaduc, secrétaire de la Chambre de Messieurs du Présidial p, fondent, le 10 septembre de cette année, divers offices « en la chapelle de la Recluse, hors de la porte de l'hôpital », savoir: vêpres la veille du dimanche après la Visitation; le lendemain dimanche, procession et grand'messe, et le soir vêpres, le tout en chœur et musique; et le surlendemain lundi, une messe de morts à haute voix. La Marguillerie avait reçu d'elles de ce chef 120 livres et payait 5 livres pour l'acquit de ces cérémonies.
Les bailesses se croyaient sans doute quittes de tous autres droits ; car, le 3 septembre 1656, elles font sonner les cloches sans la permission des marguilliers et sans payer la redevance : aussitôt les administrateurs de l'église les envoient a prier de payer ce qu'on a accoutumé, ou qu'on les fera assigner ». Cette mercuriale ne réprime pas leurs entreprises. En 1664, elles ne craignent pas « de mettre un tableau dans leur chapelle et d'abattre les niches » : les marguilliers leur défendent de rien faire sans leur permission, et « ils rejettent leur tableau, parce qu'il causait une difformité ï>.
Une vicairie avait été « fondée par Guillaume Martin en
réglise de Notre-Dame du Bon-Secours ou Recluse ou Ermitage ». Le départ des Religieux de Saint-François de Paule l'ayant laissée vacante, les consuls présentent Annet Berard pour en remplii' les fonctions (1).
La fête de la Confrérie est celle de Notre-Dame des Sept- DouleiH's de septembre.
Ces cinq statues sont toujours en honneur : aux jours des grandes processions, ou lors de leurs fêtes particulières, les châssis vitrés qui ferment leurs niches s'ouvrent, les Madones sont revêtues de brillants atours, les « chapelles » parées de somptueux ornements. Les habitants des divers faubourgs célèbrent même, par des réjouissances publiques, guirlandes, musiques, illuminations, et parfois feux d'artifice, la fête de leurs Vierges respectives : vivants souvenirs des antiques traditions des ancêtres !
L'église de Saint-Amable était le siège direct d'autres Confréries de la Vierge.
Par ordre d'ancienneté, il faut d'abord parler de la Confrérie de la Chandelle a qui se fest chescun an en la ville de Riom a lonneur de Notre-Dame de Marsat ».
Nous avons, dans notre monographie de la Procession de Saint-Amable fies Porte-Châsse, la Roue de Fleurs) (2), relaté les indications que l'histoire a recueillies sur l'usage pratiqué, dès une époque très lointaine, par la ville de Riom d'ofl'rir annuellement vingt-deux livres de cire en forme de roue à la Vierge du sanctuaire de Marsat. Nous n'avons donc pas à y revenir. Qu'il nous suffise de noter ici qu'une association s'était fondée pour assurer l'observation de cette pieuse et touchante coutume. Cette Confrérie était en pleine prospérité dès le début du xni^ siècle: le traité du 16 mars 1391 (3) que nous avons publié mentionne un grand nombre
(1) Archives de Riom, GG. 118. (1574-1643).
(2) Paris, Lethielleux, 1900.
(3) Ibid., p. 82 et suiv.
de titres, datés de 1245 à 1293, qui témoignent de sa vitalité à cette époque. En 1391 se recrutait-elle plus difficilement? ou la part officielle prise par la paroisse de Saint-Amable au port de la cire à Marsat et la place d'honneur faite à la roue à la procession de la fête du Patron de Riom conduisirentelles à penser que cette Confrérie faisait double emploi avec celle qui s'était instituée en l'honneur de Saint-Amable, et que les deux associations se nuisaient réciproquement? Nous ne saurions préciser. Mais, à cette époque, la Confrérie de la Chandelle fusionne avec celle de Saint-Amable, et ses membres cèdent aux bailes de cette dernière tous leurs titres, papiers, terriers et rentes, à la charge de « fere randre et pourter chescun an dans la ville de Marsat, le dimanche auprès la feste de saint Amable, une roda ou chandelle de cire bonne et convenable », et de leur restituer, « au cas que adviendra que lesdittes confrayries se sépareront », leurs titres et biens, « ensemble la moitié de touz les cens et rantes que lesdites Confrairies auront acquis durant ladite communauté d.
Les revenus de la Confrérie de la Chandelle étaient alors au total de « quinze setiers emine deux coupes et quart de coupe froment et quarta musclancha et quatre solz, et de... » Ses membres se nommaient : Pierre Vessch, prêtre, Jean Besso, Pierre Pariet, bailes, Jacquemet Ongre, Etienne Piocgier, clerc, Tenailh et Durand Jamar.
Plus abondants sont les documents sur la Confrérie des marchands riomois, placée sous la protection de Notre- Dame des Miracles. Sa fête se célébrait le dernier jour de mai. Cette Confrérie était ancienne, car nous la voyons, le 30 juin 1601, en procès avec la Marguillerie de Saint- Amable, qui la fait, ce joui^-là , condamner à lui payer 3 livres pour le droit de sonnerie. Quarante ans plus tard (2 juin 1641), ses bailes, Jean Lamadon et Jacques Fressanges, assistés de Claude Arvier, de Gilbert Rochefort et de Jean Guimoneau, versent 240 livres à la Marguillerie
pour fondei' diverses cérémonies : la veille de la fêle après vêpres, chant par MM. du Chapitre, assistés de musiciens et de choristes, de l'hymne de Notre-Dame, au-devant de Tautel, le. Chapitre ayant la commodité de le donner en musique ou en plain-chant à son gré ; le jour de la fête, procession par la ville, grand'messe à diacre et sous-diacre, et le soir, à sept heures et demie, salut avec musique, orgue, chapes et grosse cloche ; le lendemain, grand'messe de morts avec diacre et sous-diacre.
Celte Confrérie acquiert de l'importance dans la paroisse : un marchand ne faisait-il pas toujours partie de la Marguillerie? Alors que, pour réprimer les abus nés des excessives sonneries pratiquées par les fréries, les marguilliers décident que celles-ci ne pourront plus sonner les cloches ou ne le feront que moyennant un droit élevé, il est dorénavant spécifié dans les délibérations qu'il y aura exception pour la frérie de Notre-Dame des Miracles, et même qu'il ne lui sera pris aucun droit (1). En reconnaissance, les marchands s'intéressent à la décoration de l'église. Le 22 avril 1714, ils demandent, de concert avec certains ecclésiastiques, la permission « d'abattre l'arcade de pierre de taille qui est audessus de l'autel de Notre-Dame des Miracles, et de transférer cet autel au milieu de la place qui se trouve au-dessous du grand vitraux ou œil-de-bœuf, et de poser dans le fond un retable de menuiserie ». Les marguilliers s'enipressent d'y consentir. De même, « en mars 1774, nous raconte le bourgeois Messeix, Messieurs les marchands firent dorer le labernacle de leur chapelle, avec les pots à fleurs et les fleurs de lys qui sont en haut de l'autel. En mars, avril et mai 1775, continue-t-il, ils firent dorer les moulures du boisement du fond de l'autel et firent décrasser le tableau représentant la Sène par le sieur Belon, peintre. M. de La Geneste fit poser la balustrade en fer en décembre 1780 » (2).
(1) Délibérations des 22 juillet 1657, 9 mars 1663.
(2) L'Auvergne historique, Riom, Jouvet, 1905, p. 192.
A leur tour, les tisserands honoraient la Sainte Vierge sous le vocable de « Noire-Dame de la Conception ». Le 3 février 1561, ses bailes, de convention avec le Chapitre de Saint-Amable, fondent une grand'messe de Requiem à diacre et sous-diacre avec un Libéra, absoute et oraison pour les morts, le jour de leur fête; et constituent à cet effet une rente de trois quartes froment en directe assise sur des prés à la Montadrot et à la Croix de Davayat. Du 2 février 1642, nouvelle fondation, moyennant 150 livres de capital, d'un salut en musique, avec chapes et orgues, le jour de la fête de la Conception, 8 décembre ; grosse cloche à midi, la veille ; la lumière pour le salut est fournie par le prieur et les bailes de la frérie ; Thonoraire du Chapitre est de 5 livres. Du 3 septembre 1673, troisième fondation, moyennant 45 livres, pour sonner les deux grosses cloches, la veille de la fête, à midi seulement : on ne sonnera « que la deuxième grosse à midi, et les deux secondes après midi ». Les noms qui figurent dans les deux dernières fondations sont les suivants : Amable Laumosne, prieur; Amable et autre Amable Reymond, Michel Barrier, bailes; François Pageix, Jean Chafrey, Jean Gaume, Guillaume Dury, George Roy, Benoît Marcheix, François Chabry, Bénigne Begon, François Begon (1642). — Amable Laumosne, prieur; Michel Desnier, Martin Achard, bailes ; Michel Marcheix, Michel Moranges, Gervais Terrade, Pierre Héraud, Claude Paradis (1673).
Le registre capitulaire de Saint-Amable de Tannée 1586 parle d'un procès entre le Chapitre et la Confrérie.
Une autre C^onfrérie de la Conception existait en l'église du Marthuret, à l'autel de sainte Marguerite. Le Saint- Sacrement était exposé le jour de la fête avec le même cérémonial qu'au 15 août. Une procession avait lieu après compiles et était suivie de la bénédiction. La Confrérie payait 6 livres au Chapitre (1). Ce devait être une pure association de piété.
(1) Etat des revenus du Chapitre de Notre-Dame du Marthuret.
La fête de la Présentation de la Vierge (21 novembre) était célébrée par une frérie de femmes. Le 6 septembre 1625, les marguilliers permettent « aux filles et bailesses de Notre- Dame de la Présentation de faire sonner la grosse cloche pour le salut après vêpres moyennant 30 sols >y. Même autorisation le 23 juin 1636. Cette Confrérie avait un autel contre le dernier pilier de l'église, du côté de l'autel de paroisse.
