‹ Les CongolaisChapitre 7 sur 39 · HENRY STANLEY · texte numérisé non relu

HENRY STANLEY

« Il n'est pas possible de raconter les découvertes en Afrique, dit M. Wauters, sans consacrer une page, une grande page, à l'homme extraordinaire qui pendant plus de quatre années fut leur chef. Stanley a irrévocablement lié son nom à celui du Congo. Non seulement il a été le premier à dessiner géographiquement le cours inattendu du grand fleuve sur la carte, mais il vient d'ouvrir son bassin entier au libre commerce du monde. (1).

» On a longtemps discuté sur la question de savoir si Stanley est Américain ou Anglais. Tandis que les uns le disaient Yankee de l'Illinois, du Missouri ou du Connecticut, les autres le faisaient naître en Angleterre ou au pays de Galles. C'est dans ce dernier pays qu'il vit le jour. Ce qui explique l'incertitude dans laquelle on est longtemps resté à ce sujet, c'est que Stanley arriva jeune encore en Amérique, où les circonstances l'amenèrent à changer de nom.

» Henry Moreland Stanley, de son vrai nom John Eowlands, naquit près de la petite ville de Denbigh, (pays de Galles), en 1840. A peine âgé de deux ans, il perdit son père et l'année suivante il fut placé par sa mère à l'hospice des enfants pauvres de Saint- Asaph, où il reçut une bonne éducation et où ses progrès le

(1) Les Be ges au Congo, par A. J. Wauters.

firent, jeune encore, employer à la comptabilité de l'établissement. L'arithmétique et la géographie étaient ses branches favorites ; elles le sont restées.... Plus tard, il s'embarquait à bord d'un navire frété pour la Nouvelle-Orléans, payant le passage par son travail. Le futur explorateur du « continent mystérieux » avait alors seize ans.

» Arrivé à destination, son premier soin fut de chercher un emploi quelconque, les moyens de subsistance lui faisant complètement défaut. Il le trouva dans la maison d'un négociant de la Nouvelle-Orléans, du nom de Stanley, dont il ne tarda pas à gagner la sympathie et la confiance par son intelligence et son activité. C'est cet homme honorable qui fut le premier protecteur de notre héros, auquel il s'attacha de plus en plus et qu'il finit par adopter ; ce qui amena John Kowlands à prendre le nom de Stanley sous lequel il s'est illustré depuis. Cependant, la mort subite de son bienfaiteur, décédé sans tester, vint tout à coup détruire sans doute, des espérances de fortune et d'avenir....

» La guerre de la sécession qui éclate aux Etats- Unis, en 1861, enrôle Stanley dans l'armée confédérée, dans laquelle il prend part à plusieurs engagements, sous les ordres du général Johnston ; puis dans la marine où il fait aussi des actions d'éclat.

» Six mois plus tard, en 1865, son vaisseau partit en croisière en Europe et arriva à Constantinople. Stanley obtint un congé, fit un voyage à Smyrne et dans l'Asie-Mineure, puis alla voir sa mère au pays natal. De retour aux Etats-Unis, et la guerre étant terminée, il donna sa démission de son grade d'officier et nous le voyons aborder la nouvelle carrière qm doit lui faire parcourir le monde, l'envoyer au centre de l'Afrique et faire finalement de lui le célèbre Henry Stanley : il devient journaliste.

» Sa première campagne est celle qu'il fait comme reporter du Missouri Democrat et de la Neiv-York Tribune, à la suite de l'expédition du général Hancock contre les Indiens Cheyennes et Kiowas... Plus tard, il est nommé correspondant- voyageur du New-York Herald, aux appointements de 15,000 fr. par an et va suivre en Abyssinie les opérations de l'armée anglaise... Ses dépêches et ses informations eurent le mérite d'être expédiées avec une rapidité réellement surprenante : la nouvelle de la prise de Magdala, notamment, arriva à New- York un jour entier avant la même nouvelle envoyée à Londres par les officiers anglais.

