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V. Chap. I

A El Hamra : Sid Hamied ibn Omar.

A Yambo en Nekhal : Sid Haoussin ben Moussa.

A Djeddah : Sid Mohammed Mahmoud Châban.

Depuis, la création de plusieurs autres zaouiya a porté à douze le nombre total de celles que possèdent actuellement les Senoussiya, dans la province.

La principale, celle du Djebel Abou Kobaïs, a toujours pour chef Sid Hamed ibn Mohammed Ghanem.

A Médine, Cheikh Hassen a succédé à son père, Cheikh el Djemel ben el Fodil.

Celle d'El Taïf a perdu dernièrement son ancien chef qui a été remplacé par un Chérif de la ville, de la branche des Oulad Saddok.

A Bedr, Sid Othman ibn Sid Mohammed est encore Moqaddem.

A Djeddah, Sid Mohammed Mahmoud Chaban , originaire de la Haute-Egypte, est également encore vivant et chef de la zaouiya.

A El Hamra, Sid Hamied ibn Sid Omar est mort et a été remplacé par son fils Sid Hamza.

De même à Yambo en Nekhal, Sid Haoussin ben Moussa a eu pour successeur son fils, Sid el Cherif Mahmmed.

Les nouvelles zaouiya sont celles de :

Rabakh, sur la côte. Moqaddem : Cheikh Zeini ben Mohammed el Metouakhil.

Ouadi-Fatimah, à une demi-journée de marche de La Mecque. Moqaddem : Cheikh Othman ben Aouis.

El Moudik, sur l'Oued Debah. Moqaddem : Cheikh Abd er Rahman ben Soliman.

Asfan. Moqaddem : Cheikh Omar ben Hazem.

Biar Abbes. Moqaddem : Sid el Abbes ibn Ali el Madani.

Avant d'examiner le rôle actuel des Senoussiya au Hedjaz, il convient d'étudier plus en détail l'organisation qui leur permet d'employer, dans le but qu'ils poursuivent, les forces morales et matérielles que représentent ces divers établissements.

Tous ceux-ci n'ont pas la même destination. La zaouiya de Djeddah est surtout une maison hospitalière, affectée aux pèlerins de la confrérie.

Celle de Djebel Abou Kobais, zaouiya métropolitaine de la province, sert ainsi de centre administratif, mais en même temps elle est le principal foyer de propagande parmi les pèlerins étrangers. Installée très grandement, disposant de revenus considérables, elle est organisée comme une sorte d'université religieuse. Outre une mosquée pour les exercices pieux et l'enseignement donné par les Khottab, les prédicateurs qui en dépendent, elle renferme quelques logements pour les émissaires de l'ordre, pour les étrangers de distinction

qui veulent s'y arrêter. Les pèlerins y affluent sans cesse, et de grandes cérémonies religieuses y réunissent périodiquement tous les membres de la confrérie, tous ses partisans, de passage ou en résidence à La Mecque.

La zaouiya de Ouadi Fatimah lui sert de succursale. C'est là que sont envoyés les néophytes désireux de se perfectionner dans la doctrine du Senoussisme, ou les frères qui veulent faire une retraite, loin des agitations de la grande ville.

A Médine, second centre de pèlerinage, l'établissement des Seaoussiya a la même affectation que celui de La Mecque : il sert temporairement de zaouiya provinciale, Sid Hamed ben Mohammed Ghanem s'y retirant souvent, et depuis quelques années, son importance s'est accrue en raison de l'état politique du pays.

En effet, bien que des garnisons turques occupent les principales villes , toutes les routes de l'intérieur sont coupées par les Bédouins, qui ne se sont jamais soumis complètement.

L'exaltation religieuse, développée par le Senoussisme, s'est manifestée chez eux par la rupture de toute relation avec les autorités locales , et par une recrudescence du brigandage, la seule guerre que comportent leurs moeurs.