Enfin, d'après le registre de la Marguillerie, au jour de VAssomption il y avait dans l'église de Saint-Amable trois fréries, « une de paysans, l'autre de femmes, et la troisième de filles ».
L'église des Cordeliers était à son tour le siège d'une Confrérie de l'Assomption, qui ne manquait pas d'une certaine originalité. Elle se composait, en effet, des jeunes filles de la ville qui étaient peu soucieuses de rester abritées sous la coiffe de sainte Catherine. C'est du moins ce que semble avancer le bon Père Jacques Fodéré : « Les seigneurs de l'illustre famille de Blot, raconte-t-il, firent faire une chapelle, laquelle ils voulurent être sacrée sous le nom de Nostre-Dame de Pitié, comme on y voit encore les armes de leur maison, taillées en pierre. En ceste chapelle, les jeunes filles de la ville ont dressé une Confrairie dévotement entretenue, la feste principale de laquelle est le jour de l'Assomption de la Sainte Vierge, et en laquelle chapelle les jeunes filles à marier font dire une messe tous les samedis de l'année y. (Ij.
Mais il est temps d'arriver aux Confréries érigées en l'honneur de la Vierge dans l'église riomoise qui lui est spécialement dédiée sous le nom de « Notre-Dame du Mar-
(l) Narration historique et topographique des couverts de VOrdre S, François et monastères Saincte Claire (« Mémoires de l'Académie de Clermont-Ferrand », 1859, 2^ semestre, p. 392).
Ihuret J), et qui possède, avec la Vierge noire de ce nom, cet admirable joyau ciselé, « la Vierge à l'oiseau ».
La chapelle du Marthui^et, desservie par un Chapitre, suppléait jadis à Tinsuffisance de Téglise paroissiale de Saint-Amable qui, malgré ses vastes proportions, ne pouvait contenir, aux jours des grandes fêtes religieuses, la masse des « communiants » et autres fidèles, habitants de la ville de Riom. Le Chapitre du Marlhuret avait habilement profité de cette circonstance pour donner de Timportance à son sanctuaire et tenter de s'ériger, sinon en paroisse, du moins en rival de la métropole du lieu. De nombreux offices y étaient célébrés chaque jour, à la gi'ande satisfaction des Riomois. Rien de surprenant que des Confréries y aient, dès Tahord, été instituées, et que ces Confréries se soient surtout placées sous la protection de la Sainte Vierge: c'était un moyen facile pour le Chapitre du Marthuret de s'assurer une clientèle fixe et d'attirer des libéralités à son église. Il n'avait, en outre, rien à redouter sur ce terrain de la part de son voisin de Saint-Amable, car il était tout naturel que des associations en l'honneur de la Vierge fleurissent dans un temple qui lui était consacré.
La plus importante de ces Confréries portait le nom de « la Naiimlé de Notre-Dame j>. Son érection remonte à un acre lointain. Dans « un avertissement » concernant cette Confrérie, daté du 31 mai 1705 (1), Messieurs « Georges Courtin, greffier en chef du Bureau des Finances, Louis Dubois de la Pause, avocat, François Seivolle, procureur, et Jacques Mallet, tanneur >;, ses bailes, affirment qu'(( elle est si ancienne qu'on n'en trouve point l'origine ». On la voit mentionnée dans des titres du 7 novembre 1465 (reconnaissance de cens) et du « pénultième may 1505 ». Elle était jadis très prospère : en 1629 elle comprenait de 300 à 400 confrères. Son importance élait telle qu'elle n'avait pas tardé, — comme naguère avait fait la Confrérie antique du
(1) Archives de la Préfecture^ Fonds du Marthuret, liasse 2, b, c. 18.
Saint-SacremenL pour réi^lise de Sainl-Aïuable, — à prendre à sa charge une grande partie des dépenses du culte dans le sanctuaire du Mailhuret. Ses bailes s'intitulaient même « les marguilliers d de cette église. Toutefois, d'après les listes des noms des confrères, elle semble n'avoir été, au début, composée que de marchands et d'artisans. Elle comprenait alors des « compagnons d, qui avaient leurs bailes propres. Mais, dans la suite, elle engloba des fidèles de toutes les conditions sociales, car elle était finalement administrée, à l'exemple de la Marguillerie de Saint-Amable, par un magistrat, un avocat, un procureur et un marchand.
Un acte reçu Valeix, notaire à Riom, le 9 septembre 1576, contient les statuts de l'association. Les nouveaux confrères devaient payer 16 sols à leur entrée, et tous les membres assister aux offices : la veille de la fête aux vêpres, le jour à toutes les cérémonies, et le lendemain à la messe des trépassés, le tout à peine d'une livre de cire d'amende. Aux obsèques d'un confrère, tous devaient être présents, ou se faire représenter, chacun avec une «torche», si le défunt était un homme. Pour l'enterrement d'une femme, membre de la frérie, les bailes ne faisaient accompagner le corps que de « la moitié des torches » ; pour un enfant, « d'une douzaine seulement ». Les confrères devaient escorter « le roy allant et revenant au service ». L'association était originairement administrée par un « prieur » et par quatre bailes. Le prieur semble avoir disparu dans les derniers temps.
Comme l'indique le titre même de la Confrérie, la fête patronale avait lieu le 8 septembre. Le 15 août était célébré solennellement à l'église paroissiale de Saint-Amable : il ne pouvait donc être, comme aujourd'hui, le jour de la fête patronale de l'église du JVIarthuret. Mais, le jour de la Nativité, dit un vieux manuscrit (1), on portait « avec pompe et
(1) Mss. cité dans le Calendrier paroissial de N.-D. du Marthuret, année 1902, p. 23 (Riom, Jouvet).
magnificence en procession par la ville la sainte Image (de la Vierge) précédée de MM. du Chapitre et autres ecclésiastiques, suivie de MM. du Présidial, de M. le Maire de la ville, de MM. les consuls, du procureur du Roy de ville et secrétaire, et de MM. les juges de la juridiction consulaire, comme aussi de toute la foule du peuple (1). Et le jour avant, qui est la veille de la Nativité, on fait aussi une procession par la ville en perpétuelle mémoire de ce que autrefois on alloit quérir processionnellement une roue de cire que les habitants avaient offerte et dédiée pour cette église. »
Le clergé n'allait à la procession du 7 qu'en surplis ; à celle du 8, il sortait en chapes. Au retour de cette dernière procession, on remettait l'image de la Sainte Vierge « à sa place, au grand autel ».
Le jour de l'Octave, avaient lieu de nouvelles cérémonies, et en particulier, le soir après compiles, une procession solennelle, a où l'on portait la petite image de la Vierge ».
Cette fête du 8 septembre est, on le voit, une date mémomorable pour l'église du Marthuret, et cette circonstance explique pourquoi le culte de Notre-Dame des Farries, ou de la porte de la Bade, s'est si facilement implanté en ce sanctuaire et s'y est toujours conservé avec honneur: c'était le mode le plus sûr et le plus simple de continuer à solenniser avec pompe la fête de la Nativité de Notre-Dame.
Le reinage de la frérie rapportait 30 livres annuellement vers 1705 : c'est dire le prix qu'on attachait encore à cet honneur au xvni^ siècle.
La Confrérie avait fondé successivement de nombreux offices.
Une première transaction du 8 septembre 1543, passée entre ses membres et « Amable de Rellier, bachelier en droit canon, prévôt, Guillaume Maréchal, chantre, Pierre Duclaux,
(i) « Le 8 septembre 1767, jour de la Nativité de la Vierge et la fête du Marthuret, son image fut portée à la procession sous un riche dais dont M. Davaux, président, avait fait présent. » {Journal d'Antoine Messeix, p. 170, Riom, Jouvet, 1905).
Jean Pissavin, maître es arls, Durand Gliabanne, Hugues Bleic, baile boursier, Nicolas de Bonnefond el Amable Verdier, tous prêtres et chanoines de Notre-Dame du Marthuret, » avait réglementé certaines de ces cérémonies :
Moyennant une rente de 7 livres tournois, plus 5 sols pour le sacristain, le Chapitre s'engageait à dire, aux fêtes de la Conception, de la Purification, de TAnnonciation, de TAssomption et de la Nativité de Notre-Dame, et au grand autel, « une messe haute de Notre-Dame à diacre, sousdiacre et deux chappiers, à laquelle la frérie fournira quatre cierges et douze torches, qu'elle pourra retirer ». A la grand'messe de la Nativité, le roi offrait une torche d'une livre ou « autre qualité à sa dévotion ». Le même jour, après vêpres, « le reaume (reinage) crié », le Chapitre faisait <? faire le carillon et recevoir le serment d'iceluy roi et bailes. Le jour qu'ils mettront la bannière, sonneront aussi le carillon, et après la réception du roi, sonneront toutes les cloches ». Le lendemain de l'Octave de cette fête, le Chapitre disait au grand autel une messe de morts à diacre et sous-diacre, et le Libéra me.
Après matines, chaque dimanche, il devait encore dire une messe basse à l'autel de Notre-Dame de Consolation, audevant du chœur de l'église. Cette messe était annoncée par cinq coups de cloche, « à la façon de la messe première », et les bailes fournissaient pour sa célébration deux cierges et deux torches « qu'ils pouvoient retirer ».
Aux cinq fêtes susdites de Notre-Dame et autres fêtes annuelles et solennelles, les bailes recevaient du Chapitre la permission de « faire quêter et amasser à l'entrée de l'église, excepté à Pâques ». Par compensation, ces jours-là, ils fournissaient « la chandelle à la lampe, ebdomadier, chapier et pupitre, et tous les samedis, à compiles, un pied de chandelle de la roue à la lampe ».