» Revenu d' Abyssinie, il assiste à l'inauguration de l'isthme de Suez (1869); après quoi, toujours commissionné par le Herald, il entreprend un grand voyage à travers l'Asie-Mineure, le Caucase, la Géorgie et la Perse jusqu'aux Indes. En revenant vers l'Europe, en novembre 1870, Stanley s'arrêta quelque temps en Egypte, avec l'espoir d'y voir arriver Livingstone, dont la presse des deux mondes s'occupait fort en ce moment. Cet espoir ne s'étant pas réalisé, il alla en Espagne, d'où un télégramme de M. James Gordon Bennett, propriétaire du Neiv- York Herald, ne tarda pas à l'appeler à Paris. »

A partir de ce moment, la biographie de Stanley est mieux connue. Après avoir été successivement employé de commerce, soldat, officier de marine et journaliste, nous allons le voir se transformer une nouvelle fois et apparaître comme explorateur et géographe. Chacun a encore présent à la mémoire le premier chapitre de son livre : Comment fai retrouvé Livingstone, où l'auteur raconte son entrevue avec M. Bennett et dans laquelle celui-ci, à brûle-pourpoint,, lui demanda d'aller à la recherche de Livingstone, perdu au cœur de l'Afrique, afin de porter secours et assis-

tance à l'illustre explorateur. C'est le début d'un véritable roman, et l'on douterait peut-être encore de la véracité de l'aventure et de ses suites, tellement l'affaire est extraordinaire, si le journal du voyageur écossais n'était là pour en attester la complète exactitude.

Voici en quels termes Stanley lui-même raconte la résolution soudaine prise par le directeur du New- York Herald, et l'adhésion non moins prompte qu'il donna à ce projet d'une audace toute américaine :

« Le 16 octobre de l'an du Seignenr 1869, j'étais à Madrid, rue de la Croix. A dix heures du matin, Jacopo m'apporte une dépêche; j'y trouve les mots suivants :

« Rendez-vous à Paris; affaire importante. »

Le télégramme est de James-Gordon Bennett fils, directeur du New-York Herald. A trois heures j'étais en route. Obligé de m' arrêter à Bayonne , je n'arrivai à Paris que dans la nuit suivante.

J'allai directement au Grand-Hôtel et frappant à la porte de M. Bennett.

— Entrez, dit une voix.

Je trouvai M. Bennett au lit.

— Qui êtes-vous? demanda-t-il.

— Stanley.

— Ah ! oui. Prenez un siège ; j'ai pour vous une mission importante.

Il jeta sa robe de chambre sur ses épaules et me dit vivement :

— - Où pensez-vous que soit Livingstone ?

— Je n'en sais vraiment rien, Monsieur.

— Croyez-vous qu'il soit mort ?

— Possible que oui, possible que non.

— Moi je pense qu'il est vivant, qu'on peut le trouver, et je vous envoie à sa recherche.

— Avez-vous réfléchi à la dépense qu'occasionnera ce voyage ?

— Vous prendrez d'abord 25000 francs. Quand ils seront épuisés, vous ferez une traite d'autant, puis une troisième, et ainsi de suite; mais retrouvez Livingstone.

— Dois-je aller directement à la recherche de Livingstone ?

— Non ; vous assisterez à l'inauguration du canal de Suez. De là, vous remonterez le Nil. J'ai entendu dire que Baker allait partir pour la Haute-Egypte ; informez-vous le plus possible de son expédition. Vous ferez bien après cela d'aller à Jérusalem; le capitaine Warren fait, dit-on, là-bas, des découvertes importantes; puisa Constantinople. Après... voyons un peu. Vous passerez par la Crimée et vous visiterez les champs de bataille ; puis vous suivrez le Caucase jusqu'à la mer Caspienne ; on dit qu'il y a là une expédition russe en partance pour Khiva. Ensuite vous gagnerez l'Inde, en traversant la Perse ; vous pouvez écrire à Persépolis une lettre intéressante. Bagdad sera sur votre passage, adresseznous quelque chose sur le chemin de fer de la vallée de l'Euphrate; et, quand vous serez dans l'Inde, embarquez-vous pour rejoindre Livingstone. A cette époque vous apprendrez sans doute qu'il est en route pour Zanzibar; sinon, allez dans l'intérieur et cherchezle jusqu'à ce que vous l'ayez trouvé. Informez-vous de ses découvertes. Enfin, s'il est mort, rapportez-en des preuves certaines.

Maintenant bonsoir, et que Dieu soit avec vous.

— Bonsoir, Monsieur. Tout ce que l'humaine nature a le pouvoir de faire, je le ferai, ajoutai-je, et dans la mission que je vais accomplir, veuille Dieu être avec moi. »

Ce qui fut dit fut fait, de point en point, avec une chance merveilleuse.