Les caravanes des pèlerins ne peuvent plus circuler isolément, en raison de leurs attaques, entre La Mecque

et Médine, sauf celle des Senoussiya, qui ont un Cheikh spécial pour la conduire, Abd-el-Kader el Sahi. Alors que les autres Cheikh de caravanes, emploi régulier comme celui des Eulema attachés à la grande mosquée, n'osent pas plus se hasarder dans le désert que les simples pèlerins , la présence du Cheikh des Senoussiya suffit pour empêcher toute attaque des bandes qui parcourent le pays.

Aussi la faveur d'accompagner la caravane de la confrérie est-eUe fort recherchée. Lorsque les circonstances ne se prêtent pas à la réunion des autres, en force assez imposante, c'est seulement ainsi qu'il est possible d'accomplir avec une entière sécurité la dernière partie du pèlerinage, à moins d'aller à Médine par Yambo. La zaouiya des Senoussiya dans la seconde ville sainte est donc un centre de réunion pour tous les pèlerins qui viennent directement de La Mecque, quelles que soient leurs affinités religieuses

Les autres établissements de l'ordre au Hedjaz sont surtout affectés aux Bédouins. Ceux de Asfan, de Biar Abbès, recrutent exclusivement leur clientèle parmi eux. Il en est de même de celui d'El Moudik, mais on y a créé en outre des plantations importantes, auxquelles sont attachés de nombreux esclaves organisés, en milice comme dans quelques zaouiya du Sahara Tripolitain.

Enfin, les succursales de Rabakh, de Yambo en

Nekhal, de Bedr et d'El Hamra exercent leur action sur la population des villes, ainsi que sur les tribus voisines.

L'administration de toutes ces zaouiya et des intérêts de l'ordre en général , est basée sur le principe de la séparation des pouvoirs. D'une part, la direction des affaires spirituelles et politiques est exclusivement confiée au Khalifat provincial et aux Moqaddem. De l'autre, des Oukhil indépendants de ceux-ci, ou du moins exerçant une autorité parallèle à la leur, s'occupent de la gestion des revenus et des biens de la confrérie.

Le Khalifat provincial, chef de la zaouiya de La Mecque, Sid Hamed ben Mohammed Ghânem, est le supérieur commun de tous les Moqaddem. Il centralise le pouvoir, reçoit de Djerboub les instructions du grand maître et les communique à ses coadjuteurs, les chefs des autres zaouiya.

Chargés de la propagande religieuse, du recrutement des adeptes, ceux-ci exercent dans le domaine spirituel une autorité absolue sur leurs circonscriptions. Ils sont aidés par des Moqaddem inférieurs, dont relèvent les simples Khouan.

Les Oukhil, attachés aux diverses zaouiya, relèvent d'un Oukhil général, établi à Médine, Mohammed ben Mohammed el Madani. Ils reçoivent les offrandes des fidèles, administrent les biens de main-morte fort nom-

breux, Habbous ou Ouakf, qui dépendent de leurs établissements respectifs. L'entretien de la zaouiya, l'hébergement des hôtes font partie de leurs attributions. A cet égard, ils sont placés sous l'autorité des Moqaddem, dont ils relèvent aussi au point de vue spirituel.

Mais, comme agents comptables et gestionnaires, ils sont indépendants d'eux, et ne sont responsables qu'envers l'Oukhil général , qui lui-même rend directement ses comptes à Djerboub.

La même organisation se retrouve, d'ailleurs, dans toute la confrérie. Alors que Sid el Mahdi se réserve les questions d'ordre spirituel ou politique, son frère est particulièrement chargé de la direction des intérêts matériels.

Outre les Oukhil d'exploitation, il existe à Djeddah un Oukhil, auquel incombe le soin d'enregistrer et de vérifier tous les Habbous de la province. C'est actuellement Sid Djennan.

L'excédent de recettes réalisé après le prélèvement des dépenses locales, sur les revenus de toute nature, est centralisé pour recevoir l'emploi que décide le grand maître. En général, dès qu'une somme suffisante se trouve disponible , celui-ci l'affecte à la création d'une nouvelle zaouiya. C'est ainsi, notamment, qu'a été fondée, il y a quelques années seulement, celle de l'Ouadi Fatimah. Toutefois, si le besoin s'en fait sentir, des

envois peuvent être dirigés sur Djerboub. Le soin en est confié à un Oukhil d'expéditions, aujourd'hui Thaleb Abd' Allah el Mazani, résidant à Djeddah.