Les bailes et le Chapitre devaient ensemble aller « quérir la roue et lumière de la frérie en procession, et faire la bénédiction de ladite luminaire la veille après compiles, et celle
du pain. Les bailes fourniront un pain pour la bénédiction, et donneront au prévôt deux morceaux et à chaque chanoine et serviteur, et à Messire Pierre Reic, tant qu'il vivra, à chacun un sagina pour livrer à la frérie un plat de potage, sive chaut-manger ; leur donneront le lendemain à dîner, d
Un second traité, du 2 juin 1557, avait chargé le Chapitre de dire une grand'messe pour la frérie a chaque dernier jour de mai p.
Un nouveau contrat, du 19 septembre 1591, reçu Grouelle, notaire, « entre les prévôt et chanoines du Marthuret et les premiers bailes et confrères de la frérie )>, avait assuré le service des messes de morts. Le lendemain du décès d'un confrère, homme ou femme, le Chapitre célébrait au grand autel une messe de Requiem à haute voix, avec diacre et sous-diacre vêtus de tuniques et ornements de morts. 11 faisait sonner les cloches le soir du décès, et le lendemain avant le service, afin que les confrères pussent y assister, si bon leur semblait. Les bailes, à cet effet, payaient au Chapitre une rente d'un écu sol, et cinq sols au prêtre qui disait la messe ; ils fournissaient la lumière tant autour de l'autel que de la bière, avec faculté de la retirer après le service. Le prévôt et les chanoines devaient assister aux obsèques du confrère, si les bailes les en requéraient, moyennant un droit de 30 sols, plus un sol au sacristain « pour sonner les cloches aux mêmes heures que feroit l'église dans laquelle le défunt seroit enterré » : ces dernières sommes étaient à la charge, non de la frérie, mais des héritiers du défunt. L'assistance à l'enterrement était obligatoire pour le Chapitre, que l'inhumation eût lieu, ou non, dans l'église de Saint-Amable ou dans celle des Cordeliers. Enfin, le Chapitre devait, à la messe de morts qu'il célébrait, « chanter les Exavdi accoutumés aux enterrements des défunts». Le traité mettait, en outre, à la charge du Chapitre l'obligation de célébrer chaque dimanche une grand'messe à haute voix, à diacre et sous-diacre, avec les ornements et chapes de la frérie, immédiatement après matines, et d'annoncer cet office au son de
la grande cloche. Après cette messe, il devait chanter un Inviolata avec l'oraison propre. Le tout, moyennant une nouvelle rente de 8 écus sol, et 20 sols au sacristain.
Par autre acte du 6 mars 1607, le Chapitre promet de célébrer, à rissue de vêpres, une procession dans l'église, avec diacre et sous-diacre, les jours de la Nativité, de la Présentation, de la Conception, de l'Annonciation, de la Purification, de la Visitation, de l'Assomption, de la Nativité de Notre-Seigneur, de la Circoncision, des Rois, des Piameaux, de Pâques, de Quasimodo, de l'Ascension, de la Pentecôte, de la Trinité, de la Fête-Dieu et de la Toussaint. Il y chantera l'antiphone ou répons Homo quidam fecit cœnam magnam, les hymnes du Saint-Sacrement à la bénédiction, et un De profundis. Chaque chanoine présent à ces cérémonies recevra dix sols. La grande cloche sera sonnée pendant compiles, et le carillon depuis le commencement de la procession jusqu'à la fin, moyennant 18 sols par an au sacristain. Ces processions « autour et au-dedans de l'église » avaient été ensuite étendues à tous les dimanches de l'année : elles se faisaient <r après vêpres, et ensuite la bénédiction du Saint- Sacrement avec un De profundis et des prières pour les trépassés ».
En vertu de fondations ultérieures, une messe de morts était dite, à l'intention des confrères, à haute voix, avec diacre et sous-diacre, le 16 septembre de chaque année ; et une grand'messe du Saint-Sacrement tous les seconds jeudis du mois, avec hymne du Saint-Sacrement et De profundis.
Enfin, notons une fondation dite « du service de l'Octave du Saint-Sacrement d.
En somme, en 1757, par suite de toutes ces fondations cumulées, la Confrérie fournissait la cire nécessaire à l'usage du grand autel pour toutes les fêtes solennelles de l'année, et l'encens pour les mêmes fêtes et tous les dimanches au soir, à la bénédiction ; elle blanchissait les nappes du grand autel, réparait les ornements, payait les gages du bedeau et du sonneur pour Tiiorloge.
Les « libéralités d n'avaient pas tardé à arriver à la Confrérie. D'après le témoignage des bailes de 170S, elles commencèrent en 1622 pour s'arrêter à 1689. Il est vrai qu'elles étaient faites « pour des fondations la plupart onéreuses, et assignées sur de méchants fonds ». Elles n'enrichirent donc pas beaucoup l'Association. En voici le tableau, daté du 18 février 1672 et complété par les énonciations d'un contrat du 16 avril 1757 :
Guillaume Montanier, 22 juin 1622, 20 sols, à la charge de l'inscrire tous les ans dans le livre des confrères ;
Claude de Girard, 7 septembre 1634, 12 livres, à la charge de deux messes annuelles ;
Claude Chaduc, veuve Espinat, 60 livres, à la charge d'une messe de mort à haute voix avec Salve Regina ;
Antoinette Chassaing, 40 livres, sous la même charge (25 sols au Chapitre) ;
François Tixier, procureur, 42 sols, sous les mêmes conditions, et en outre avec un De profundis et la sonnerie de la cloche (30 sols au Chapitre) ;
Amable Brun, greffier, 120 livres, pour la messe du Saint-Sacrement du second jeudi du mois ;
Marie Vernaison, rente de 5 livres 11 sols pour deux messes à haute voix, le jour de la Visitation, avec Ave maris Stella, De profundis, Libéra, et sonnerie de la grande cloche (3 livres 10 sols pour le Chapitre) ;
Marie Escot, veuve Géraud de Brion, 9 journaux de terre à Ménétrol pour une grand'messe et deux vêpres avec Ave maris Stella (16 livres pour le Chapitre) ;
Jacqueline Valette, fondation occasionnant un honoraire de 11 livres 10 sols pour le Chapitre ;
Jean de Regin, seigneur de Paterne, honoraire de 10 livres;
Bonnette Vassier, honoraire de 3 livres ;
Antoinette Chaduc, honoraire de 40 sols ;
Marie Rigaud, honoraire de 3 livres ;
Antoine Danguy, honoraire de 3 livres ;
Veuve Mis^nard, honoraire de 7 livres 10 sols.
Les ressources de la Confrëiie, à Torigine, durent êlre prospères. Ses charges étaient lourdes : elle n'eût pu les assumer si elle n'eût été certaine, dans le principe, d'y faire face. En 1462 elle n'avait (jue des cens en diiecte ; mais plus tard, elle posséda d'autres rentes, comme on vient de s'en convaincre. En 1543 sa caisse était florissante : la transaction du 8 septembre de cette année que nous avons analysée le prouve surabondamment. Les dépenses dont elle se greva par ce contiat étaient même si considérables, que le Chapitre n'hésita pas à le reconnaître et lui abandonna une maison en échange. « En contemplation de ladite frérie, dit le document, pour autant que les roi, bailes, confrères et compagnons d'icelle confrérie sont increpris et agrégés à ladite église, et à condition qu'icelle frérie sera à perpétuel par eux entretenue, le Chapitre baille à la frérie à perpétuel une maison à lui appartenant avec un jardin attouchant, située dans le prubard (1) de l'église, moyennant une rente d'une émine froment ; » et il est stipulé que cette maison sera inaliénable.
La Confrérie avait trop présumé de ses forces en acceptant
(1) Ce mot prubard a été mal orthographié par le copiste. Le véritable terme est « probas » (acte reçu Philibert Rollet, notaire, le 20 février 1633, qui analyse un contrat du 19 septembre 1591), ou mieux « proubas ». La racine celtique prou, pour, pur, por, pul, poul, signifie endroit humi<:le, marécageux. Le mot bas, qui est aussi d'origine celtique, a le sens de cuvette, concavité, couloir, canal ; le mot bassin vient de là ; de même, le mot pas, « le Pas de Calais », par suite de la substitution de la labiale p h la labiale b. Proubas veut donc dire passage de l'eau. Vers le Marthuret, en effet, se trouve un bras de l'Embène utilisé soit pour les tanneries, soit pour les moulins, soit pour le remplissage des fossés à l'époque de l'enceinte fortifiée. Ce n'est que par corruption et mésintelligence de la signification du terme, que le mot est devenu dans la suite « Pré bas », sous lequel on désigne actuellement cette dépendance de l'église, et il est inutile de faire remarquer qu'il n'a jamais pu exister de pré dans cette petite aisance de l'édifice. — Quant au mot Marthuret, qui sert de désignation à une foule de terroirs, on sait qu'il vient également du celtique : mar, eau, et tur, tor, élévation ; déclivité qui incline vers l'eau : tel est, en effet, l'aspect que présente le quartier du Marthuret, à partir des Taules jusqu'au bras de l'Embène dont nous venons de parler. (Renseignements dus à l'érudition et à Tamitié inépuisables de M: l'abbé Crégut).
la charge d'assurer pour une grosse part l'exercice du culte dans l'église du Marthuret. Tant que la piété fut vive et les offrandes abondantes, elle put remplir sa mission et s'intéresser efficacement à l'embellissement du sanctuaire, comme, par exemple, « à l'achat 'et rétablissement des orgues » en 1686 (1). Mai^, dès la fin du xvn® siècle, ses ressources diminuèrent et sa situation financière devint critique. Déjà, en 1672, elle avait transigé avec le Chapitre pour le paiement des charges des legs qui lui avaient été faits. Le 25 février 1697, elle ne peut payer ce qu'elle doit au Trésor. Le sieur Peyrin, commis préposé au recouvrement des droits d'amortissement, saisit-arrète « les biens et revenus de la Confrérie, dont il poursuit le délaissement en ses mains devant M. l'Intendant de la province, faute de paiement des droits d'amortissement ». Or, à ce moment-là mênae, la Confrérie doit au Chapitre du Marthuret des arrérages de fondations. M. Servoles, baile du Chapitre, remontre à ses confrères « que le Chapitre a préférence sur les choses saisies pour le paiement des fondations », et reçoit l'autorisation de se pourvoir devant l'Intendant pour sauvegarder ce droit de préférence. Aussi, en 170o, les bailes peuvent-ils exposer en toute vérité que les recettes totales ne sont que de 298 livres 13 sols, les libéralités des fréries et des troncs étant descendues à 65 livres. Par contre, les dépenses sont de 321 livres 19 sols. Il manque donc 23 livres 6 sols, et encore, remarquent-ils tristement, « il y a des recettes difficiles à faire ».
