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CHAPITRE ni Organisation administrative

La hiérarchie. — Le Cheikh : son attribut de la Baraka. — Les Naïb ou Khalifa. — Les Moqaddem. — Charges inférieures. — Assemblées générales et provinciales. — Organisation particulière des ordres en Egypte et au Hedjaz. — Déplacement d'autorité : l'Oukil. — Attitude du clergé officiel et du gouvernement vis-à-vis des ordres religieux.

Rien n'est simple, rien non plus n'a de vigueur comme l'administration des ordres musulmans : on ne saurait mieux la comparer qu'à celle de nos grands ordres catholiques. Au sommet de la hiérarchie on rencontre l'héritier spirituel du fondateur, le Cheikh-Triqa ou simplement « le Cheikh » : c'est notre supérieur général. Pour le représenter à l'étranger et étendre la propagande sans amoindrir l'influence de l'autorité centrale, le Cheikh possède, en nombre variable, des Khalifa ou Naïb : ce sont à la lois nos Frères visiteurs et nos Provinciaux. Au-dessous d'eux se trouvent, à la tête de chaque maison, des agents inférieurs analogues à nos supérieurs locaux : ce sont les Moqaddem. Ces derniers, enfin, ont sous leur dépendance les simples frères, khouan, derviches ou fakirs. Des assemblées générales ou des conseils locaux, semblables à nos Chapitres, complètent cette organisation.

Toute l'autorité d'un o.rdre réside, en principe du moins, dans le Cheikh ou supérieur général. C'est lui qui nomme les Naïb, lui qui sanctionne l'élection des Moqaddem, lui qui peut à son gré relever de leurs fonctions les uns et les autres. Il pourvoit à tous les développements de l'ordre et dirige Faction commune par des circulaires, que ses délégués vont porter jusqu'à la plus lointaine Zaouïya. S'il tombe malade, si l'âge ou les infirmités l'avertissent d'une mort prochaine, c'est lui encore qui désigne son successeur. Fixé, le plus souvent, près du tombeau vénéré du fondateur de l'ordre, il doit à cet auguste voisinage d'être regardé comme l'héritier plus direct des vertus de

ce même fondateur, le dépositaire de ces attributs surnaturels de Baraka et de Tcssarouf dont l'investiture est la meilleure consécration du commandement suprême.

C'est, en eiïet, la transmission de la Baraka qui donne aux ordres musulmans le plus de cohésion et assure àl'autoritéde leurs chefs le plus de respect. Pour les catholiques, la puissance médiatrice exercée, de son vivant, par un saint, ne passe pas à la postérité de ce dernier. Tout autre est le sentiment des musulmans. A leurs yeux, les descendants d'un saint héritent de son pouvoir surnaturel, quelle que soit d'ailleurs leur conduite privée. Pour être, par exemple, le plus intrépide buveur de l'empire ottoman, le grand Tchélébi actuel de Koniah n'en est pas moins regardé comme investi des attributs surnaturels deDjelaled-Din-Maoulana, dont il continue la lignée. Si les chefs des Emirghaniya inspirent encore à leurs adhérents, malgré les scandales de leur vie, un religieux respect, c'est à leur seule Baraka qu'ils le doivent. Elle revêt chez eux une forme toute spéciale, caractérisée par le nom de « Serr el Khâteni » donné aux descendants directs de Mohammed Othman, le fondateur de Tordre. Serr el Khâtem,«le secret de l'anneau»,n'est qu'un simple jeu de mots sur la forme du mim, consonne initiale d'Emirghaniya. La puissance mystérieuse qu'il symbolise est identique à la Baraka; ses manifestations, on le conçoit, ne tombent pas nécessairement sous les sens.