Au reste, indépendamment des Ziara, des Hadia régulièrement perçues dans le pays, les Senoussiya indigènes, ou venus au Hedjaz comme pèlerins, adressent eux-mêmes directement à la zaouiya métropolitaine de véritables tributs. Ainsi, au commencement de 1886, une caravane conduite par un indigène de Tripoli, Hamied Hamdan, a traversé TEgypte, emportant à Djerboub, entre autres présents, un équipage de faucons et de riches tissus de soie lamée d'argent. Quelques mois plus tard, en novembre, une seconde caravane ayant la même destination est encore arrivée au Caire, sous la conduite d'un fils de Sid Hamed ben Mohammed Ghânem.

Bien que le Khalifat provincial d'une part, l'Oukhil général de l'autre, soient les représentants directs des chefs de l'ordre, ceux-ci entretiennent en outre à La Mecque un agent spécial de surveillance qui relève d'eux seuls. C'est actuellement un Tripolitain, Cheikh Salah, ben Aomar qui indépendamment de fréquents voyages à Djerboub, conserve avec Sid el Mahdi une correspondance suivie.

Ses lettres, ainsi du reste que celles du Khalifat, de rOukhil général et des Moqaddem, sont le plus souvent

portées à destination par les pèlerins de la Tripolitaine Il en est de même des réponses, des missives émanant du siège de la confrérie. Toutefois, pour parer aux éventualités qui pourraient se produire, il a été établi une série de postes de transmission, entre le Hedjaz et la zaouiya métropolitaine, à Djeddah, Suez, Le Caire, Damanhour, Sioua et Kerdassa.

Leurs titulaires actuels sont à :

Djeddah : Sid Ahmed ben Ali Medjedoub.

Suez : Hassen ben Mohammed Ferchanti.

Caire : Mohammed Constantini i et Cheikh Abdallah el Kamichi.

Damanhour : Brahim Bey Capitan.

Sioua: Mohammed Messaoud Bernaoui, Moqaddem de la zaouiya.

Kerdassa : Mohammed ben Mohammed el Trabelsi 2.

Bien que toutes les précautions puissent sembler prises

1. Mohammed Constantini est, comme son nom l'indique, originaire de Constantine.

Arrivé en Egypte depuis quelques années seulement, il est employé à l'Université d'El Azhar, dans le Riwak el Mogharbeh. Bien que sujet français, il s'est, ce qui s'explique de reste, abstenu de faire constater sa nationalité, et vit d'ailleurs fort retiré.

2. Nous avons dit que dans le Delta et la vallée du 'Nil en Egypte, il n'existe aucun centre de propagande senoussienne. La seule zaouiya qu'on ait pu attribuer à l'ordre, celle de Cheikh el Olali, à Boulaq, qu'avait construite Abbas Pacha, n'a jamais été occupée.

Dans ce pays comme dans tous ceux où leur intervention pourrait les engager dans des luttes prématurées, les Senoussiya conservent une abstention complète. Néanmoins, leurs partisans, les adeptes de la

pour assurer, grâce à cette organisation, le secret sur les affaires de la confrérie, il y est de règle que toutes les instructions données par ses chefs à leurs représentants, tous les rapports envoyés par ceux-ci à Djerboub, revêtent une forme vague et impersonnelle.

Ainsi, une lettre importante récemment, envoyée de La Mecque à la zaouiya métropolitaine, par un des principaux agents du Hedjaz, ne portait comme signature que la mention :

« Votre serviteur dont l'écriture vous est connue. »

confrérie, étrangers pour la plupart, sont groupés çà et là, sous la direction de chefs spirituels.