Cette détresse détermine les bailes de 1757 à implorer la bienveillance du Chapitre, qui était son principal créancier à raison de l'acquit des honoraires de tous les offices et cérémonies fondés en l'église. Le paiement de ce qui lui est dû, disent-ils dans une transaction du 19 avril 1757 (Domas et
(1) Par un traité du dernier octobre 1686, il fut convenu entre la Confrérie et le Chapitre que celle-là se retiendrait chaque année la somme de dix livres pour la contribution qui était due .par le Chapitre à raison de Tachât des orgues.
Teilhot, notaires), a est souvent relar'dé, soit par la difficulté de percevoir à tems les revenus de la Confrérie, soit par la modicité de ces naèmes revenus à peine suffisans pour acquitter lesdites fondations et remplir les autres charges de la Confrérie, ce qui auroit déterminé les bailes à se pourvoir pour parvenir à faire réduire lesdites fondations à proportion des revenus et des autres charges de ladite Confi'érie, et auroit préjudicié tant à l'intérêt du Chapitre qu'à l'intention du fondateur qui n'auroit pas été entièrement exécutée ».
« Messires François Soulier, prêtre, chantre et chanoine du Chapitre, Jacques Redond, aussi prêtre et chanoine dudit Chapitre, et Prix Bonnefond, aussi prêtre, chanoine et baile dudit Chapitre, faisant et stipulant pour Messieurs du Chapitre du Marthuret, et comme ayant d'eux pouvoir en vertu de l'acte capitulaire du 24 janvier dernier », se rendent à ces raisons. Toutes « les parties, ayant le même zèle pour le bien de la Confrérie, ont voulu d'un commun accord obvier (à cette situation), en prenant entre elles des arrangements qui puissent maintenir l'exécution des fondations, et en même temps libérer les bailes de l'acquittement d'icelles à perpétuité, de manière qu'il puisse encore leur rester assez de revenus, soit fixes ou casuels, pour satisfaire aux autres charges dont ils sont tenus... En conséquence, lesdites parties, pour éviter entre elles toutes sortes de dissensions, auxquelles auroient pu donner lieu Tacquittement desdites fondations et le projet de les faire réduire, ont transigé entre elles et sont convenues de ce qui suit, savoir: que les bailes, pour se libérer à l'avenir de la somme de 152 livres 15 sols qui est due annuellement au Chapitre pour lesdites fondations, ont délaissé et délaissent au Chapitre du Marthuret, à titre de propriété et jouissance à commencer de ce jour : 1° la maison de ladite Confrérie, située dans le Pré-Bas de l'église du Marthuret, estimée amiablement mille livres, ladite maison reconnue par les bailes être en mauvais état et susceptible de beaucoup de réparations ; laquelle maison
«st actuellement occupée par les nommés Dubois et Mallet, et est confinée de jour et nuit par les maison et jardin du Chapitre, la cour du Pré-l^as de bise, et les bâtiments de THôtel-Dieu de midy ; 2° les bai les ont délaissé, cédé et transporté au Chapitre, au 'même titre de propriété et jouissance, divers contrats de rente faisant un total annuel de 152 livres 15 sols, que les bailes sont tenus de payer au Chapitre pour l'acquit des fondations ci-dessus expliquées. »
Ainsi était complète la décadence de la Confrérie, obligée d'abandonner sa maison et ses rentes pour subvenir à ses dettes ! . . . Pour avoir voulu être trop ambitieuse, elle s'était vue contrainte de remettre au Chapitre une partie de la puissance temporelle qu'elle lui avait jadis empruntée î
Le sacrifice dut lui être cruel. Car, aux temps de sa splendeur, elle avait traité de haut ce même Chapitre. Les difficultés avaient été incessantes entre les deux Compagnies. Nous n'en voulons pour preuve que cette requête présentée, le 17 septembre 1629, à l'évêque de Clermont par le Chapitre. Monseigneur est prié d'ordonner que a dorénavant, quinze jours après la fête de la Nativité de Notre-Dame, les bailes et confrères rendent compte exact des revenus et bienfaits de la frérie devant l'Evêque ou ses commis, en présence du Chapitre, pour le reliquat être employé aux réparations, ornements, ou choses plus nécessaires à l'église, ainsi qu'il sera avisé tant par le Chapitre que par les bailes ; comme aussi que les bailes ne sortiront plus de l'église les tapisseries, meubles et ornements à icelle appartenant ». Dans son exposé, le Chapitre se plaint que, depuis quinze ans, « il ne sait à quoi les bailes emploient les revenus de leur frérie; de plus, le Chapitre a quantité de tapisseries à lui données tant par une quête qui fut faite dans la ville que par aucuns particuliers ». Ces tapisseries, s'il en faut croire un inventaire de 1664, étaient des plus remarquables. On en comptait d'abord huit qui représentaient l'histoire de la vSainte Vierge depuis sa Nativité jusqu'à son Assomption et Couronnement. Les jours solennels, on les tendait au haut
du chœur, ainsi que î deux pentes également en tapisserie, avec franges de soie ». Trois autres pièces figurant le mystèi'e de l'Epiphanie et le massacre des Innocents étaient destinées à orner le devant de la tribune (1). Or, continue le Chapitre, les bailes s'approprient ces tapisseries, les prêtent à qui bon leur semble: ces agisseaients doivent être réprimés. Les bailes s'empressent, on le pense, de rédiger leur réponse : la Confrérie ne dépend pas des ecclésiastiques ; c'est « une assemblée légitime, capable de recevoir des dispositions et des legs » ; ses droits sont réglés par diverses transactions avec le Chapitre (2) ; la querelle de ce dernier n'est en rien justifiée... Un traité amiable du 20 février 1633 trancha la discussion, mais en laissant sans solution ces divers griefs ; car nous y lisons que le Chapitre renouvelle sa prétention d'avoir a l'économie et ménagement des tapisseries et ornements de la Confrérie », et de faire rendre les comptes des bailes devant lui.
Dans la suite, la Confrérie « de la Nativité » dut modifier son attitude et devenir moins arrogante envers le Chapitre.
Il n'en reste pas moins établi qu'elle a rendu les plus grands services à l'église du Marthuret et qu'elle a certainement contribué, par son zèle et son activité, à donner à celle-ci le rang et l'importance qui devaient, après la Révolution, lui permettre d'arriver au terme de son ambition, de devenir église paroissiale l
Voici, à diverses dates, les noms de quelques membres de cette puissante Confrérie :
1543. — Jean Duclaux, roi l'année présente, Amable Maret, apothicaire; Amable Cioghat, boucher; Jean Grange et Amable Merchadier, bailes ; Antoine Lamouroux, baile
(1) Inventaire cité par le Calendrier paroissial de N.-D. du Marthuret, année 1902, p. 30.
(2) Ces a transactions » ont été très nombreuses: voici les dates des principales: 8 septembre i5^i8, 2 juin 1557, 19 septembre 1591, 9 septembre 1592, 6 mars 1607, 20 février 1633, 9 septembre 1656, 16 avril 1757.
des compagnons; Jean Chaslrout, Jean Durand, Jean Cerceau dit Dunnas, Loys Mareschal, x\nloine Brun, Michel de Caige, Claude Devost , Amable Chabaure, Pierre Brun, Pierre Dartan, Gilbert Binet, Amable Tabournet, Antoine Fressanges, Michel de Gyretes, Gilles Beymond, Jean de Champs Lamit, Etienne Engrille, George Mazan, Amable Barge.
rd76. — Claude Doultre, Antoine Demonredoy, bailes ; Gilbert Degressaigne, Amable Jodas, baile des compagnons ; Amable Maret, Thomas Bonnet, Amable Juoly (?), Etienne Theilhèdes, Michel Mesnaige, Jean Roche, laboureur; Pierre- Pons Laisne, François Morghat, cordonniers ; Michel Vimeins (?), Antoine Faure, meuniers ; Amable Luchier, marchand ; Gabriel Ganynet, boulanger ; Jean Besse, boucher ; Jean Palasse, laboureur ; Amable Roche, François Marchadier, laboureur; Antoine Veilh, menuisier ; Antoine Gozets, François Clermonteix, Jean Serreau dit Dumas, maçon ; Amable Gandebeuf, meunier; Amable Fressanges, marchand ; Jean de Puylatat, meunier ; Michel Bernard, Amable Croughat, boucher; Michel Freydefond, marchand; Gilbert Danguy, arbalestrier ; Antoine Dubois, tailleur d'habits ; Antoine Normant, Gilbert de Puylatat, Amable Soubroux, tanneur; Bonaventure Jailh, boucher: Pierre Sablon, roy de la présente année; Gilbert Degré le jeune, Jacques Roze, Jean Chapon, « reçu à la frérie pour servir d'appellor à la cloche ».
