‹ Les confréries musulmanes du Hedjaz [microform]Chapitre 35 sur 52 · I. Moqaddem actuels · texte numérisé non relu

I. Moqaddem actuels

Sid Ahmed er Refai ben Sid Ak'il.

Cheikh Asar Djelloul.

l'empire. En outre , un traitement , sous forme de dons en nature, est affecté à ceux des Cheikh el Sedjada, qui, indépendamment de l'investiture du Cheikh el Troûq , demandent celle du gouvernement métropolitain.

Sur l'intervention du Cheikh Abou el Houda, les chefs des Refaiya de La Mecque, Médine et Djeddah furent partculièrement comblés des marques de la faveur impériale. Il n'en fallut pas davantage pour les mettre à sa dévotion, et pendant toute la durée de l'agitation panislamique , ils lui servirent d'agents de propagande parmi les pèlerins.

C'est donc à bon droit que les Refaiya du Hedjaz ont été signalés comme comptant au nombre des ennemis les plus acharnés de la civilisation européenne.

Au reste, les doctrines mystico-extatiques , les tendances exaltées de la confrérie, doivent en toute façon la faire classer parmi celles dont l'existence peut à un moment donné menacer l'ordre public, dans les quelques pays où ses adeptes forment des groupes importants.

SAADIYA

L'ordre des Saadiya a beaucoup d'analogie avec le précédent, dont il n'est d'ailleurs qu'une branche. Tou-

tefois, cette origine paraissant les subordonner en quelque sorte à ces derniers, la plupart de leurs chefs la rejettent formellement. Pour donner plus de poids à cette manière de voir, l'un deux, Sid Hamouda el Kliodri, actuellement Cheikh el Sedjada de la branche égyptienne, a cru devoir faire naître le fondateur de l'ordre, Saad ed Dine el Djebaoui, en 460 de l'Hégire, un peu avant Sid Ahmed er Refaî , alors qu'il naquit en réalité dans la seconde moitié du vif siècle (H). Cet anachronisme s'explique par les nécessités de la propagande au Soudan en vue de laquelle a été fait spécialenient, il y a quelques années, l'opuscule où nous l'avons découvert i.

La concurrence était fort acharnée entre les Refaiya et les Saadiya qui, grâce à la fertilité d'esprit dont leur chef fit preuve en cette circonstance et dans d'autres, réussirent à établir la supériorité de leur saint aux yeux des populations du Nil supérieur. Moins habiles, leurs rivaux se virent bientôt supplantés.

Au reste, Saad ed Dine el Djebaoui lui-même, quoique devenu sur la fin de sa vie un grand saint, avait débuté par une existence agitée, au cours de laquelle il eut souvent occasion de se montrer peu rigoriste.

Il appartenait à une riche famille de Damas et des-

I . El Roudhat cl Bahiat, pi3r Sid Hamouda el Khodri. — Boulaq.

cendait par son père d'un ancêtre du Prophète, Adnan Abou Mâad; par sa mère, des chorfa Oulad Haoussin, de la branche de Djâafer el Saddok. Sa jeunesse fut orageuse et ses désordres l'ayant fait chasser de la maison paternelle, il se joignit à une bande de brigands, dont il devint le chef. Pendant de longues années, installé dans les repaires impénétrables des forêts de l'Haouran, il coupa impunément les routes entre Bagdad et Bozra.

Un jour, dit la légende, trois voyageurs arrivèrent sur le chemin où il se tenait embusqué. C'étaient le Prophète et deux autres envoyés célestes. Saad ed Dine en se rapprochant d'eux fut précipité à terre de son cheval, par une force mystérieuse, et frappé d'immobilité sans perdre toutefois connaissance. Le Prophète alors toucha sa poitrine en disant : « Estarfer Allah » — pardonne, ô Dieu, — et le repentir en pénétrant son cœur rendit la vie à ses membres. Puis Mahomet, prenant un fruit que lui tendait un de ses compagnons, le donna au coupable prosterné, après l'avoir marqué de sa salive, en signe de pardon. Tous trois disparurent ensuite, laissant Saad ed Dine el Djebaoui plongé dans l'extase de cette miraculeuse apparition.

Autant jusqu'alors les exploits du futur saint avaient attiré une réprobation universelle sur son nom, autant dès lors l'éclat de ses vertus lui concilia le respect et la

vénération de tous. Il passa d'abord de longues années dans une retraite sévère, s'adonnant aux pratiques de l'ascétisme le plus rigoureux, d'après la règle de Sid Ahmed el Refaï, à laquelle il s'était fait initier. Puis il se rendit à La Mecque où il séjourna assez longtemps et fut attaché au service de la Grande Mosquée. De là il revint dans son pays natal et se fixa enfin à Djaba près de Damas.