Ainsi ceux du Caire ont, comme Moqaddem, Cheikh Mohammed Khatem, Oukhil des Trabloussiya, c.-à-d. représentant et chef des Tripolitains de la ville. Ils ont pour centre de réunion une petite mosquée, située près de Souk el Fahamin ; ceux d'Alex.andrie et de quelques autres villes ont de même des chefs spirituels. Mais nulle part leurs lieux de réunion ne peuvent être considérés comme zaouiya, n'étant pas des foyers de propagande. Il n'en est autrement, dans l'Egypte proprement dite, qu'au Fayoum. Les Moqaddem des Bédouins de cette provinee résidant à Edoua, Tarsa, Nezla, El Garaque et dans l'Oasis de Mandicha, s'occupent activement de recruter de nouveaux adeptes dans les tribus sédentaires ou nomades.

A Sioua, à Kerdassa, il existe de véritables zaouiya, et bien qu'un agent du gouvernement khédivial, envoyé dans cette dernière oasis en mars i88é, ait représenté l'attitude des Senoussiya de la région comme fort effacée, leur rôle .actuel est au contraire important.

Ce sont eux qui centralisent toutes les nouvelles relatives au Soudan. Toutefois, le poste de transmission de Kerdassa n'est plus utilisé, depuis que la route du Yémen par Souakin est fermée.

Indépendamment des groupes de Khouan établis en Egvptc, les chefs de l'ordre ont quelques relations personnelles dans le pays, notamment avec un ancien ministre d'Arabi.

Ce n'est d'ailleurs pas par son intermédiaire, mais bien par celui d'un

Sa suscription est aussi peu compromettante ï :

« Par la grâce de Dieu très haut. Qu'il parvienne à

Djerboub et soit remis à nos seigneurs les Frères. Que

Dieu les maintienne en paix. Amen. Sous l'invocation

de Bedouli. 2 »

Dans les formules de salutation qui commencent la

lettre, le nom du destinataire n'est pas mentionné davan-

négociant copte du Caire, qu'ont été achetés pendant la dernière insurrection de nouveaux canons et des fusils à tir rapide. On sait qu'il existe à Djerboub un magasin d'armes, où se trouvaient déjà 15 bouches à feu en 1876. (V. H. Duveyrier. La confrérie de Si Mohammed ben Ali el Senoussi.)

Outre le Moqaddem du Caire, les Senoussiya ont dans cette ville un Oukhil général pour l'Egypte, Cheikh el Hadj Abd el Haraid. Comme l'indique le titre de sa charge, il s'occupe plus particulièrement des intérêts matériels de l'ordre. C'est à ce titre qu'il vient de faire fabriquer et d'envoyer à Djerboub, une coupole en cuivre pour le tombeau de Cheikh Senoussi.

Il y a lieu d'ajouter aux renseignements qui précèdent, que les Senoussiya, bien que ne faisant pas de propagande eu Egypte, y sont extrêmement considérés, en raison de leur situation dans l'Islam. Quelques musulmans appartenant aux classes élevées de la société et au parti des croyants convaincus, espèrent d'ailleurs vaguement que, grâce à eux, l'Egypte pourra un jour être débarrassée de son joug actuel. Ce sentiment explique le projet attribué au Khédive de construire une Koubba à Boulaq, sous le vocable de Cheikh Senoussi.

1. Nous devons cette traduction et les suivantes à l'obligeance de M"^ de Calassanti Motylinski, interprète militaire à Ghardaïa.

2. Le mot Bedouh, dont la signification est inconnue, s'écrit souvent au dos d'une lettre, ou à la suite de l'adresse, comme une espèce de talisman qui doit faire parvenir la missive à son adresse. Les Beni-Mzab et les Barbaresques l'emploient fréquemment, mais en le représentant par

la série des chiffres équivalents. — '— (Note de M. de Motylinski.)

tage I, et cependant ce message était adressé à Sid el Mahdi lui-même.

Des expressions, des termes conventionnels sont également employés pour déguiser l'objet de la correspondance, même entre les agents locaux 2. Parfois encore, celle-ci rappelle seulement des combinaisons arrêtées verbalement, comme c'est le cas dans la lettre suivante, adressée à l'Oukhil des expéditions de Djeddah :

« Nous sommes en route pour l'objet que vous connaissez. N'allez pas penser que nous puissions oublier la chose en question. Elle vous arrivera, s'il plaît à Dieu. »

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