Le premier dépositaire de la Baraka garde toujours sa place dans le culte des fidèles, mais ceuxci ont plus de chance d'être exaucés en s'adressant directement à ses successeurs. A défaut de descendance familiale, on se contente de l'hérédité spirituelle. Ainsi, les successeurs de Sid el Badaoui, mort sans enfants, passent pour être en possession de sa Baraka. Pour grouper sous son autorité tous les chadéliens dispersés, Mohammed Ouata n'eut qu'à se déclarer investi de la puissance miraculeuse dévolue autrefois à Sid Chadeli, leur maître commun. Tel est le prestige de la

Baraka que la noblesse religieuse qu'elle confère surpasse, aux yeux des musulmans, la noblesse du sang; si les* descendants directs du fondateur la laissent choir de leurs mains, cette perte entraîne infailliblement et à brève échéance un déplacement d'autorité. On devine aisément le vice essentiel du système : principe de force, la Baraka est aussi une cause de ruine ; l'émiettemcnt progressif des différents ordres n'a. souvent pas d'autre origine.

Afin d'écarter ces conséquences funestes non moins que pour maintenir dans leur propre famille la direction de l'ordre, la plupart des Cheikh nomment eux-mêmes, avant de mourir, leur successeur. C'est ainsi qu'au premier siècle de l'hégire Abou-Beker avait transmis à Omar le droit de commander aux croyants. S'agit-il d'un ordre chôrifien, d'un ordre tonde par un descendant du Prophète, le choix du cheikh porte ordinairement sur un membre de sa famille. Ainsi en est-il chez les Kadriya, les Taïbiya et une foule d'autres. Il n'est pas rare néanmoins de voir des chefs mettre les intérêts généraux de l'ordre au-dessus d'un étroit égoïsme en confiant à des disciples d'élite mais étrangers à leur race, la direction souveraine . La veille de sa mort, Ben-Abd-er-Rahman, ayant réuni s«»s partisans autour de lui, leur tint ce langage : « Mes enfants, je sens que ma vie est près de s'éteindre: celui qui m'a créé me rappelle à lui; demain j'aurai cessé de vivre, et je vous ai mandés pour vous dire ce que j'attends de vous. J'institue pour mon successeur l'homme qui m'aténioigné toute ma vie un dévouement sans bornes ; il sera votre chef après moi, écoutez ses avis, c'est un homme de bien. Je vous prends tous à témoin que je mets à ma place et (pie je donne tout mon pouvoir à Sid Ali-Ben-Aïssael Yleghcrbi; il sera mon Khalifa. J'ai déposé dans son sein tous les secrets et je lui ai confié toutes les bénédictions. Ne lui désobéissez en rien, car il est mon risar/e et ma hnif/ne(ï). »Le fondateur des Rahma-

(1) Rinn, i». 4C5.

niya n'avait rencontré parmi ses proches aucun homme capable de poursuivre son oeuvre.

C'est par la retraite, k jeûne et la prière qu'un supérieur en fonctions se prépare à la nomination de son successeur. Au jour fixé pour cette cérémonie, moqaddem et xhouan accourent auprès de leur chef. Celui-ci leur déclare qu'après avoir longuement consulté le Prophète, il juge un tel capable de prendre, après sa mort, le gouvernement de la société. Le choix du Cheikh est ratifié, séance tenante, par l'assemblée, et un acte de nomination rédigé sur-le-champ. Ce mode d'élection s'appelle Icljaza. A Constantinople et dans les provinces directement administrées par la Porte, on demande au Sultan, ou mieux, au Cheikhul-Islam, de confirmer le nouvel élu. Il ne faut voir ? d'ailleurs, dans cette démarche, qu'une simple formalité, qu'un acte de pure déférence vis-àvis du souverain ; ni celui-ci, ni son délégué ne peuvent refuser leur adhésion.

Sans quitter sa résidence métropolitaine, le cheikh administre les provinces éloignées de l'ordre par l'intermédiaire des Naïb ou Khalila, à qui il transmet de son autorité ce qu'il juge à propos. Chargés d'une mission temporaire ou permanente, les Naïb sont les Provinciaux et les Visiteurs des ordres musulmans. Ils ont, chacun dans une région déterminée, un rôle d'inspection sur les moqaddem; dans de fréquentes tournées, ils contrôlent les méthodes d'enseignement, entendent les plaintes des frères contre les supérieurs et encaissent les ziara destinées à la maison-mère. Ils peuvent même, en cas d'urgence, nommer ou révoquer les moqaddem, sauf à obtenir ensuite la sanction du cheikh.

