Cheikh Ahmed ibn Alaouan
2. Cette zaouiy.i était, à la mort de Sid el Badaoui, dirigée par Cheikh el Bachir.
publiques : il vécut dès lors, disent ses biographes, dans un état d'extase continuelle, et c'est à cette période de son existence que sont rapportés la plupart de ses miracles. On lui attribue de nombreuses guérisons de maladies incurables , par le simple attouchement de ses vêtements. Aujourd'hui encore, le voisinage de son tombeau suffit, dit-on, pour rendre la fécondité aux femmes stériles.
Quoi qu'il en soit de ces manifestations de la sainteté de Sid el Badaoui, elles le firent regarder, de son vivant même, comme dépositaire tout puissant de la Baraka divine. De la un premier caractère de son ordre, dont l'organisation hiérarchique put être ainsi basée sur le principe de l'hérédité familiale. N'ayant pas d'enfants, il fut remplacé par le plus en vue de ses disciples , qui , déjà vicaire, représentant du maître, son Khalifat en un mot, pendant sa vie, le resta après sa mort. Mais les chefs de la confrérie ne tardèrent pas à faire de leurs charges des apanages de famille.
On ne leur attribua cependant pas toute la Baraka de l'apôtre, comme le cas s'est produit dans d'autres confréries. Sid el Badaoui est resté le véritable initiateur pour ses adeptes. « Je suis, disait-il, à ceux qui suivent ma voie, ce que le Prophète est à tous les musulmans. »
Tel est, en effet, le sentiment de tous les Badaouiya.
L'invocation la Badaoui ! la Badaoui ! remplace souvent, à leurs yeux, la prière même, et malgré les plus violentes accusations d'hérésie, ils ont pour leur premier chef une vénération qui va jusqu'au culte.
Culte spécial d'ailleurs, au moins par quelques-unes de ses manifestations, car, sous l'influence d'anciennes traditions locales, de la croyance au pouvoir miraculeux du saint, à sa miséricorde infinie, les fêtes célébrées en son honneur à Tantah, se transforment en véritables saturnales. Les aimées qui, depuis Fatimah bent Berri, le regardent comme leur patron, les femmes infécondes qui espèrent en la toute puissance de son intercession, beaucoup d'autres, entraînées seulement parla contagion de l'exemple, affluent à ces fêtes, à ces Mouloud, pour y devenir les prêtresses de rites nocturnes, rappelant ceux de l'ancienne Astarté.
Le soir, tous les pèlerins, rassemblés par confréries dans d'immenses tentes, dressées comme le camp d'une armée, consacrent de longues heures à des Hadra frénétiques. Puis, lorsqu'ils se dispersent, à la grande scène d'hystérie religieuse, succède dans l'ombre celle d'hystérie sexuelle.
Les groupes enlacés roulent dans la mosquée même, jusqu'au pied du tombeau de Sid el Badaoui, et dans l'enceinte sacrée, la fille publique fait l'offirande de son corps aux bras du premier Khouan venu, à côté de la
femme légitime, qui cherche une postérité loin du lit conjugal.
Ces mœurs d'un âge qui s'en va, ont perdu beaucoup de terrain, depuis que l'Egypte s'est ouverte à la civilisation européenne. Toutefois, les tableaux de genre qu'elles figuraient périodiquement, subsistent encore, dans une note plus sobre, et en s' aidant des souvenirs de la génération actuelle, il est facile, avec ce qui en reste, de les reconstituer tout entiers.
Malgré le caractère particulier qu'offrent ainsi ses grandes cérémonies religieuses, la confrérie des Badaouiya ne se distingue guère de beaucoup d'autres, quant à sa doctrine générale.
Celle-ci comprend, il est vrai, de nombreuses obligations nettement spécifiées : connaissance de Dieu, obéissance aux décrets de la providence, observation de la Sounna, innocence de cœur, etc. Mais ces prescriptions, qui sont celles mêmes de l'Islam, n'ont, pour les Badaouiya, que la valeur de simples généralités.
Il suffit, après avoir indiqué ce qu'est resté Sid el Badaoui pour les adeptes de sa « Voie », de dire que le principe fondamental de l'ordre est le mysticisme extatique, pour achever d'en définir la nature.