Les disciples, chaque jour plus nombreux, qui s'établirent près de lui, adoptèrent bientôt son vocable, et sa confrérie ne tarda pas à se répandre dans l'Orient. Jusqu'à sa mort, à un âge très avancé, Saad ed Dine ne cessa, disent ses historiens, « de donner les preuves d'une sainteté évidente. »

Il semble néanmoins que le souvenir des fâcheux exemples de sa jeunesse n'ait pas été entièrement effacé par ceux de sa vieillesse. Des désordres assez graves se produisirent, en effet, à plusieurs reprises, dans quelques branches de sa famille.

Ibn KheUikan cite notamment dans son dictionnaire biographique, comme ayant eu des moeurs fort légères, le Khalifat des Saadiya d'Alep à la fin du x^ siècle. Ce Cheikh, Abou el Ouafa ibn Mohammed, avait été surpris, quelque temps avant sa nomination, en flagrant délit d'adultère avec la femme d'un habitant de Damas. Jeté en prison par le gouverneur de la ville, il

ne put en sortir qu'à prix d'argent. C'est sur ses entrefaites que son père, chef de la zaoui3'a d'Alep, étant mort, il fut appelé à lui succéder.

Son aventure avait fait quelque bruit. Le grand maître de l'ordre en Syrie, Sid Saad ed Dine ibn Mohammed, crut donc devoir le destituer et lui donner un remplaçant, Cheikh Abd er Rahim. Mais Abou el Ouafa, auquel cette décision fut notifiée par le Cadi d'Alep, refusa de s'y soumettre, déclarant se considérer comme héritier de son père, beaucoup plus que comme féal du Cheikh de Damas, de Saad ed Dine.

Néanmoins une circulaire envoyée par celui-ci aux Khouan d'Alep, pour les mettre en demeure de se conformer à sa décision, lui ayant enlevé beaucoup de partisans, Abou el Ouafa se décida à partir pour la zaouiya métropolitaine avec de riches cadeaux. Un frère d'Abd er Rahim Vy avait devancé, et il éprouva d'abord quelque peine à se faire entendre.

Sa démarche finit cependant par être suivie d'un demi-succès, et il revint avec l'autorisation de rouvrir sa zaouiya. Celle d'Abd er Rahim n'a3''ant pas été fermée, la rivalité des deux Cheikh détermina entre leurs disciples une animosité qui, à la longue, provoqua des rixes sanglantes.

Il fallut pour y mettre fin, qu'un fils du grand maître, plus énergique que son père, vînt sur les Heux. Abd er

Rahim fut exilé dans une petite zaouiya de la campagne, et Abou el Ouafa, envoyé en Tripolitaine comme Naïb.

Les faits de ce genre paraissent avoir été assez nombreux dans l'histoire des Saadiya , au début surtout , et le développement de la confrérie s'en ressentit. Ce fut au commencement du xi^ siècle , sous le pontificat d'Ibrahim el Kebir, chef de la branche égyptienne, qu'il atteignit son apogée. L'ordre possédait alors des succursales, en Afrique, dans toute l'Egypte et la Tripolitaine; en Asie, dans toutes les contrées situées à l'ouest de la Perse.

Mais comme dans toutes les confréries chérifiennes , comme dans celles des Kadriya, des Refaiya, etc., la rivalité des descendants de Saad ed Dine el Djebaoui n'avait pas tardé à déterminer quelques scissions. La branche égyptienne, fondée du vivant même du saint, par un de ses fils, Mohammed Chems ed Dine, qui succéda ensuite à son père comme grand maître, se rendit indépendante, sous son deuxième chef. Cheikh Younès, fils du précédent.

En Tripolitaine, les Saadiya cessèrent dès le milieu du xie siècle de former une congrégation importante.

Vers la même époque, ceux de Syrie se divisèrent en deux fractions, les Oufaiya et les Abd es Sellemtiya, qui sont encore aujourd'hui représentés par les zaouiya d'Alep et de Damas.

Un autre groupe se constitua dans l'Irak Arabi, et plusieurs moins importants dans les différentes régions de l'Arabie, tous dirigés par Chorfa de la race de Saad ed Dine el Djebaoui, rivaux par cela même, et hostiles les uns aux autres.