Le zèle de ces inspecteurs serait impuissant à maintenir sous la dépendance du grand maître la masse des simples khouan sans l'industrieuse activité des moqaddem.. Ces derniers sont les véritables propagateurs de la « voie » nouvelle, ses plus fermes appuis. « C'est avec eux surtout que sont en rapport les khouan, à eux qu'ils paient leurs cotisations, apportent leurs offrandes, de-

mandent la baraka, l'absolution et la bénédiction du cheikh. Le moqaddem enseigne la doctrine de Tordre, reçoit le serment de discrétion et d'obéissance des membres postulants ; il leur révèle le dikr, les initie. Comme le cheikh, il se fixe, s'il n'est pas moqaddem missionnaire, dans une zaouiya ; les services qu'il peut rendre sont en proportion de son influence ; éloquent et savant, il n'est pas rare de lui voir acquérir une popularité qui fait de lui un véritable chef (1). » Rien n'est fréquent comme de voir des moqaddem profiter de leur influence pour se déclarer indépendants et fonder un ordre nouveau. Aussi leur choix est-il entouré, dans certains ordres, de précautions infinies.

Ce sont ordinairement les khouan intéressés qui choisissent le moqaddem; le candidat est présenté auKhalifa en tournée, et nommé définitivement par diplôme du grand maître de l'ordre.

Calligraphiés parfois avec un art véritable, les diplômes forment de longs rouleaux de papier, de parchemin ou de soie. La plupart contiennent la généalogie du fondateur ou sa chaîne mystique, quelques préceptes de morale, l'indication du dikr et des autres prières spécialement recommandées, et enfin le nom du titulaire. Ils portent en tête le cachet du grand maître ou de son Khalifa (2). Quelques-uns même renferment, sous forme d'instruction ou de mandement (ouassia), un résumé de la règle, au triple point de vue doctrinal, moral et liturgique.

En droit, tous les moqaddem sont égaux; tous ont les mêmes attributions : chacun d'eux est le maître -éducateur : Cheikh- et -Terbia, de ses khouan. Toutefois, la direction d'une zaouiya donne toujours à son titulaire une autorité morale que n'ont point les simples moqaddem missionnaires.

La personnalité du supérieur de zaouiya est encore mise en relief par un certain nombre d'em-

(1) D'ESTOURNELUES DB CONSTANT, p. 105. — Cf. RlNN, p* 493.

2) Voir des échantillons dans Rinn, p. 198 et 472»

ployés subalternes qui le secondent dans sa mission, et qui portent, selon les ordres,les noms de chaouch, reqqab ou naqib. Le naqib ouneqïb est le suppléant, ou, pour employer les termes consacrés, le vicaire du moqaddem, son sous-prieur ',1e sous-directeur de la zaouiya.Le reqqab est le courrier diplomatique, l'intermédiaire du moqaddem avec le khouan et le chef de Tordre. Les lettres qu'il porte sont généralement banales, mais le cachet dont elles sont munies et certaines phrases conventionnelles servent à accréditer le reqqab, comme homme de confiance et fondé de pouvoirs du moqaddem ; c'est verbalement qu'il doit remplir sa mission. A côté de ces agents directs du moqaddem, chaque zaouiya possède un oukil ou économe, chargé d'en gérer les biens, en deniers, matériel ou cheptel. Comme il a de gros intérêts en mains, c'est toujours un personnage important, dont l'autorité contrebalance souvent celle du motjaddem. On verra plus loin que l'oukil de la maison-mère ou économe général joue parfois le rôle prépondérant, au détriment de l'autorité personnelle du grand-maître.

