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I. De Gobineau. Les religions de l'Asie centrale

d'Algérie et les Senoussiya ^ une certaine affinité, et peut-être quelques relations suivies.

Néanmoins, à ne considérer les Derqaoua de l'Ouest qu'au point de vue de leurs tendances professionnelles, s'il existe, parmi eux, des fanatiques ardents, la plupart , ceux surtout qui occupent un rang élevé dans la confrérie, doivent être compris dans la grande famille chadelienne , quelles que soient les visées secrètes que cache leur attitude extérieure.

Les Derqaoua de la Tripolitaine n'ont pas même conservé l'étiquette du Chadelisme. Ils prennent souvent le vocable de Madaniya, du nom de leur chef, Mohammed ben Hamza Zafïer el Madani. Leur doctrine, formulée par son fils et successeur, Mohammed Zaffer 2, les range au nombre des mystiques extatiques, et porte l'empreinte d'une très vive exaltation religieuse. On peut donc les considérer comme formant une confrérie distincte, dont le rôle est d'autant plus facile à déterminer, qu'il tient tout entier dans l'histoire des dernières années.

Ce fut vers 1820 que Mohammed ben Hamza commença à prêcher dans le pays de Tripoli , la règle des Derqaoua, ou du moins celle qu'il en avait déduite.

La zaouiya de Mezrata qu'il fonda vers cette époque,

1. H. Duve5Tier. La confrérie de Mohammed ben Ali el Senoussi.

2. Dans un traité intitulé « Nour el Sat'a », La Lumière étincelante >— publié à Constaminople en 1885.

ne tarda pas à devenir importante et à compter quelques succursales le long de la côte. Mais le développement du Senoussisme à partir de la seconde moitié du siècle, arrêta celui des Madaniya. Sans être précisément tombé en décadence leur ordre restait stationnaire, lorsque le hasard des circonstances mit Mohammed Zaflfer, son chef, en relations avec le futur sultan de Turquie, Abd ul Hamid, vers la fin de l'année 1875.

Mohammed ZafFer était allé en pèlerinage à La Mecque avec son frère Cheikh Hamza, en 1874. A leur retour, ils s'arrêtèrent à Tantah avec le fils d'un Khatib, prédicateur de Médine, nommé Hamouda, qui leur avait été confié pour l'instruire. C'est à Tantah que se trouvent le tombeau de Sid Ahmed el Badaoui et la principale zaouiya des Badaouiya, l'ordre national de l'Egypte par excellence. Mohammed et Hamza ZafFer entrèrent en relations avec les principaux chefs de cette puissante confrérie , et ils se disposaient à repartir pour la Tripolitaine, lorsque le premier fut, accidentellement dit-on, blessé d'un coup de pistolet par le Cheikh el Islam, dans une réunion à la zaouiya de Sid el Badaoui.

Guéri en quelques semaines par un médecin du pays, Mustapha Hakim, Mohammed Zafïer reçut à titre d'indemnité un présent de quarante guinées et se rendit à Alexandrie, afin d'y prendre le bateau de Tripoli.

Adressé au principal Moqaddera des Chadeliya de la ville, Cheikh Abd-el-Kader el Chadeli, il fit alors la connaissance d'un Marocain qui a joué un rôle important dans les menées panislamiques des dernières années, Brahim el Senoussi, et de quelques autres personnages religieux.

Il semble qu'au contact de ses nouveaux amis, tous mêlés aux intrigues politiques qui s'agitaient déjà en Orient, ses projets se modifièrent.

Au lieu de repartir pour la Tripolitaine, il s'embarqua en effet pour Constantinople, où grâce à quelques lettres de recommandations, il put s'aboucher avec Kheir ed Dine Pacha et le chef des eunuques, le Beiram Agha. Ceux-ci le présentèrent au prince Abd ul Hamid, neveu du sultan Abd ul Aziz.

Depuis longtemps ce dernier, par ses débordements, par le gaspillage effréné des finances de l'Empire, auquel il se livrait pour entretenir les neuf cents femmes de son sérail, était devenu impopulaire dans toute la Turquie. Les vrais croyants considéraient sa présence sur le trône comme un scandale, et tenaient au contraire en haute vénération le prince Abd ul Hamid , que sa piété semblait désigner comme le futur restaurateur de l'Islam.

Mohammed Zaffer, dans un moment d'exaltation prophétique, lui annonça son prochain avènement au trône.

Peu après, il quitta lui-même Constantinople, ayant

— Il) —

affilié à son ordre Kheir ed Dine Pacha et le chef des eunuques.

Il se rendit alors à Tunis, où le général Kheir ed Dine, homonyme du ministre turc, lui fit un accueil particulièrement empressé, puis revint à sa zaouiya de Mezrata. Mais, après un court séjour en Tripolitaine, il repartit pour Médine, ville natale de son père et où ses parents étaient encore nombreux.

C'est là que se trouvait Mohammed Zaffer, lorsque la déposition d'Abd ul Aziz et sa mort tragique mirent fin à la crise que subissait la Turquie.

Le prince Mourad, l'aîné des neveux du sultan lui succéda d'abord, mais la folie termina son règne au bout de trois mois, et son frère Abd ul Hamid le remplaça.

Peut-être les conseils du chef des Madaniya n'avaientils pas été étrangers à cette double révolution : il est d'autant plus permis de le supposer, que le chef des eunuques, qui lui était tout dévoué, y prit une part active J. En tout cas, la prédiction qu'il avait faite au nouveau Padischah, lui valut d'être appelé à ConstantinopJe et installé près du palais impérial, dans une dépendance de Yildiz Kiosk. On sait quelle influence Cheikh Zaffer a exercée depuis, sur la politique otto-

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