Le rituel des Badaouiya ne présente pas non plus de particularités remarquables, tout au moins en ce qui concerne l'initiation, les prières journalières et la Hadra.
Toutefois deux de leurs pratiques méritent une mention moins sommaire : l'une, celle de la Kherga, parce qu'elle est spéciale, sous cette forme, aux ordres d'Orient, à ceux d'Egypte surtout; l'autre, celle de l'aumône pieuse, parce qu'elle jette un jour utile sur les agissements des associations religieuses, à l'époque moderne.
La Kherga n'est pas, chez les Badaouiya, un simple symbole, comme dans beaucoup de confréries, celles de l'Afrique occidentale notamment, mais bien un signe distinctif.
Nous avons dit, à propos des Chadeliya qui ont adopté la Kherga des Soufi et la conservent encore au figuré, quelle est l'origine de cette coutume.
Le Prophète, enlevé au Paradis par l'ange Gabriel, en rapporta des vêtements célestes qu'il distribua plus tard à ses familiers. Ceux-ci les donnèrent ou en donnèrent d'autres aux leurs. Ainsi se trouva établi dans l'Islam , l'usage de la consécration des liens qui unissent le maître à ses disciples, par le don de vêtements ou lambeaux de vêtements.
Dès les premiers temps de l'Hégire, beaucoup de croyants fort sincères émirent quelques doutes sur le voyage nocturne du Prophète. Sa femme, Aïcha, se prétendait fondée à nier son absence, cette nuit-là, et son témoignage n'était pas sans valeur. Quelques-uns crurent donc plutôt à une vision. A leur école, appar-
ie
tiennent les partisans de la Kherga symbolique, dont la transmission est purement figurative. Pour les autres, le don de la Kherga s'effectue réellement, et elle doit être portée d'une manière effective.
D'après eux, le Prophète donna dans une première circonstance ses propres vêtements à son beau-père, Abou Beker ben Seddik, à son gendre, Ali ben Abou Thaleb, à Ahnas ibn Malek, Omar ibn Khettab, pour qu'ils s'en servissent après lui, suivant la coutume arabe.
Une autre fois, il remit à une femme, Oumm Khaled, un caftan noir, pour la récompenser d'un verre d'eau qu'elle lui avait apporté.
Enfin Abd ul Rahman ibn Of et Ali ben Abou Thaleb, chargés d'une mission périlleuse pendant l'expédition contre les Juifs de Khaïbar, reçurent de lui des turbans à titre d'encouragement.
De là trois significations distinctes de la Kherga, à laquelle s'appliquent trois dénominations correspondantes. EUe peut être :
Kherga de ressemblance.
Kherga de bénédiction.
Kherga de volonté.
Dans le premier cas, c'est une simple relique, « préce cieuse, dit un auteur musulman moderne i, parce
I. Ashar OraarDia ed Dine, des Nakediabendiya de Constantinople, dans un petit opuscule publié en 1883.
« que, de même qu'on peut prendre pour un voleur, un « individu qui porte les vêtements d'un voleur, avoir la « Kherga fait ressembler au saint duquel on la tient. »
Quant à la Kherga de bénédiction, d'après le même docteur, « lorsque le disciple qui en est revêtu la sent, il K sent aussi l'odeur bienfaisante de son Cheikh. »
La troisième sorte de Kherga, celle de volonté, représente à la fois un gage de l'obéissance de l'adepte qui en est revêtu et des ordres de son chef spirituel. La revêtir constitue dans quelques ordres une forme d'initiation et tel est, croyons-nous, le cas chez les Senoussiya.
Les Badaouiya se sont bornés à adopter la Kherga de ressemblance, que Sid el Badaoui a choisie rouge, son ancêtre, Ali ben Abou Thaleb, ayant, dit-on, reçu des vêtements de cette couleur, lors de la première distribution faite par le Prophète. Ils la portent actuellement, dans les circonstances solennelles, sous forme de turbans rouges, qui permettent de les reconnaître facilement. La même coutume est admise par nombre de confréries en Orient : mais chacune a sa couleurpropre. Elles se distinguent ainsi les unes des autres. L'importance d'un tel usage est, au reste, fort restreinte : il n'est intéressant que comme détail de mœurs locales.