1C07. — De Rodes, Fressanges, Faure, Verdier, Boy, Leporis, Dechamps, Bichon, Valeix, Chaulhat, Bonnefond, Arnaud, Bernard, Danguy, Blanchon, Bardon, Dupuy, Archon, Gandebeuf, Sablon, Viallard, Frenaye, Chevalier, Sarron, Puray, Marchand, Poughon, Lamouroux, Lucquet, Collombicr, Chappas, Aubignat, Dujouhannel, Ardilhon, Bordas, elc. (75 signatures environ).
1633. — Pierre Moquet, Pierre Dujohannel, Jean Arpin, Noël Arvier, marchands bourgeois, bailes. (Louis Thore, chantre ; Pierre Gervais, Jean Sain, Amable Lauzane^e,
Annct Vorilhon, Paul Grégoire, Jean Lamouroux, chanoines du Marlhurel).
J682. — Christophe Milangos, avocat ; Mathieu Soanen, procureur ; Jacques Maubct, drapier, bailes.
1705. — Georges Courtin, greffier en chef du Bureau des Finances; Lucien Dubois de la Pause, avocat; François Servolle, procureur; Jacques Mallet, tanneur, bailes.
1757. — Jean-Baptiste de Chamerlat des Guérins, conseiller du roi en la Sénéchaussée d'Auvergne et siège présidial de Bioni ; Jean-Baplisle Fontanier de la Garenne, avocat en Parlement ; Antoine-François Thévenet, procureur en la Sénéchaussée ; Antoine Solignat, marchand cirier, bailes.
L'ancienne Confrérie de la Nativité de Notre-Dame est aujourd'hui remplacée par celle de l'Assomption, laquelle a été établie au Marthuret par M^" de Dampierre en vertu de brefs pontificaux du 23 avril 1804 (1).
La Vierge noire, qui figurait aux processions de la Nativité, était vraisemblablement portée, comme aujourd'hui, par une confrérie spéciale, assez analogue à celle des portechâsse de Saint-Amable (2). Aucun document antérieur à la Bévolution n'existe cependant à ce sujet. Mais, en 1804, lors du rétablissement du culte, cette corporation fut immédiatement constituée et composée de huit cultivateurs, « nommés à vie porteurs de Notre-Dame » (3). Il est probable qu'on n'avait fait que reprendre une vieille tradition.
Cette Confrérie existe toujours actuellement. Elle est recrutée parmi les cultivateurs notables de la ville ; ses membres ont à peu près le même costume que les portechâsse de Saint-Amable.
Une statue de la Vierge surmontait jadis le dôme du Marthuret. C'était « Noire-Dame de Recoiivrance ». Une frérie veillait sur sa conservation.
(1 et 3) Calendrier paroissial de N.-D. du Marthuret, 1902, p. 31, 34, 35. (2) Voir notre Procession de Saint-Amable (Paris, Lethielleux, 1900).
Deux documents intéressants fixent l'historien sur ce point. Le premier est l'extrait d'un livre de raison d'un bourgeois riomois, où nous lisons à la date « du vendredi, veille de la Conception de Notre-Dame » de l'année 1584 : « Cejourd'huy a esté monté et mis à sa place, au plus haut du clocher de Nostre-Dame de ceste ville de Riom, aultrement appelé le Marturet, l'image surdorée de Nostre-Dame, au tournant de la tour aussi dorée, lequel image a esté mis en l'honneur et révérance de la très glorieuse Vierge Marie, Mère de nostre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ, laquelle nous prions estre nostre bonne advocate envers son chier Fils et la sanctissime Trinité du Paradis. En ceste même année 1584, le clochier sur lequel ledit image Nostre-Dame est posé a esté faict et basti tout à neuf en pierre de taille depuis les fondemens d'en bas jusqu'audit image par ung masson de ceste dite ville, ap[)elé Le Noble. Laquelle chose j'ai bien voulu escrire dans ce mien livre journal pour servir de mémoyre » (1).
Le second document est aux Archives de la Préfecture ; il est daté du 18 novembre 16o7: a Gaspard Chabron, conseiller du Roy et assesseur en Sénéchaussée d'Auvergne et siège présidial de Riom, Martin Brujas, sieur de Maison-Blanche, avocat audit siège, Amable Brun, greffier civil audit siège, et Antoine Bourlin , marchand apothicaire, bailes de la frérie de la Sainte Vierge sous le titre de Notre-Dame de Recouvrance , assistés de Messire Antoine Bouteix, chanoine et bayle du Chapitre de Notre-Dame du Marthuret », demandent à l'Evêque de permettre « la bénédiction de l'image de la Sainte Vierge, de nouveau sculptée en pierre, et d'y mettre en la bénédiction les reliques qui estoient en celle qui fut rompue en la ruisne du dosme de ladite église (2). La nouvelle image destinée pour être posée en
(1) Nous devons ce texte à l'obligeante communication de M. Delpy, Président de Chambre à la Cour d'appel de Riom.
(2) M. Marc de Vissac, dans sa plaquette sur VEgllse du Marthuret^ fixe au 13 décembre 1646 la date de la tempête qui emporta le dôme. —
la place de la précédente sur les faistes dudit dosme construit par les soings et diligences des suppliants. » Monseigneur, « bien informé que ladite image est bien décente en sa sculpture et dorure », accorde Tautorisalion et commet pour la bénédiction le prêtre que désignera le Chapitre. Cette bénédiction eut lieu en grande pompe le 22 du môme mois de novembre 16L)7.
Une statue de la Vierge est placée dans une niche qui domine le porche do Tentrée de la cour du Pré-Bas. C'est « Noire-Dame de Grâce ». Une confrérie de femmes était instituée en son honneur « depuis huit vingt ans », quand, le 20 septembre 1668, certaines dames pieuses exposent à l'Eveque que, « faute de fonds, depuis plusieurs années, elle a cessé de continuer le service accoutumé, et même a négligé la décoration de la niche de Timage apposée au frontispice de l'église ». Elles demandent le rétablissement de la Confrérie. Le prélat le leur accorde et aussitôt la niche est réparée. C'est celle que nous voyons encore aujourd'hui, car sur ses montants on peut toujours lire cette légende : « Lucresse Portier, Amable Dardelin, Allis Faure, Janne Mercier, les quatre première beless qui ont élevé la frérie de Nostre-Dame de (jrâce.... » ; et au-dessous, le millésime 1669.
La fête de cette Confrérie se célébrait le dimanche après l'octave de la Nativité. La messe se disait à l'autel de saint Roch.
La magnifique statue qui orne le porche de l'église, et que de nos jours on appelle la Vierge à l'oiseau, était à son tour
Le dôme fut rétabli par les soins des bailes de la frérie de la Nativité du Marlhuret, et les travaux confiés aux architectes Jean Lançuille et Jacques Potier (p. 37 et suiv.). — Le Coutumier du Marthuret que nous avons déjà souvent cité porte celte mention : « A la fin du. . . l'image du clocher du Marturet fut jette par terre par les vens en 1646, le 13 décembre, et remis par les bailes de Notre-Dame le 22 novembre l6o7. »
honorée d'une vénération particulière : on le comprend sans peine.
C'est sous le vocable de Noire-Dame de la Paix qu'une Confrérie s'était vouée à son culte. Le dimanche d'avant la Nativité de la Sainte Vierge, « à la grande porte d se célébrait sa fête. La messe était dite à l'autel de sainte Marguerite, ou à celui du Rosaire si le Saint-Sacrement y était exposé. Le Chapitre recevait de cette Confrérie la somme annuelle de six livres (1).
La maison d'un sieur « Vacher, menuisier » était ornée d'une « image » de la Vierge. Une association l'honorait sous le titre de Notre-Dame de la Visitation ou de Miséricorde, et faisait dire le 2 juillet une messe à l'autel du Rosaire du Marthuret. Nous ne savons où était cette maison Vacher.
Chacune des deux églises de Saint-Amable et du Marthuret possédait une Confrérie de « Notre-Dame de la Bonne Mort D.
L'existence de celle qui était érigée à Saint-Amable est attestée par cette mention tirée du registre de comptes de la Confrérie du Saint-Sacrement de 1763 à 1792 : « Reçu de la Bonne Mort pour la niche, 1 livre 10 sols » (2). Cette Confrérie existe encore de nos jours dans la paroisse de Saint-Amable.
Quant à l'Association de Notre-Dame de la Bonne Mort du Marthuret, nous la voyons signalée à plusieurs reprises dans les archives de cette église. Sa fête se célébrait le second dimanche après l'Assomption, à l'autel du Sauveur. Vers le milieu de novembre, les associés faisaient chanter une grand'messe de morts à cet autel avec chapiers et Libéra entier dans la nef. Les bailesses payaient au Chapitre
(1) Manuscrits déjà cités et déposés aux Archives de Notre-Dame du Marthuret. — Sur cette belle statue, lire la brochure si suggestive et si intéressante de M. l'abbé R. Crégut.
(2) Supra, p. 102.
6 livres, sur lesquelles cinq sols revenaient au diacre, cinq sols au sous-diacre, et un sol à chaque enfant de chœur. Le sonneur était payé à part. L'absoute et l'offrande étaient pour le célébrant.
La Confrérie de Notre-Dame de la Bonne-Mort a été rétablie en l'église de Saint-Amable par ordonnance épiscopale du l®"" février 1828. Nous croyons utile de donner la teneur intégrale des statuts, approuvés par cette ordonnance, pour permettre au lecteur, par la comparaison des règles des nouvelles Confréries avec celle des anciennes, de juger des différences qui distinguent les unes et les autres :
Ordonnance de M^'' l'Evêque de Clermont portant exécution et règlement de la Confrérie de Notre-Dame de Bonne-Mort, en réglise paroissiale de Saint-Amable de Riom.