Aujourd'hui, les Saadiya d'Egypte représentent, avec les adeptes qu'ils ont faits au Soudan, la branche principale. Elle est sous la direction de Cheikh Hamouda el Khodri. Celle d'Alep dirigée par Cheikh Kaddour, vient ensuite. Les autres ont perdu toute cohésion, et leurs zaouiya, assez nombreuses cependant, sont isolées pour la plupart.

Considéré uniquement au point de vue numérique, l'ordre des Saadiya ne tient pas dans l'Islam un rang plus élevé que celui des Refaiya. Mais l'origine plus illustre de son fondateur , le classe avant ce dernier, parmi les confréries seigneuriales, dans lesquelles l'influence religieuse, due à l'hérédité de la Baraka, se confond avec l'influence nobiUaire. Son rôle dans l'Islam est donc plus important, et il peut n'être pas inutile de dire quelques mots de sa doctrine, de sa règle, surtout, qui présente d'ailleurs des particularités intéressantes.

On a vu qu'après avoir trouvé son chemin de Damas, sur la route de cette ville, dans l'Haouran, Saad ed Dine el Djebaoui s'était fait Refai.

Bien qu'ayant plus tard approfondi personnellement les sciences religieuses, il resta fidèle à l'enseignement qu'il avait tout d'abord reçu. Il a conservé la doctrine du mysticisme extatique des Refaiya et celle de l'essence presque surnaturelle du Cheikh el Triqa, Enfin, comme Sid el Refai, il a légué à sa confrérie les pratiques fakiristes qu'on retrouve chez les Aissaoua.

A bien des égards, les Saadiya rappellent ainsi les Refaiya dont ils sont issus. Mais ils s'en écartent sur quelques points.

L'histoire de la conversion de Saad ed Dine el Djebaoui est en partie une légende symbolique dont la trace se reconnaît dans les règles de l'ordre. En souvenir du pardon accordé au saint par le Prophète, la pénitence est restée la base de l'initiation, dont le verset du Koran « Estarfer Allah el Azim » — « Pardonne, ô Dieu, etc. » — est la principale formule. Le Telquin, premier degré de l'initiation, ne se donne pas uniquement, comme dans les autres confréries, par la poignée de main rappelant celle du Prophète à ses disciples. C'est en remettant au néophyte un fruit mouillé de sa salive, que le Cheikh l'admet au nombre des Mourid, dans quelques branches syriennes tout au moins.

L'extase de Saad ed Dine, après l'apparition des envoyés célestes, a aussi laissé sa trace : C'est surtout à l'extase dans l'invocation au Prophète, que ten-

dent les Saadiya. Enfin, à l'imitation de leur Cheikh, qui vécut longtemps à l'écart des hommes dans les forêts montagneuses d'Haouran, ils s'adonnent particulièrement à la Kheloua, dans des lieux sauvages.

Ce sont donc plus encore que les Refaiya, des Khouan extatiques.

Sous la forme à la fois mystique et imagée que revêtent souvent les instructions de ce genre, leurs tendance et l'état auquel arrivent quelques-uns d'entre eux, se trouvent décrits d'une façon pittoresque, dans un brevet du Moqaddem égyptien Si Mostefa el Oûf, que nous avons eu entre les mains.

« Leurs visages, dit l'auteur de ce brevet, Sid Ahmed « Mohammed el Khodri, décèlent la pureté de leurs « coeurs.

« Us reflètent la majesté de Dieu. Et Dieu les a « doués d'un parfum dont les effluves se répandent « autour d'eux. Si on leur parle de 1' « Ami» (Cheikh « Saad ed Dine el Djebaoui), une écume de perles sort de « leur bouche. En apparence, ils semblent ivres. Ils « parcourent les montagnes comme des furieux. On « les prendrait pour des fous , mais c'est seulement « l'amour de Dieu qui se manifeste en eux. Les mon- « tagnes sont les piquets (aoutad) de la terre. Ils sont, « eux, les piquets des montagnes. Partout où ils vont, « les montagnes les saluent et les animaux sauvages

« sont leurs compagnons. Les arbres leur obéissent, les « vents les saluent en sifflant. »

En simple prose, l'hystérie religieuse revêt, chez les Saadiya arrivés au délire extatique par la Kheloua, une forme particulièrement farouche.