On compte encore, dans chaque zaouiya, déplus humbles fonctions, dont la nature éveillera sans doute quelque sourire. Il y a, par exemple, le Naqib el Sedjada, chargé de porter le tapis sur lequel se prosterne le supérieur pour la prière officielle ; le Naqib el Kaoua, qui prépare le café pour les réunions des frères ; le Naqib el Ma, qui porte l'eau ; le Naqib el Zei, ou préposé aux torches dans les fêtes de nuit ; le Naqib el Chemâa, ou préposé à la bougie pour ces mêmes fêtes. Les emplois de chantre ou improvisateur (meddah), de lecteur (kessad), de porte-étendards (allam) ne sont pas moins recherchés. Ils sont remplis par leurs titulaires avec un sérieux imperturbable, avec un sentiment très vif de la grandeur de leur rôle. C'est bien en raccourci le spectacle que présente partout cetOrientoù une armée deserviteurs assiège le maître, l'un ôtant son manteau, l'autre ayant soin de ses bottes, un troisième allumant sa

pipe, et où celui qui présente la pipe ne cirerait pas les bottes pour tous les trésors au monde.

Une ou plusieurs fois chaque année, dans certaines villes une fois par semaine, le Cheikh réunit les moqaddem dans des assemblées où il examine leur administration, leurs comptes, accepte ou refuse un sujet, approuve. ou blâme. Ces assemblées se nomment hadra\ elles sont le pendant de notre chapitre général. Avant d'en renvoyer les membres, le cheikh leur confie des lettres pastorales, des mandements, où il stimule le zèle des frères, soutient leur courage et prodigue à tous sa bénédiction (baraka). Souvent aussi, il y joint une provision de chapelets bénits qui passent pour avoir touché le tomoeau du Prophète ou du fondateur de l'ordre, et des amulettes dont la possession écartera les malheurs.

L'assemblée dissoute, les moqaddem retournent à leurs postes respectifs ; ils y convoquent les khouan en une assemblée provinciale, dite Djélala ou Zerda. Après un banquet commun, le moqaddem expose le résultat de la hadra, donne lecture des lettres du cheikh et agit sur ses subordonnés dans le sens et dans la mesure qui lui sont prescrits. La cérémonie se termine par le versement des cotisations. Les amulettes et les chapelets rapportés de la maison-mère sont distribués, ou, mieux, vendus sans scrupule aux enchères, au profit de la caisse générale. Il n'est pas rare de voir, dans ces circonstances, un chapelet ou une simple grenade s'élever à des prix fantastiques. C'est encore dans ces assemblées locales que s'accomplissent les cérémonies d'admission de nouveaux adeptes.

L'organisation hiérarchique qui vient d'être décrite se retrouve, à peu près, dans tous les pays musulmans. Toutefois, en Arabie et en Egypte, elle a subi, au début de ce siècle, de profondes atteintes. Reconnaissant aux associations religieuses l'existence légale, Méhémet-Ali les plaça, au point de vue administratif, sous la dépendance d'un chef commun, le Cheikh el Troûq ou « supérieur des voies ». Les ordres du pays, dont

les uns relevaient du cheikh ul Islam de Constantinople et les autres de leurs supérieurs respectifs, se trouvèrent ainsi réunis sous la direc-r tion d'un titulaire unique, livré lui-même aux mains du vice-roi (1).

Etabli d'abord et maintenu en Egypte par l'énergique volonté de Méhémet-Ali, ce système centraliser fut introduit en Arabie, au moment de la conquête égyptienne. Mais, tandis qu'en Egypte le même cheikh el Troûq étend son autorité sur tous les ordres de la contrée indistinctement, il en existe, au Hedjaz, un pour chaque ville. Cet agent joue, auprès des autorités locales, le rôle d'un chargé d'affaires pour tous les ordres de sa circonscription ; c'est entre ses mains que sont placés leurs intérêts temporels, participation aux cérémonies publiques, pratique de leur rituel dans les mosquées, administration de leurs biens de mainmorte, reconnaissance de leurs dignitaires. Habitués à s'adresser à lui pour les affaires de ce genre, les moqaddem des divers ordres n'ont pas tardé à le reconnaître pour maître spirituel. Le cheikh el Troûq, non content de sanctionner leur nomination, les désigne lui-même; bref, il s'est insensiblement transformé en supérieur hiérarchique. Son takrir, licence administrative, est devenu l'équivalent d'une idjaza, licence canonique.

Cette première transformation en a amené une seconde : le groupement par ville des représentants de chaque ordre, sous la direction de l'un d'eux. Celui-ci n'était, à l'origine, que l'agent personnel du cheikh el Troûq ; mais, peu à peu, il s'est imposé à son tour comme détenteur d'un pouvoir religieux, et a remplacé, sous le nom de Cheikh el Sedjada, le Naïb provincial (2).