<r Nous^ Charles-Antoine-Henri Duvalk de Dampierre, Evêque de Clermont,
» Vu la requête du sieur Charles-Joseph Dalbine, curé de la paroisse de Saint-Amable de Riom, adressée le 15 novembre 1827 à Sa Sainteté le Pape Léon XII, tendante à établir dans son église une Confrérie d'association de prières et de suffrages sous le titre de la Bonne-Mort, et sous la protection de la Sainte Vierge, de Saint Joseph et des Saints Anges Gardiens ;
» Vu le titre de l'induit de S. S. Léon XII qui, adhérant aux pieux désirs du sieur Charles-Joseph Dalbine, en date du 3 décembre 1827, établit dans l'église paroissiale de Saint-Amable de Riom, et spécialement dans la Chapelle dite de Notre-Dame de Compassion, dans la même église, la Confrérie et Association de la Bonne- Mort avec tous les privilèges spirituels accordés à cette Confrérie par Benoît XIII son prédécesseur et de très sainte mémoire, et dont il lui a adressé le summarium annexé au susdit induit d'érection ;
» Tout ouï et considéré, le saint Nom de Dieu invoqué, voulant seconder le zèle du sieur curé de Saint-Amable de Riom, nous permettons de mettre à exécution le susdit
induit ; de plus nous avons statué, ordonné et ordonnons ce qui suit :
» Article 1^''. — Nous avons érigé et érigeons la Confrérie de Notre-Dame de Bonne-Mort, dans l'église paroissiale de Saint-Amable et spécialement dans la chapelle de cette même église, dite de Notre-Dame de Compassion ou de Pitié, qui désormais sera chapelle privilégiée, avec application de toutes les indulgences énoncées dans le siimmarium susdit.
)) Art. 2. — Nous érigeons cette Confrérie comme une sainte et pieuse association dont le but est de se disposer à une sainte mort par la réunion des prières, des bons exemples et autres moyens de sanctification.
» Art. 3. — Nous mettons ladite Confrérie sous la protection spéciale de la très Sainte Vierge, de saint Joseph et des saints Anges Gardiens à charge, par les confrères et associés, de se conformer aux articles suivants de notre Ordonnance qui sera leur règlement.
» Art. 4. — Nous nommons pour directeur de la dite Confrérie le sieur Charles-Joseph Dalbine, curé actuel de Saint-Amable, et ses successeurs légitimes dans la cure de Saint-Amable, avec pouvoir d'examiner et recevoir les confrères et de faire exécuter les Règlements de la Confrérie.
» Art. 5. — On recevra dans l'association tous les catholiques des deux sexes qui se présenteront, sans distinction, pourvu qu'ils jouissent d'une bonne réputation et ne se proposent d'autre but, en entrant dans la Confrérie, que de profiter des moyens de salut qui y sont réunis. Ils seront invités à se mettre en état de communier pour gagner l'indulgence attachée au jour de leur réception.
3) Art. 6. — Chaque associé de l'un ou de l'autre sexe payera, en entrant dans la Confrérie, au moins un franc, et donnera dans la suite, chaque année, au moins cinquante centimes ou dix sous.
» Art. 7. — Cet argent sera reçu par un trésorier nommé par le directeur de la Confrérie, d'après l'avis des dix notables
confrères qui recevront, à la fin de chaque année, les comptes du trésorier.
» Art. 8. — Cet argent servira : 1^ pour Tentretien de la chapelle de Notre-Dame de Bonne-Mort ; 2° pour l'honoraire des messes dont il sera parlé dans les articles suivants.
» Art. 9. — Tous les premiers mardis de chaque mois de Tannée, on célébrera, aux frais de la Confrérie, une messe basse pour les confrères défunts et vivants qui seront invités à s'y trouver en plus grand nombre possible pour s'aider mutuellement de leurs prières.
» Art. 10. — Lorsqu'on portera le Saint-Viatique à un associé, tous les associés qui le pourront se feront un devoir rigoureux d'accompagner le Saint -Sacrement, et quatre d'entre eux porteront des flambeaux, sans préjudice des quatre parents ou amis du malade qui, les plus rapprochés du Saint-Sacrement, porteront les flambeaux comme il s'en pratique jusqu'ici. On avertira au moins les associés les plus voisins du malade du moment où on lui apportera le Saint- Viatique.
ï) Art. 11. — Lorsqu'on sera averti qu'un associé à cette Confrérie de la Bonne-Mort se trouve près de sa fin, in articula morlis, on tintera douze coups de la grosse cloche pour avertir les fidèles de se rendre aux prières et litanies des agonisants qui seront récitées par M. le Directeur, à la paroisse, après quoi, on donnera à voix basse et sans aucun chant la bénédiction du Saint-Sacrement avec le Ciboire seulement. Toutefois, lesdites bénédiction, prières et coups de cloches n'auront lieu que de jour et jamais dans la nuit, c'est-à-dire après l'Angelus du soir, ni avant l'Angelus du matin.
» Art. 12. — Lorsqu'un associé sera dangereusement malade, on célébrera à l'autel privilégié de la Confrérie une messe basse pour lui, afin qu'il puisse gagner les indulgences accordées par S. S. le Pape Léon XII par son Induit du mois de février 1826. Tous les associés s'empresseront d'assister à cette messe qui sera aussi aux frais de la Confrérie.
y) Art. 13. — Au décès de chaque personne associée à la dite Confrérie, il sera dit une messe basse de Requiem pour le repos de son âme, aux frais de la Confrérie, et sans préjudice des prières et offices que les parents et famille de la personne décédée voudraient ordonner pour leur compte. Tous les associés seront invités à assister à cette messe, qui se célébrera pour lui à l'autel de la Confrérie le premier jour libre après sa mort ; ils seront également invités à assister au convoi, service et enterrement.
» Art. 14. — La fête de la Confrérie sera le troisième dimanche après Pâques: outre la messe paroissiale, il y aura dans la chapelle de la Confrérie une messe solennelle, messe votive de la Sainte Vierge. Le Saint-Sacrement sera exposé au maître-autel pendant la messe paroissiale et pendant les vêpres, à la fin desquelles le célébrant, accompagné du clergé, des fabriciens et des notables de la Confrérie, portera le Saint-Sacrement, et tournant à droite parviendra à la chapelle de la Confrérie où il donnera une bénédiction solennelle du Saint-Sacrement. Tous les confrères s'imposeront ce jour-là l'obligation d'assister à tous les offices paroissiaux, ainsi qu'à la messe solennelle de la Confrérie, le Saint-Sacrement étant exposé, en faveur et à la dévotion des confrères associés de ladite Confrérie de la Bonne-Mort.
» Art. 15. — Le lendemain de la fête solennelle de la Confrérie, il sera fait un service solennel de Requiem pour le repos des âmes de tous les confrères décédés dans l'union de cette pieuse association.
» Art. 16. — Les honoraires des messes hautes et basses, ainsi que des offices ci-dessus énoncés, seront réglés, aux frais de la Confrérie, selon la taxe portée pour chacun des semblables offices en notre ordonnance portant règlement pour le casuel des ecclésiastiques de notre diocèse.
» Art. 17. — Les confrères gagneront une indulgence plénière : 1° le jour de leur réception ; 2° le jour de la fête de la Confrérie ; 3^ aux fêtes (celles qui sont indiquées dans le summarium envoyé de Rome), en se confessant, communiant
et visita ni auxdits jours la chapello do Nutio Daine de 13onne-Moi't, et) pi'iaiil Dieu pour l'union entre les princes chrétiens, pour l'extirpation des schisnjes et hérésies, pour Texaltalion de noti'e Mère la sainte l^^glise, et j)our la prospérité de ri'^tat ; 4^ enfin, luônje indulgence plénière à l'article de la mort, lis seront prévenus de ces indulgences quelques jours d'a\ance, et invités à se mettre en élat de les 2rac:ner.
» Art. 18. — Nous a})prouvons et permettons Timpression du petit livre de TAssociation de la Bonne-Mort que nous a présenté le sieur Dalbine, curé de Saint-Amable de Hiom, pour qu'il soit distribué aux confrères de la susdite association.
D Art. 19. — Le sieur curé de Saint Amable, MM. ses vicaires, les prêtres atlachés au service de l'église de Saint- Amable de Riom, les Sœurs de Charité de Saint-Vincent' de Paul, les frères des écoles chrétiennes, qui résident sur la paroisse de Saint-Amable, ainsi que Messieurs les marguilliers fabriciens de ladite église en activité, seront de droit associés, membies nécessaires et administrateurs gratuits de ladite Confrérie, se conformant à notre présente ordonnance.
» Art. 20. — Sera notre présente Ordonnance lue et publiée au prône de la messe paroissiale de Saint-Amable, le dimanche qui suivra immédiatement sa réception.
» Donné à Ciermont le l*^'' février 1828.
JD Signé : f Ch. A., Ev. de Clermonl. » Par mandement, signé Eymard. »
i/indult de Léon XII est déposé aux Archives de la Marguillerie.