Les prières obligatoires ou recommandées dans la confrérie, se distinguent de même par plusieurs caractères particuliers. Dans la Hadra , qui , en principe devrait se faire dans un lieu obscur, l'invocation : « la Saad ed Dine ! » s'ajoute comme chez les Refaiya à la formule : « La illaha ill' AUah ». Les mouvements de tête sont latéraux, de droite à gauche et de gauche à droite. Enfin, la musique d'accompagnement des poèmes chantés pendant la cérémonie, comprend des Djouf , petits tambourins ronds, en même temps que des Tobol, grands tambours plats , alors qu'en général elle n'est composée que de ceux-ci et de flûtes.

L'initiation à la Kheloua est longue et compliquée. Elle comporte pendant une première période la récitation du verset du Koran a Estarfer Allah el Azim », mille fois par jour; puis, pendant une seconde période, dont la durée lui est fixée^ l'adepte doit répéter 75.000 ou 100.000 fois un autre verset de pénitence : « Estarfer Allah ! la Allah ! Ghafour, » etc. Vient ensuite une invocation au prophète : « Allah houmma soli ala sidna Mohammedin » etc. et qui se récite également 75.000

OU 100.000 fois. C'est seulement après avoir accompli toutes ces obligations que le Mourid entre en « Azlat an en Nas » — éloignement du monde — puis en Kheloua.

Ses prières consistent alors à répéter, conformément indications de son Cheikh, des noms de Dieu, compris dans une double série. Chacun est repris un nombre de fois déterminé par la valeur numérique des lettres, suivant l'une des méthodes que nous avons indiquées. Il n'est fait d'exception que pour El Djellala : l'attestation de l'unité de Dieu, comprise dans la première série, et qui se répète 100,000 fois.

Les autres noms de cette série sont répétés :

Allah 7.884 fois.

Houa 44.630 —

Hak 10.092 —

Haï 93.420 —

Kaïoum 74-644 —

Kahar 10.100 —

Ceux de la seconde :

Ouahad 47.760 fois.

Aziz 77-590 —

Ouadoud 47.460 —

Ouahab 53-940 —

Mouahiman 5 .754 —

Basiet 7-759 —

En outre, les Saadiya ont un grand nombre de prières spéciales. Tels sont un Hezb composé des 99 noms de Dieu, et qui se dit souvent avant la Hadra. De même, 1' « Ouerd des sept jours » institué par Saad ed Dine el Djebaoui, qui consiste à réciter chaque jour un verset différent du Koran, savoir :

Samedi : verset de l'Estarfer 70.000 fois.

Dimanche : première moitié de l'invocation au Prophète (Salât en Nebi) 70.000 —

Lundi : El Djellala 70.000 —

Mardi : verset de l'invocation au Prophète en entier 70.000 —

Mercredi : Salât el Maazzama 70.000 —

Jeudi : Sourate Yacin, et verset : Aït el Koursi, de la Sourate de la Vache, autant de fois que possible.

Vendredi : Sourate el Ouakea, et les 99 noms de Dieu, autant de fois que possible.

Un autre ouerd, institué par un Khalifat de l'ordre, Mohammed el Houzema, est encore plus long. Ce Cheikh, accusé d'innovation doctrinaire, avait été jeté en prison. Le Prophète, dit la légende, lui apparut dans son cachot et lui promit de le délivrer, de le combler de grâces, de dons de toute sorte, lorsqu'il aurait récité un ouerd de chaque jour de la semaine, composé seulement de versets du Koran. Sept jours après, Mohammed el Houzema avait rempli l'obligation qui lui était imposée,

et composé la prière à laquelle est resté attaché son nom.

Cette prière consiste à réciter :

Le vendredi : tous les versets du Koran où se trouvent les mots : Louange à Dieu.

Samedi : tous ceux où se trouve le mot : « Estarfer » pardonne.

Dimanche : tous les versets de Tesbhiat; ceux qui renferment le mot : gloire à Dieu.

Lundi : ceux du Touakkoul, où se trouvent les mots : avec l'aide de Dieu, ou : je compte sur Dieu.

Mardi : ceux où se trouve le mot : Salem, salut, qu'il s'adresse à Dieu, à l'ange Gabriel, au Prophète, etc.

Mercredi : tous les versets du Taâlil; ceux où se trouve le mot : Taâla, Très-Haut.

Jeudi : tous les versets qui renferment une prière, une invocation.

L'auteur d'un petit opuscule manuscrit, intitulé « Bosth el Triqà el Salek », auquel nous empruntons ces détails, assure que ces [prières ont été d'un usage très fréquent. A dire vrai, le zèle des"Saadiya actuels ne semble plus assez ardent pour leur faire entreprendre de pareilles tâches. Tout au moins, s'en tiennent-ils de préférence aux simples manifestations de l'hystérie religieuse. Encore celles-ci ont-elles été interdites dans les Ueux publics, en Syrie, en Turquie, en Egypte,

comme pour les Refaiya. Il en est de même dans ce dernier pays, depuis quelques années, d'une cérémonie qui jouissait parmi les touristes d'une réputation méritée, celle du Doseh.

