I. Moqaddem
Sid Mahmoud Daghestani.
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TAIBIYA
Comme la confrérie des Aissaoua, celle des Taibiya est marocaine. Fondée à la fin du if siècle de l'Hégire, par un Chérif de la famille impériale, Mouley Abdallah, c'est au petit-fils de celui-ci, Mouley Taieb, qu'elle doit son nom.
La zaouiya d'Ouezzan, créée par lui, est restée le centre métropolitain de l'association dont le chef prend ainsi le nom de Chérif d'Ouezzan, sous lequel il est généralement connu.
Malgré leur origine ChadeHenne, les Taibiya professent la doctrine du mysticisme extatique provoqué. Ils se distinguent, en outre, des Chadeliya par l'adoption du principe de la Baraka héréditaire, principe qui chez eux est absolu.
Aussi la direction de la confrérie s'est-elle perpétuée dans la famille de son fondateur. Son grand-maître conserve encore théoriquement sur tous les adeptes une autorité exclusive. Toutefois, d'assez graves s^nnptômes de désunion se manifestent depuis quelques années parmi les Taibiya.
Le Chérif actuel d'Ouezzan, Si Abdesselem ben el
Hadj èl Arbi, a épousé une Anglaise, institutrice des enfants d'un consul britannique. Froissée de l'attitude de ses compatriotes à son égard, la k princesse d'Ouezzan » qui a pris un grand ascendant sur son mari, l'a rendu très favorable à l'influence française. Il a en effet demandé le titre de citoyen français, qui n'a pu lui être accordé, puis celui de protégé, et a mis l'un de ses fils au lycée d'Alger. Aujourd'hui encore, après avoir fait pendant quelque temps, des avances marquées aux Espagnols, on peut le considérer comme rallié à notre cause.
Si Abdesselem est ainsi au Maroc, le partisan le plus puissant et le plus actif de la civilisation européenne. Mais les preuves qu'il a données de ses sentiments ont provoqué parmi ses coreligionnaires une assez vive émotion et quelques-uns des membres de sa famille en ont profité pour essayer de déterminer un schisme dans la confrérie. Sans avoir (Tomplètement réussi, ils ont du moins obtenu la défection de quelques-uns de ses partisans au Maroc même. En Algérie, où les Taibiya forment, dans l'Ouest et le Sud principalement, d'importantes congrégations, le reproche que les ennemis du Chérif lui font de s'adonner aux boissons importées de l'étranger, de même qu'il soutient la politique étrangère, paraît avoir également provoqué à son égard une désaffection qui s'accentue chaque jour.
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Ces symptômes d'une décadence prochaine sont plus marqués encore en Orient. Aussi les Taibi5''a n'y ont-ils plus qu'un rôle nominal. Ils ne se recrutent guère, à l'Est de la Tunisie, que parmi les Mogrebins d'Algérie ou du Maroc, assez nombreux dans toutes les villes commerçantes. C'est à cette classe qu'appartiennent ceux du Hedjaz, qui, en raison de leur origine étrangère, sont indépendants du Cheikh el Troûq. Leur attitude est au reste d'autant plus eflfacée, que si Abd es Selem paraît se désintéresser des succursales lointaines de la confrérie.
DERQAOUA
On a vu que la branche tripolitaine des Derqaoua, abandonnant les traditions chadeliennes , constitue aujourd'hui un groupe spécial, dont l'ingérence dans les questions de politique islamique est très active. Ce groupe seul a des représentants au Hedjaz. Les autres Derqaoua sont localisés au Maroc, en Algérie, en Tunisie.
Dès les premières années de sa fondation, par un chérif marocain, Mouley el Arbi el Derqaoui, au com-
mencement du xiiie siècle de l'Hégire, les adeptes de l'ordre montrèrent des tendances en apparence contradictoires. Mouley el Arbi, poussant la doctrine du désintéressement des biens de ce monde à la limite extrême, leur avait prêché une abstention complète vis à vis des détenteurs du pouvoir temporel. Beaucoup de ses disciples passèrent de l'indifférence qu'il leur recommandait ainsi, à une hostilité plus en harmonie avec les sentiments turbulents des tribus marocaines. Il se forma de la sorte, parmi les Derqaoua, deux écoles soumises à • la même doctrine politique , mais l'appliquant différemment.
Une divergence analogue se manifesta d'autre part dans leur règle, par le développement simultané des pratiques propres aux mystiques spiritualistes et aux extatiques.
Il n'en résulta cependant aucune scission doctrinaire dans les fractions occidentales de la confrérie. Elle ne conserva de cohésion organique qu'au Maroc, et se divisa en Algérie et en Tunisie, en petites congrégations relevant de zaouiya indépendantes. Mais malgré l'interprétation fort élastique donnée dans ces contrées aux principes.de la « voie », les éléments de l'ordre ne se séparèrent pas, comme on aurait pu le croire, en deux fractions distinctes. Ils restèrent intimement mélangés.
Les Derqaoua de la Tripolitaine ont au contraire
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répudié tout compromis de ce genre. Ils se sont ralliés d'une façon exclusive au système le plus opposé à l'esprit même des enseignements de Mouley el Arbi.
L'analyse du rôle général de la confrérie, au Maroc, en Algérie, en Tunisie, ne laisse pas que d'être assez délicate, dans les conditions que nous venons d'indiquer.
Ceux de ses membres qui se recrutent parmi les lettrés, les T'olba, dans les classes instruites de la société musulmane, affectent des sentiments aussi élevés, aussi larges que les Chadeliya purs.
Mais d'autre part, la masse populaire fournit un nombre important de Khouan Derqaoua, que distingue une exaltation farouche. Hâves, déguenillés, ils parcourent en temps de paix nos tribus algériennes, pour y propager de fausses nouvelles, comme autant de ferments de désordre, et il est peu de révoltes dirigées contre nous, auxquelles on ne les trouve mêlés.
La combinaison de deux éléments aussi hétérogènes ne saurait produire d'effet défini.
Pour ne prendre qu'un exemple, la plus importante des zaouiya de l'ordre en Algérie, celle de Boghari, semble parfois exercer dans le pays une double action. Ses chefs n'ont jarhais cessé d'entretenir avec nos administrateurs les meilleures relations, de se montrer en toute circonstance disposés à soutenir officiellement notre cause. Mais, en même temps, les mécontents, les
chefs indigènes révoqués, les représentants des grandes familles déchues, trouvent auprès d'eux un accueil empressé.
Pendant la dernière insurrection notamment, cette situation s'est manifestée d'une façon très nette. Le chef de la zaouiya. Cheikh el Missoum, s'était activement employé, en 1871, à calmer les esprits, et son attitude vis à vis des autorités locales justifiait encore en 1881, la plus entière confiance. Cependant, dès le début de la révolte des Oulad Sidi Cheikh, il entreprenait une propagande active chez les tribus telliennes de la province d'Alger, parmi lesquelles régnait une certaine inquiétude. Leur récent passage en territoire civil, avait en effet semblé à quelques-uns le gage d'une indépendance relative. Or, ce furent précisément ceux des indigènes que la nouvelle organisation menaçait le plus dans leurs intérêts, les anciens agents du commandement , et deux ou trois chefs , privés depuis peu de leurs fonctions , qu'il employa à cette propagande.
Une coïncidence de cette nature est au moins singugulière. Elle paraîtrait dénoter chez les Derqaoua l'existence d'un Ketman, d'un état de secret, analogue à celui des Soufi Persans i ou des Ibâdhites.
La constatation des faits qui précèdent, nous avait même conduit à soupçonner entre les Chadeliya