Notre-Dame du Rosaire était honorée en l'église du Marthuret par une association importante. Cette Confrérie avait été établie sur une permission donnée le 24 octobre 1618 par le R. P. Montble, prieur des Jacobins de Ciermont,
confirmée par M^*" d'Estaing, évoque de cette ville. Tous les premiers dimanches du mois, elle faisait dans l'église une procession (suivie de la bénédiction du Saint-Sacrement), où l'on chantait les litanies de la Sainte Vierge. Cette procession nuisait ainsi à celle'^de la Confrérie de la Nativité qui avait lieu chaque dimanche à la même heure. D'où grief contre le Chapitre de la part de cette dernière Confrérie : elle se plaint de ce que ses processions « ont été délaissées et remises le dimanche suivant, et celles du Rosaire ont été faites ». Dans la transaction du 20 février 1633, le Chapitre promit de faire les processions de la Nativité tous les dimanches de l'année, « à moins qu'il ne fût occupé, les premiers dimanches du mois, pour satisfaire aux indulgences de la Confrérie du Rosaire d. La fourniture de l'encens à cette procession du premier dimanche du mois était faite par l'association du Rosaire, à qui revenait la préséance dans l'église ce jour-là. Des « demoiselles du Chastet » avaient fondé trente messes à célébrer à l'autel du Rosaire les jours de dimanche.
Le deuxième lundi d'octobre, une grand'messe de morts était dite à cet autel pour les bailesses de la Confrérie.
La Confrérie du Rosaire a été rétablie en l'église du Marthuret en 1819, puis « confirmée et érigée à nouveau le 23 mars 1890 » (1).
Mais, dès la restauration du culte, elle avait été instituée à la paroisse de Saint-Amable par M^'" de Dampierre, évêque de Clermont, suivant ordonnance du 20 septembre 1804. Le prélat donnait au curé de cette église et à ses successeurs le pouvoir d'y agréger les fidèles de l'un et de l'autre sexe, de bénir les chapelets et rosaires et d'y appliquer les indulgences que les Religieux de l'ordre de Saint-Dominique avaient précédemment le privilège d'y attacher. Il autorisait l'exposition du Saint-Sacrement à la messe, le salut et la bénédiction le soir, aux fêtes de l'Annonciation, de l'Assomp-
(1) Calendrier paroissial de Notre-Dame du Marthuret, 1898, p. 28.
lion, de la Nativité de la Sainte Vierge, et le premier dimanche d'oclobre, jour de la fête de la Confrérie (1).
L'exposition du Saint -Sacrement dans la chapelle du Rosaire donna lieu, de la part de l'évêque, en 1827, à la même observation que celle dont nous avons parlé à propos de la Confrérie des maçons (2).
Une Confréi'ie de Noire-Dame de Loretie avait son siège dans la chapelle du Marthuret dédiée à Tlncarnation de Notre -Seigneur. Le 4 avril 1652, le Chapitre expose à l'évêque que, <r les fidèles de l'un et l'autre sexe ont une singulière dévotion » à cette chapelle, et qu'ils désirent ériger « une confrérie et congrégation pour exercer les offices de la charité chrétienne et adorer l'incfTable mystère de l'Incarnation. Ils tâcheront, est-il ajouté, de s'entr'aider par mutuel office et charité, visitant les malades et les exhortant à recevoir les sacremens d. Ils assisteront à un olfice annuel, accompagneront le Viatique chez leurs confrères, assisteront aux obsèques de ceux qui viendront à mourir et aux messes célébrées pour le repos de leurs âmes, n'exigeront aucune cotisation lors de la réception de nouveaux membres, mais « s'en remettront à la charité de chacun ». Les fonds seront employés à usages pieux, services, luminaire, ornements de la frérie et de la chapelle. . . Monseigneur autorise l'établissement de cette association.
Le 25 mars, jour de la fête, et les deux jours précédents, nous dit un manuscrit, il y a « 40 heures et exposition du Saint-Sacrement avant matines, et il y demeure jusqu'après compiles, qui se disent à cinq heures de même que vêpres si c'est après Pâques. La grand'messe à 10 heures et demie. Depuis midi jusqu'à compiles, Messieurs les chanoines passent une heure devant le Saint-Sacrement chacun
(1) Registre des délibérations du Conseil de Fabrique de Saint-Amable; copie à la suite d'une délibération du 15 juillet i8o2.
(2) Ibid., suprtty p. 168, texte et note 2.
à son lour dans ladite chapelle où il esl exposé. — Nola : on y porte aussi le ciboire pour la communion des fidèles » (1). La Confrérie payait 8 livres 10 sols au Chapitre.
Une Confrérie du même nom existait déjà à l'église de Saint-Amable, car, nous lisons dans les registres capitulaires de cette église que, le 28 janvier 1603, il est permis a aux bailes de Nostrc-Dame de Lorette d'orner la chapelle de isainte Madeleine d.
Une coutume assez curieuse existait à la Marguillerie de Saint-Amable le jour de la fùte de l'Annonciation. En vertu d'une fondation, dont nous ne connaissons ni la date ni l'auteur, les marguilliers assistaient « à la niesse de paroisse et à la prédication dans l'église des RR. PP. Cordeliers », et ensuite entendaient complies dans l'église de Saint-Amable, où ils recevaient la bénédiction. Après quoi, « le distributeur du Chapitre leur donnait à chacun 2 sols G deniers pour leur rétribution et droit d'assistance, aux termes de la donation » (2).
Enfin, la corporation des tailleurs s'était mise au Marthuret sous la protection de Notre-Dame de la Purification. La bulle aulorisant leur Confrérie est de juillet 1655, et émane du Pape Alexandre VII. En voici la traduction d'après un imprimé de 1773 (3) :
a Alexandre, évùque, serviteur des serviteurs de Dieu, à tous les fidèles qui liront ces présentes: Salut en J.-C. et bénédiction apostolique.
» Considérant la fragilité et la triste condition de la nature humaine, la sévérité du jugement de Dieu, désirant que tous les fidèles puissent en prévenir la rigueur par leurs bonnes œuvres, par l'expiation de leurs péchés, et obtenir par là plus
(1) Archives de Notre-Dame du Marthuret.
(2) Procès-verbal du 25 mars 1706. — Les marguilliers entendaient certains offices aux Cordeliers d'autres jours de fêtes, tels que ceux de la Toussaint et du dimanche des Rameaux.
(3) Riom, Veuve Gandéze.
aisément la félicité des joies éternelles, nous cherchons à leur en faciliter les moyens.
D Ayant donc appris que, dans l'éi^lise séculière et collégiale de Notre-Dame du Marthuret de Riom, ville du diocèse de Clermont, une pieuse et dévote Confrairie, composée de tailleurs seulement, établie pour la gloire de Dieu et le soulagement du prochain, dont les confrères nos chers fds s'adonnent aux œuvres de charité et de miséricorde, nous voulons, pour favoriser leur zèle et engager les autres fidèles exerçant le même métier à y entrer, et pour conserver à ladite église de Notre-Dame du Marthuret la vénération qui lui est due, plein de confiance dans la miséricorde du Dieu tout puissant et dans Tautorité des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, Nous voulons que tous lesdits confrères, du jour de leur réception dans ladite Confrérie, s'ils se sont confessés, qu'ils soient sincèrement repentants de leurs péchés^ qu'ils aient reçu le très Saint-Sacrement d'Eucharistie et qu'ils auront visité dévotement l'église du Marthuret, tous les ans, depuis les premières vêpres jusqu'au coucher du soleil du jour de la fête de la Purification de la Sainte Vierge, le Saint-Sacrement étant exposé ; qu'ils y auront prié dévotement pour l'agrandissement de l'Eglise, notre sainte Mère, pour l'extirpation des hérésies, pour la conversion des infidèles, pour le maintien ou la conclusion de la paix entre les princes chrétiens, pour le salut du Pontife romain ; de ce jour ils obtiennent une indulgence plénière et la rémission de leurs péchés que nous leur accordons à perpétuité.
» Nous accordons encore aux confrères de ladite Confrairie sept années d'indulgences si, le cœur vraiment contrit et après avoir confessé leurs péchés, ils participent à l'Eucharistie, ils visitent ladite église de Notre-Dame du Marthuret, aux fêtes de l'Annonciation, de la Nativité et de l'Assomption de la Sainte Vierge. Nous leur accordons encore autant de 40 jours d'indulgences, toutes les fois qu'ils assisteront à l'office divin qui se célébrera dans ladite église.
par lesdiLs confrères, suivant leur usage dans leurs congrégations publiques ou particulières ; la même faveur leur est accordée pour toutes les bonnes œuvres qu'ils feront ou auxquelles ils participeront, telles que d'accompagner le Saint- Sacrement lorsqu'on le porte à un malade ; que s'ils ne peuvent le suivre, il suffira qu'ils se mettent à genoux, qu'ils récitent l'oraison dominicale, la salutation angélique pour le malade, lorsqu'ils entendront sonner les coups de cloche qui annoncent cette pieuse cérémonie ; s'ils assistent aux processions ordinaires ou extraordinaires qui se font par la permission de révoque diocésain aux sépultures des morts ; s'ils accordent l'hospitalité aux voyageurs ; s'ils se réconcilient avec leurs ennemis ou s'ils mettent la paix parmi les autres ; s'ils ramènent quelqu'un dans la voie du salut dont il s'était égaré et s'ils l'instruisent des devoirs du chrétien ; s'ils récitent cinq fois l'oraison dominicale et la salutation angélique pour le repos de l'ame de leurs confrères morts dans la foi à Jésus-Christ. Pour toutes ces pratiques pieuses, nous leur accordons par la teneur de ces présentes que nous voulons être perpétuelles soixante jours d'indulgence. Que si ladite Confrairie venait un jour à être agrégée d'une autre pour quelque raison que ce puisse être, nous voulons que les présentes lettres soient nulles.