On sait en quoi elle consistait. Tous les guides la décrivent d'après l'attachant ouvrage de E. W. Lane, « The modem Égyptians. » A certaines fêtes, les Saadiya, auxquels se joignaient souvent d'autres Khouan, formaient, en s' étendant, côte à côte, dans la rue, un plancher humain sur lequel le Cheikh el Sedjada de l'ordre, s'avançait à cheval, pour se rendre à la mosquée.

Cette coutume se rattache, comme origine , aux pratiques des Refaiya, chez lesquels les Khouan, leurs enfants surtout, se font fouler aux pieds par les Cheikh. Cet attouchement doit leur assurer la participation de la Baraka^ transmise ainsi par les vicaires du saint sur la terre. Dans le brevet du Cheikh Mostefa el Oûf, dont nous avons parlé, il est même spécifié que la poussière des chaussures des extatiques, a une vertu particulièrement bienfaisante. L'emploi du cheval convenait mieux à l'illustre origine des Chorfa Saadiya.

Il est probable qu'à l'origine et même à une époque encore récente, une conviction réelle animait les Cheikh de l'ordre, héros du Doseh. Les membres de la confrérie et beaucoup de croyants avec eux, admettent qu'ils s'y préparaient par une retraite rigoureuse. Plongé dans

l'extase, leur esprit était ravi dans un monde mystérieux , pendant la cérémonie. Toutefois» les véritables extatiques sont rares aujourd'hui parmi les chefs de confréries en Egypte. Il paraît prouvé que le faciès du Cheikh des Saadiya n'a jamais cessé de présenter les caractères qu'il devait avoir : teint d'une pâleur morbide, écume aux lèvres, yeux injectés de sang. Néanmoins, il est permis de se demander si une foi absolue, a jusqu'au bout présidé à cette célébration d'anciens mystères. En effet, il y a lieu, croyonsnous, d'admettre que le cheval du Doseh subissait, dans les derniers temps, un dressage spécial. Réservé à cet usage exclusif, il était conduit en main par deux sais , deux palefreniers , et posait ses pieds exactement aux mêmes endroits que ceux-ci, c'est-àdire sur les parties charnues ou suffisamment protégées des fidèles étendus. Les accidents qu'on eût pu craindre, à une époque où la ferveur des temps primitifs s'était fort amoindrie, devenaient ainsi faciles à éviter. Aucune précaution de ce genre n'était prise autrefois.

A la suite de compétitions, le privilège du Doseh avait été attribué également au Cheikh el Troûq sous Méhémet Ali. Mais le Cheikh des Saadiya figurait cinq fois par an et de jour dans la cérémonie : aux Mouloud en Nebi (fête de la naissance du Prophète), de l'Imam Hanafi, de l'Imam Chafei , de Cheikh el Dechtouchi et

de Cheikh Younes. Le Cheikh el Bekri ne put , au contraire, obtenir qu'un seul Doseh et de nuit, au Mouloud de Cheikh el Dechtouchi.

Depuis la mesure qui l'a interdit sous sa forme primitive, le Doseh n'existe plus qu'à l'état de souvenir.

Toutefois le Cheikh des Saadiya trouve encore devant sa porte, quand il se rend aux mosquées des cinq Mouloud, quelques fidèles, sur lesquels il passe à pied.

On voit qu'en Egypte, la confrérie des Saadiya, bien que fort importante encore par le nombre de ses adeptes, bien qu'ayant, lors de la conquête du Soudan, créé plusieurs succursales dans ce pays, a beaucoup perdu de son ancienne puissance spirituelle. Il en est de même, à un degré moindre, en Syrie.

Au Hedjaz, la branche locale n'a aujourd'hui qu'une zaouiya à La Mecque i. Elle ne paraît pas y avoir jamais été plus importante. Ce fait s'explique naturellement par les tendances aristocratiques des Chorfa de la famille de Saad ed Dine. Elles pouvaient contribuer à développer leur influence dans un pa3's féodal comme la Syrie ou parmi les Fellah du Nil, mais ne devaient pas s'accorder avec l'esprit indépendant, avec l'humeur scholastique des Mecquois et des Médinois.

Si l'ordre peut être un sujet d'étude intéressant, la

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