Tout autre est la question des aumônes religieuses, qui, chez les Badaouiya, atteignent un développement excessif. Nous avons entendu qualifier cette pratique
d'opération de « banque », par le cadi d'Assouan, et en efïet, aucun terme ne peut caractériser plus énergiquement, les scandales de l'exploitation à laquelle se livrent les Cheikh des différentes confréries en Egypte, étant donné que « banque » est, pour tous les indigènes du pays, synonyme d'usure.
L'aumône ou offrande religieuse, telle que la prescrivent les ordres musulmans, présente différents caractères et porte les noms de Seddaka, Ziara, Hadia, Gheffar, ou Neder, suivant les cas.
La Seddaka est l'aumône proprement dite, la charité. Elle consiste en secours donnés aux pauvres et dont l'importance varie au gré de la générosité de chacun. Bien que recommandée par tous les Cheikh, elle ne constitue pas une pratique spéciale aux ordres religieux et se confond d'ailleurs avec l'exercice de l'hospitalité, si largement pratiquée dans les pays musulmans.
La Ziara, à proprement parler, visite pieuse d'un disciple à son maître spirituel, d'un fidèle au tombeau d'un saint, est aussi, par extension, une offrande qui devient dans l'usage, le principal but de cette visite.
La Hadia est à la fois une contribution, une amende en nature ou en argent payée par le Mourid à son chef liiérarchique, soit lors de son initiation, soit en toute autre circonstance, et une aumône faite sous la forme d'un repas public, auquel assiste qui veut.
Le Gheffar, conformément au sens propre de ce mot « Pardon », est en principe une offrande propitiatoire ou de pénitence, et devient sous la première forme, un tribut prélevé par certains ordres comme un impôt. Nous avons vu comment il existe sous la seconde, chez les Khelouatiya et dans quelques autres confréries.
Enfin, le Neder ou Ouada, suivant les régions, a la forme du vœu. Un père de famille, par exemple, implorant pour ses enfants la bénédiction d'un saint, à l'ordre duquel il appartient, fait vœu « Neder » d'abattre tous les ans, en son honneur, un chameau, un bœuf, un mouton, destiné à un repas, Zerda, auquel il invite son Moqaddem, ses Khouan.
La Ziara, la Hadia et le Gheffar surtout, constituent les offrandes pieuses, recommandées dans les ordres.
La Ziara conserve toujours son caractère distinct. Dans quelques contrées, au contraire, la Hadia et le Gheffar se confondent. Tout au moins la Hadia d'Orient, peutelle être assimilée au Gheffar du Moghreb à quelques égards. Mais c'est l'offrande par excellence dans les confréries chérifiennes d'Egypte et de Syrie, en vertu d'une tradition d'après laquelle le Prophète aurait refusé les dons qu'on lui apportait sous forme de Ziara et de Seddaka , pour accepter seulement ceux de Hadia. Elle revêt même dans ces confréries la forme du Neder.
Tels sont les différents modes sous lesquels les
Badaouiya pratiquent l'offrande religieuse, à la fois comme aumône générale, donnée en repas publics, et comme contributions en espèces , payées par les Mourid à leurs Moqaddem.
Il suffit, pour montrer combien ces redevances sont considérables, de citer une statistique officielle, d'après laquelle il a été abattu dans la petite ville de Tantah, du 8 au 16 avril 1886, lors d'un des Mouloud de Sid el Badaoui, 696 moutons, 57 buffles, 11 bœufs et 3 chameaux, destinés presque tous à des repas de Hadia. Nous avons vu nous même, alors, dans une salle de la zaouiya, où un de ses chefs , entouré de hauts dignitaires du clergé du Caire, recevait les visiteurs, un morceau de journal rempli de guinées et de louis, qui provenaient sans doute des dons de la journée.
En un mot, chez les Badaouiya d'Egypte, l'exploitation du mourid par le Cheikh a pris des proportions telles que, par comparaison, ce qui se passe dans les ordres algériens semble insignifiant. Il en est résulté une simonie générale : presque toutes les charges sont mises à l'encan, aussi bien celles de Moqaddem et de Khalifat que les emplois plus modestes de :
Naquib el Sedjada (porteur du tapis du Cheikh) ;
Naquib el Kaoua (préposé au café pour les Hadra faites chez les particuliers ou dans quelques mosquées auxquelles sont attachées des fondations spéciales) ;
Naquib el Ma (préposé à l'eau, pour les Hadra) ;
Naquib el Zei (préposé aux torches dans les fêtes de nuit) ;
Naquib el Chemâa (préposé à la bougie, pour l'éclairage dans les Hadra), etc.