Dans certains ordres, il se produit souvent un autre déplacement d'autorité et d'influence ; VOu-

(1) Le Chatelier, p. 4 et 186-1 \s.

(2) Le Chatelier, p. 5. Sedjada désigne le tapis de prière. S'en servir dans une cérémonie publique est un signe de supériorité sur les assistants qui n'en ont pas. La Sedjada du Cheikh est l'insigne de

son rang.

Icil général devient insensiblement le rival du grand maître. Chargé de percevoir les offrandes des fidèles, de gérer les biens de mainmorte, les Ouakf ou Vakoufy de la zaouiya métropolitaine, il ne tarde pas à acquérir une situation de fortune considérable et son autorité croît en proportion. Elle arrive à contrebalancer, à supplanter même celle du chef de Tordre dont les ressources matérielles diminuent d'autant, et dont la clientèle s'amoindrit par les scissions que le temps amène entre les groupes autrefois réunis sous sa direction. Ainsi, chez les Kadriya, l'Oukil de la zaouiya de Bagdad s'est depuis longtemps rendu indépendant du successeur direct du fondateur, Sidi Abd-el-Kader . Le sultan Abdul-Hamid, en homme avisé, a mandé à Constantinople ce gros personnage et, par lui, il tient en mains la direction de sa puissante confrérie.

Ces décentralisations successives, ces déplacements d'autorité ont eu pour résultat immédiat de diminuer, d'anéantir même l'influence politique des ordres religieux, en les soumettant à Faction directe du pouvoir temporel. Aussi, en dépit de leur nombre, ces ordres sont beaucoup moins puissants qu'il pourrait sembler au premier abord. Les Uléma et les Chorfa, tous les représentants du clergé officiel et salarié, les poursuivent d'une hostilité mal déguisée. Seuls interprètes de la tradition sacrée et de la loi, ces pharisiens de l'Islam ne cessent de citer les différents cheikh à leur tribunal et de contrôler l'enseignement dès moqaddem ; étant à la fois juges et parties, ils n'ont pas de peine à convaincre d'hérésie, pour le condamner ensuite, tout adversaire qui leur porte ombrage.

De son côté, l'administration turque tient en tutelle les chefs de la hiérarchie religieuse. Fidèle à sa devise : Diviser pour régner, Abdul-Hamid oppose ordre à ordre ; il élève les uns en les comblant d'honneurs, tandis qu'il poursuit les autres de sa haine inquiète et farouche. Le nom même de Bektachi est sévèrement proscrit ; au contraire, POukil des Kadriya, le chef des Madaniya, les

branches syriennes des Refaïya ne cessent de recevoir des marques de la faveur impériale. La même politique, fondée sur l'antagonisme invétéré des deux clergés et des religieux entre eux, est

Pratiquée par les gouvernements de l'Egypte et du laroc, et, dans une certaine mesure, par les autorités françaises de l'Algérie (1). Dans tous ces pays, Derviches et Khouàn continuent à psalmodier leurs formules monotones, et à s'enivrer de la communion mystique ; leur influence sur la masse du peuple est toujours immense, mais ils ne jouent plus, sur le théâtre de la politique, un rôle important. C'est ailleurs qu'il faut chercher leur champ d'influence, leurs éléments de force et de vitalité : c'est d'abord chez les nomades de la Syrie ou de l'Afrique, où ils ne comptent que des partisans dévoués jusqu'au fanatisme ; c'est ensuite dans ces bandes de pèlerins venus à La Mecque de tous les points du monde musulman, et dont la féroce exaltation peut être, à tout instant, tournée par les derviches contre les pouvoirs établis, musulmans ou chrétiens ; c'est enfin dans le groupement systématique de tous les ordres indistinctement sous la bannière du Senoussisme, dont le mot de ralliement n'est autre que ce cri de guerre : « Tares et chrétiens, je les briserai d'un seul coup. »

(\) Voir, sur cette question, Rinn, p. 103-115 ; D'Estournelles db Constant, p. 12G-128.

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