‹ Les confréries musulmanes du Hedjaz [microform]Chapitre 26 sur 52 · Moqaddem : Mohammed Djellal ed Dine · texte numérisé non relu

Moqaddem : Mohammed Djellal ed Dine

BADAOUIYA

Sid Ahmed el Badaoui, fondateur de l'ordre des Badaouiya, appartenait à une famille chérifienne, originaire du Hedjaz, et établie à Fez depuis quelque temps, à l'époque de sa naissance, vers la fia du vie siècle (H). Son père, Sid Ali ben Ibrahim, quitta le Maroc avec tous les siens quelques années après , pour aller se fixer de nouveau à La Mecque. Pendant le voyage, Sid Ahmed, âgé de onze ans, et le plus jeune de la famille portait habituellement, devant le bas de la figure, un voile en tissu léger que sa mère lui avait fait prendre, pour le préserver de la chaleur et de la poussière. Ses frères aînés, trouvant qu'il ressemblait ainsi aux jeunes Bédouins, lui donnèrent le surnom de Badaoui, qui lui resta, et devint plus tard le vocable de sa confrérie. On appelle cependant souvent aussi ses disciples, Ahamediya, de son véritable nom,

A en croire les hagiographes musulmans, Sid Ahmed se livra de bonne heure aux pratiques d'un ardent mysticisme. Dédaignant jusqu'aux joies de la famille, il refusa de se marier, pour se consacrer uniquement à la vie contemplative. Toutefois, il semble que des sentiments plus humains, aient parfois eu quelque écho dans

son cœur, car non seulement il est resté dans l'Islam le saint misécordieux par excellence, mais, de plus, l'histoire lui prête avec une pécheresse de La Mecque, Fatimah bent Berri, une idylle, dans laquelle celle-ci joua le rôle de la Madeleine juive.

Ce fut seulement à la mort de son père, en 629 (H), qu'il quitta le Hedjaz, pour aller se perfectionner dans l'étude des sciences religieuses, aux écoles de Syrie. Il était alors âgé de 33 ans. Accompagné de son frère Hassan, il se rendit d'abord à Bagdad, puis à Oum- Obeida, à la zaouiya de Sid Ahmed el Refaï.

De retour à La Mecque, trois ans après, Sid el Badaoui s'adonnait avec une ferveur exaltée aux exercices les plus durs du soufisme pratiquant, lorsque, pendant une extase, Sid Abd-el-Kader el Djilani et Sid Ahmed el Refaï lui apparurent et lui annoncèrent son apostolat en Egypte. Une autre vision du Prophète, le décida à suivre l'inspiration divine qui se manifestait ainsi, et il partit en 633 (H) pour Yambo, d'où, par Kosséir et Kéneh, il gagna la vallée du Nil.

Après un court séjour au Caire, il alla, sur les instances du Cheikh de Tantah, se fixer dans cette ville, qu'il ne quitta plus jusqu'à sa mort en 675.

L'historique complet de la fondation de la confrérie des Badouiya, que l'abondance des documents permet de reconstituer assez aisément, pourrait présenter un

certain intérêt. Mais il comporterait de longs détails, dont nous résumerons seulement les principaux.

Sid Ahmed el Badaoui, dès son arrivée à Tantah, s'était installé chez Dara, ibn Choait, le Cheikh qui l'y avait amené. Il se borna pendant les premières années à recevoir, sans faire aucune propagande extérieure, les fidèles, que sa réputation de sainteté attirait autour de lui. Le toit de la maison de son hôte était devenu son séjour de prédilection. Il y passait ses journées et ses nuits, « afin, disait-U, de pouvoir toujours contempler le « ciel. » Les plus fervents de ses disciples, durent à son habitude de les réunir sur cette terrasse (Sattat), le nom de Sattaouiya. Tel fut le premier lien qui s'établit entre eux.

Sans songer aucunement à formuler dès lors les règles nécessaires à une confrérie, Sid el Badaoui cherchait surtout à développer la foi chez les.tièdes, à diriger le zèle des autres. Il enseignait, il est vrai, les doctrines morales et mystiques, auxquelles l'avaient conduit ses méditations, mais sans les codifier en préceptes absolus. Lorsqu'en 643 (H), l'Egypte, débarrassée depuis vingt-cinq ans de la menace d'une invasion chrétienne, se trouva de nouveau sous le coup d'une guerre de religion , le péril de l'Islam détermina l'apôtre à prendre une autre attitude. Utilisant son influence sur les Fellah, les habitants de la campagne, que la bonté de

son accueil avait rapidement séduits, il envoya ses disciples prêcher parmi eux l'appel aux armes, et promettre en son nom le salut éternel, aux défenseurs de la cause sacrée. Promesses divines de sa part , engagements réciproques de ceux qui se groupèrent autour de ses envoyés, tels furent alors les termes du pacte mystique qui consacrait la fondation de l'ordre nouveau.

Après la prise de Damiette et le combat de Mansourah vint la bataille de Fareskour, où le roi de France, Louis IX, et ses meilleurs chevaliers tombèrent aux mains des musulmans vainqueurs. Les Badaouiya y prirent leur part , et les armures des Francs tués par eux servaient, il y a quelques années encore, lors du Mouloud, de la fête anniversaire de Sid el Badaoui, à rappeler ce triomphe i.

La confrérie eut donc comme base à l'origine l'union des vrais croyants dans la guerre sainte.

Elle se répandit d'autant plus rapidement, et à la mort de son fondateur elle comptait déjà des Khalifats provinciaux en Tunisie 2, en Tripolitaine 3, en Syrie 4, dans

1. On revêtait des esclaves de ces armures, à la fin de la quatrième nuit du Mouloud, et un simulacre de combat s'engageait entre eux et les Khouan, dans la grande mosquée de Tantali. On comprend ce que devait être cette lutte commémorative de la défaite des chrétiens. Il a paru prudent, sous la domination actuelle, d'abandonner cette coutume.

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