La nomination à ces derniers emplois appartient soit aux Moqaddem , soit aux Khalifat. Les Moqaddem sont désignés par ceux-ci qui, eux-mêmes, reçoivent l'investiture du Cheikh el Troûq,
De la plus infime à la plus élevée, chaque charge comporte, grâce aux offrandes pieuses, des bénéfices proportionnés à son importance. Toutes par suite se vendent plus ou moins , sauf celles qui sont héréditaires. Encore leur prise de possession comporte-t-elle maintenant, en vertu d'un usage reçu, des redevances onéreuses pour les titulaires.
Il n'est aucun ordre en Egypte où cette situation soit aussi accusée actuellement que chez les Badaouiya, Dans tous cependant, sauf quelques groupes de Khelouatiya et de Chadeliya indépendants, elle s'est assez développée, pour que nous ayons entendu des hommes impartiaux, évaluer au montant même des impôts, sinon davantage, les sommes qu'arrachent chaque année aux Fellah, leurs maîtres spirituels.
Mais les Badaouiya des autres pays sont restés plus fidèles à l'esprit de leur règle et, pour eux, les oflfrandes
religieuses ne sont pas devenues des redevances onéreuses, apanages de quelques fonctions.
Elles doivent leur caractère, dans la vallée du Nil, à une situation sociale assez connue, pour qu'il soit inutile d'en parler plus longuement.
Sid Ahmed el Badaoui ne put assurément prévoir ce que deviendrait ainsi son oeuvre entre les mains de ses successeurs. Les premiers vicaires de la confrérie s'attachèrent d'ailleurs à suivre fidèlement les traditions qu'il leur avait léguées, à imiter sa mansuétude , et l'exemple de ses vertus. Le soin des intérêts spirituels dont ils étaient chargés, les travaux nécessaires pour recueillir l'enseignement de leur maître, codifier la règle et le rituel dont il avait seulement établi les principes, les occupèrent uniquement.
Mais l'extrême popularité de l'ordre, les richesses qui affluaient de toute part entre les mains de ses chefs, créèrent bientôt à ceux-ci une situation qui leur fit oublier les devoirs du Fakir, du pauvre spirituel.
Du vivant même de Sid el Badaoui, les souverains d'Egypte le traitaient avec une telle déférence qu'en 671 (H), l'Emir Qalaoun el Elfy, au retour de la victorieuse campagne qui lui valut la main de la fille de son suzerain , El Melek el Daher Beybars, envoya à Tantah avec une véritable ambassade, sous la conduite de Cheikh Ali el Beridi, les dépouilles du chef Tartar Abakhah Khân.
Quelques années plus tard, un Moqaddem de la confrérie , Cheikh Youssef Abou Seiadi Ismail el Imbabi , chargé de fonder une zaouiya à Boulaq, près du Caire, fut reçu dans cette ville par une députation des notables, qui tinrent à honneur de l'héberger. Sa suite, dit la chronique, était si nombreuse, qu'il leur fut impossible de la nourrir tout entière.
L'héritage laissé aux nouveaux grands maîtres de l'ordre était donc lourd à porter : ils ne tardèrent pas à mettre leur influence au service de leurs intérêts privés, à se créer dans le pays une autorité politique qui devint aussi étendue que leur ascendant religieux,
A la solde des sultans, contribuant à l'élévation de celui-ci, au renversement de celui-là, ils finirent même par les accompagner dans leurs expéditions lointaines, levant de véritables armées parmi les Khouan.
Tel fut le grand maître Cheikh Mohammed ben Salem ben Zomar, qui, en 922 (H), périt avec le sultan Selim, à la bataille de Merg Dabek près d'Alep.