» Donné à Rome à Sainte-Marie Majeure, l'an de Jésus- Christ 1655, aux ides de juillet, la première année de Notre Pontificat.
y> Gratia pro Deo de Ruheis. L. Radoux. d
La Confrérie célébrait en grande solennité sa fête patronale de la Purification. Voici quel était en 1789 l'ordre des cérémonies, d'après le Coutumier du Marthuret : a 2 février. Confrérie des tailleurs à l'autel de la Purification. Tierce à 9 heures et demie, pendant laquelle on bénit les cierges. Distribution et procession des cierges avec les chapiers. Avant la messe, exposition du Saint-Sacrement. A la fin de sexte, bénédiction tacite, ce qu'on fait toujours en ce tempslà, s'il n'est marqué autrement. Avant none, exposition du
Sainl-SacreiDCDl. Après complies, procession solennelle avec chapes, où on porte le Saint-Sacrement. Deux fois le tour de réglise (quand on ne porte pas le Saint-Sacrement ou l'image de la Vierge, on ne fait toujours qu'un tour). Après la bénédiction solennelle, qui se donne toujours après complies, s'il n'est marqué autrement, solennellement on chante un Deprofundis. Oraison dans lad. chapelle ; puis, on reporte en silence le Saint-Sacrement au maître-autel, c'est-à-dire le soleil et le ciboire qu'on avait apportés la veille. Il y a chapiers aux trois offices de cette fête. Il n'y a point d'autre salut pour cette Confrérie. » Les deux jours précédents, le Saint-Sacrement avait été exposé avant matines « à l'autel des tailleurs » jusqu'après vêpres, lesquelles se disaient à 4 heures. Le lendemain, 3 février, après matines, se disait une grand'messe de morts à ce même autel « pour les confrères tailleurs ». Le Libéra tout entier était chanté dans la nef. La sonnerie des cloches annonçait la cérémonie la veille et le jour.
Le 2 novembre, les tailleurs faisaient dire un autre office de Requiem à leur autel, a L'honoraire de 3 livres se distribuait avec ce qu'on amasse aux Libéra, aux présens et malades, chanoines et habitués, égale portion. Le prévôt avait double, et tous les servans de messes la portion d'un chanoine, après que le célébrant a eu ses vingt sols. »
La Confrérie versait annuellement vingt-six livres au Chapitre pour ces diverses cérémonies.
L'Hôpital-Général avait à son tour une Confrérie de la Vierge. Elle était connue sous le nom de Notre-Dame de Pitié. Le pape Innocent XI l'enrichit de nombreuses indulgences par le bref suivant, du 31 janvier 1688 :
« Innocent Pape onzième,
» A tous présent et avenir. Ayant appris qu'une pieuse et
dévote Confrérie de fidelles chrestiens de l'un et de l'autre
sexe, sans affectation toutesfois à personnes de quelque mes-
tier ou profession particulière, a été ou doit être canonique-
ment érigée sous le liltrc de Nostre-Danie de Pitié dans réglise ou chapele de THospital Général de la ville de Riom, diocèse de Clermont, dont les confrères et confréresses ont accoutume de pratiquer plusieurs bonnes œuvres de piété et de charité ;
» Nous desirans que ladite Confrérie prene de jour en jour de nouveaux et plus grands acroissemens, Nous confians en la miséricorde de Dieu tout puissant en l'authorité de ses bienheureux apostres S, Pierre et S. Paul, concédons miséricordieusement en Noire-Seigneur Jésus-Christ à tous fidelles chrestiens de l'un et de Tautre sexe, qui cy après entreront en ladite Confrérie, Indulgence plénière de tous leurs péchez le premier jour de leur entrée si, véritablement pénitens et confessez, ils reçoivent le Très Saint-Sacrement de TEucharistie; donnons aussi la même indulgence plénière, tant à ceux et à celles qui se feront ci-après écrire en ladite Confrérie, qu'à ceux et celles qui y sont déjà écrits, lesquels estans véritablement pénitens, confessez et repus de la Sainte Communion, ou s'ils ne le peuvent estans au moins contrits, invoqueront dévotement de cœur, s'ils ne le peuvent de bouche, le S. Nom de Jésus à l'article de la mort. Accordons aussi pareille indulgence plénière et rémission de tous leurs péchez, à tous les confrères et confréresses qui sont à présent et qui seront cy -après, qui pareillement pénitens, confessez et repus de la Stiinle-Communion, visiteront chacun an ladite église ou chapele, le vendredy avant le dimanche des Piameaux depuis les premières vespres jusques au soleil couché dudit jour; et là feront leurs prières à Dieu pour la paix et concorde des princes chrestiens, pour l'extirpation des hérésies et l'exaltation de la sainte Eglise. Accordons en outre auxdits confrères et confréresses, qui pareillement pénitens, confessez et repus de la sainte Com.munion, visiteront ladite église ou chapele dudit hôpital aux jours et festes de la Purification, de la bien Heureuse et immaculée Vierge Marie, de saint Venant, de sainte Christine, et de saint Thomas apostre, et là feront les prières que dessus, chacun
desdits jours qu'ils le feront, sept années et autant de quarantaines de jours d'indulgence, et toutes les fois que lesdits confrères et confréresses assisteront aux messes et autres offices divins qui seront célébrez et récitez dans ladite église ou chapele selon le temps qui se trouveront aux assemblées publiques ou particulières de ladite Confrérie, en quelque lieu qu'elles se lassent, ou recevront les pauvres ou réconcilieront les ennemis, pacifieront les difi'érens ou procureront les accomodements, ceux qui accompagneront à la sépulture des corps tant de confrères et confréresses que des autres personnes, ou ceux qui accompagneront les processions qui se feront par la permission de l'Ordinaire, ou le très Saint- Sacrement de l'Eucharistie lorsqu'on le portera tant aux processions qu'aux malades, ou quelque autre part que ce soit, ou s'ils sont deument empêchez, entendant la cloche qui sonnera pour cet effet, reciteront cinq fois l'oraison dominicale et la Salutation angélique pour les âmes des deffuncts confrères et confréresses, ou qui auront ramené quelqu'un dans la Yoye du salut ou enseigné aux ignorans les Commandements de Dieu et autres choses qui regardent le salut de leurs âmes, ou exercé quelque autre œuvre que ce soit de piété ou de charité. Nous leur relâchons pour chacune desdites œuvres, autant de fois qu'ils les feront, soixante jours des pénitences qui leur ont été enjointes, ou qu'ils ont autrefois mérité en quelque manière que ce soit selon la forme ordinaire de l'Eglise. Ces présentes valables à perpétuité, volons néantmoins qu'elles soient nulles si autre-fois il a été accordé auxdits confrères et confréresses accomplissans ce que dessus quelque autre Indulgence à perpétuité ou pour un temps qui ne soit pas encore expiré, et que si ladite Confrérie est déjà ou soit cy-après aggregée ou unie pour quelque autre cause que ce soit à quelque archiconfrérie, ou instituée en quelque manière que ce soit, aucunes lettres apostoliques ni autres quelconques ne leur servent de rien, mais que dès-apresents elles demeurent nulles. Donné à Rome, à Sainte-Marie Majeure sous l'anneau du Pescheur,
le 31 jour de janvier mil six cens quatre-vingts-huit de nôtre Pontificat, le douzième. Et signé,
» J. F. Albinos.
» Les présentes indulgences soyent publiées afin que les fidelles puissent jouyr des fruicts d'icelles suivant Tintention du Pape, le sixième avril, mil six cens quatr-e-vingts-huit. Et signé, ViGiER » (l).
Le xix^ siècle a vu ériger en régli^e de Notre-Dame du Marthuret trois nouvelles confréries en l'honneur de la Sainte Vierge.
La première est dite du Très Saint et Immaculé Cœur de Marie, érigée par rescrit de Grégoire XVL Sa fêle se célèbre le dimanche cfui précède immédiatement celui de la Septuagésime. Ses membres récitent tous les soirs le chapelet, à l'heure de TAngelus, dans la chapelle de la Vierge, pour la conversion des pécheurs. De nombreuses cérémonies sont organisées par cette association durant le cours de l'année dans le même but.
La seconde est celle de Noire-Dame du Perpétuel-Secours et de saint Alphonse.
La troisième, érigée le 29 septembre 1872, est dédiée à Notre-Dame du Suffrage, et a pour but d'assurer à perpétuité, après la mort, un secours de prières aux personnes qui en auront fait partie et à leurs parents décédés (2).
Durant la même période ont été aussi établies en l'église de Saint-Amable et en l'honneur de la Vierge les Confréries de Notre-Dame de Vergheas, de Notre-Dame de la Salette et de l'Immaculée-Conception.
(1) Nous avons en notre possession un exemplaire imprimé de ce Bref, sans nom d'imprimeur. Il porte en tête une vignette représentant VEcce Homo et la Vierge des Sept-Douleurs.
(2) Calendrier paroissial de Notre-Dame du Marthuret, 1898, p. 30 et suiv.
Enfin, des congrégations d'Enfants de Marie existent dans chacune des deux paroisses.
Les Riomois conservent ainsi toujours leur filial amour à la Mère de Miséricorde et d'Espérance, aux pieds de qui, aux heures triomphales comme aux jours calamiteux, leurs ancêtres confiants ont déposé leurs constants hommages (1).
(1) Nous croyons utile de signaler ici un détail intéressant que vient de nous révéler le numéro de mars 1905 de V Auvergne historique^ littéraire et artistique^ à propos de la statue de Notre-Dame des Neiges {supra^ p. 179, 180) : « A la fin de juillet 1780, lisons-nous, p. 222, dans le Journal d'Antoine Messeix, on commença la démolition de la maison du sieur Salles et de celles y attenantes, situées sur les boulevards près de la porte de Layat. L'image et la niche en pierre de taille de la Vierge, bâtie dans le mur formant le devant de celle dudit sieur Salles, furent transportées et placées par les soins de M. de la Geneste, syndic de Messieurs de la juridiction consulaire, sur un coin de l'hôtel de ladite juridiction faisant face à l'église des Religieuses de Notre-Dame. » Cette statue, déplacée de sa résidence habituelle quelque temps avant la Révolution, y a donc été réinstallée depuis lors.