Ces tendances avaient naturellement provoqué dans la confrérie des rivalités intestines, des compétitions qui amoindrissaient singulièrement son prestige. Au milieu du ixe siècle, le grand maître Abd el Kerim ibn Ali ibn Mohammed fut assassiné par un rival, et presque tous les adeptes de l'ordre à l'étranger l'abandonnèrent. Ce fut seulement au commencement du x« siècle, sous la
direction de Salem ibn Zomar, le père de Cheikh Mohammed ibn Salem, que de nouvelles succursales purent êtres rétablies en Syrie et au Hedjaz. Mais dépossédé lui-même, Salem fut tour à tour remplacé par son fils Ibrahim, à peine âgé de quinze ans, et sous lequel les Moqaddem devinrent de véritables Maires du Palais, puis par un autre de ses enfants.
Les chefs de la zaouiya de Tantah ne tardèrent pas, dans ces conditions, à perdre toute autorité. De nombreuses branches se rendirent indépendantes et, tout en conser\'ant Sid Amed el Badaoui comme patron, formèrent des congrégations isolées.
Sans entrer dans le détail des défections successives, qui ont ainsi rompu l'unité primitive de la confrérie, il suffit de dire qu'aujourd'hui sa situation organique est tout à fait analogue à celle des Kadriya.
Le rôle le plus important appartient à l'Oukhil de la zaouiya, au gardien du tombeau du saint. Cheikh Mohammed el Chennaoui, qui n'a pas d'autorité spirirituelle sur les Khouan, mais doit une influence bien plus solide aux revenus considérables qu'il est chargé de
gérer.
Le véritable héritier des grands maîtres, Sid Mohammed Chems ed Dine, bien qu'investi officiellement du titre de Cheikh el Sedjada de la confrérie, en Egypte, n'est en réahté que le chef d'un seul groupe, celui des Chemsiya.
Les autres branches sont, dans le pays même, au nombre de douze i. Toutes adoptent la dénomination générale de Badaouiya Ahamediya; elles n'en sont pas moins profondément séparées, presque étrangères les unes aux autres, par leur organisation intérieure. Chacune en effet reconnaît exclusivement l'autorité de son propre chef.
Mais, au point de vue doctrinaire, de faibles divergences de rituel les divisent seules. Ainsi l'une d'elles, celle des Chennaouiya , a une prière spéciale, « Ouerd des sept jours, » qui consiste à répéter tous les soirs 1.360 fois un court verset du Koran. Elle jouit en outre d'un privilège particulier : au Mouloud, anniversaire de la naissance de Sid el Badaoui, son chef entre dans la grande mosquée, monté sur un âne rouge que la foule épile tout vivant, pour s'en partager les poils, auxquels on attribue une vertu miraculeuse.
Les autres branches se distinguent de même par quelques pratiques qui leur sont propres, mais dont aucune n'a plus d'importance.
Bien que l'ordre ait pris naissance en Egypte, et que, pendant les premiers temps de son existence, la zaouiya de Tantah ait conservé la direction de ses succursales
I. Chemsiya ou Merazka, Chennaouiya, Choaibiya, Halabiya, Hamou diya, Imbabiya, Kennasiya, Sellemiya, Zahediya, Menoufiya, Teskianiya, Sofouatiya Sanadkiya.
étrangères, aucun des groupes de Badaouiya encore établis dans d'autres pays n'a actuellement d'attaches hiérarchiques avec les fractions égyptiennes.
Après la conquête du Soudan par les armées Khédiviales, plusieurs avaient réussi, grâce à l'appui du gouvernement, à recruter de nombreux prosélytes dans cette région. Elles y étaient encore représentées par des Moqaddem relevant directement de leurs chefs, lorsque l'insurrection Mahdiste rompit brusquement les liens des nouvelles congrégations avec les branches métropolitaines. Les Badaouiya du Soudan sont donc, malgré leur origine, indépendants aujourd'hui de ceux d'Egypte.
A l'ouest de cette contrée, il n'existe plus, croyonsnous, aucun groupe d'adeptes de l'ordre, et ceux de Syrie n'ont qu'un seul établissement de quelque importance, à Alep I. Ils forment une confrérie locale dont les chefs envoient de temps à autres des représentants au pèlerinage de Tantah, sans avoir aucune relation régulière avec leurs collègues de la vallée du 'Nil.
Il en est de même des Badaouiya du Hedjaz qui, de tout temps, ont été fort nombreux.
On a vu que du vivant de Sid Ahmed el Badaouî, son frère Cheikh Hassan avait fondé une zaouiya à La Mecque. Originaire du pays, la famille du saint y avait