Le 6 janvier 1871, Stanley venant de Bombay, arrivait à Zanzibar, y organisait une caravane et s'avançait vers l'ouest. Après un voyage de 8 mois, le 10 novembre 1871, il retrouvait effectivement Livingstone, malade, à Udjiji, sur le lac Tanganyka.

Voici en abrégé, comment Stanley lui-même raconte ce fait émouvant. (1).

Livingstone retrouvé. — « Le 3 novembre, une caravane composée de quatre-vingts natifs du pays de Gouhha, province située à l'ouest du Tanganika, est arrivée d'Oudjiji. J'ai demandé les nouvelles.

(I) H. Stanley. Comment j'ai retrouvé Lhingstone. Traduction par Mm« Loreau ; Bachette, éditeur.

« Un homme blanc est là-bas depuis trois semaines », m'a-t-on répondu.

Cette réponse m'a fait tressaillir.

— Un homme blanc? ai-je repris.

— Oui un homme blanc

— Gomment est-il habillé ?

— Comme le maître. (C'est moi que l'on désignait ainsi).

— Est-il jeune ?

— Non, il est vieux, il a du poil blanc sur la figure. Et puis, il est malade.

— D'où vient-il ?

— D'un pays qui est de l'autre côté du Gouhha, très loin, très loin, et qu'on appelle Manyéma.

— Vraiment! Et pensez-vous qu'il soit encore à Oudjiji?

— Nous l'avons vu il n'y a pas huit jours.

— Hourrah! C'est Livingstone, c'est Livingstone ! »

Le lendemain, Stanley, encourageant ses hommes, se dirige en hâte sur Oudjiji ; sept jours après, surmontant les plus grands obstacles, il arrive à 500 mètres du village.

— Déployez vos drapeaux, s'écrie Stanley, et chargez les armes. Un, deux, trois!...

....Près de cinquante fusils rugissent. Leur tonnerre, pareil à celui du canon, produit son effet dans le village.

— Kirangozy, portez haut la bannière de l'homme blanc ! qu'à l'arrière-garde flotte le drapeau de Zanzibar ! Serrez la file et que les décharges continuent jusque devant la maison de l'homme blanc !

« Nous n'avions pas fait 200 mètres que la foule se pressait à notre rencontre. La vue de nos drapeaux faisait comprendre qu'il s'agissait d'une caravane ; mais la bannière étoilée qu'agitait fièrement Asmani produisit dans la foule un mouvement d'incertitude; c'était la première fois qu'elle paraissait dans le pays.... Prenant alors le parti qui me parut le plus digne, j'écartai la foule et me dirigeai entre deux haies de curieux, vers le demi-cercle d'Arabes devant lequel se tenait l'homme à barbe grise. Mon cœur battait à. se rompre ; mais je ne laissai mon visage trahir mon émotion.

« Tandis que j'avançais lentement, je remarquai sa pâleur et son air de fatigue. Il avait un pantalon gris, une veste rouge et une casquette bleue à galon d'or fané. J'aurais voulu courir à lui; mais j'étais lâche en présence de cette foule. J'aurais voulu Tem-

brasser ; mais il était Affolais, et je ne savais trop comment je serais reçu. Je fis donc ce que m'inspirait la couardise et le faux orgueil : j'approchai d'un pas délibéré, et dis en ôtant mon chapeau :

— Le docteur Livingstone, je présume ?

— Oui, répondit-il avec un bienveillant sourire.

Nos têtes furent recouvertes et nos mains se serrèrent.

— « Je remercie Dieu,repris-je, de ce qu'il m'a permis de vous rencontrer.

— Je suis heureux, dit-il, d'être ici pour vous recevoir.... Livingstone emmena Stanley dans sa demeure. Alors commença

le récit des événements dont l'Europe et le monde entier étaient le théâtre depuis des années que le docteur était sans nouvelles d'Europe.

— Que se passe-t-il dans le monde ? demanda Livingstone.

— Vous êtes sans doute au courant de certains faits, répondit Stanley; vous savez, par exemple, que le canal de Suez est ouvert, et que le transit y est régulier entre l'Europe et l'Asie ?... Et le chemin de fer du Pacifique, Grant président des Etats-Unis, l'Egypte inondée de savants, la révolte des Cretois, Isabelle chassée du trône, Prim assassiné, la liberté des cultes en Espagne, le Danema. démembré, l'armée prussienne à Paris,... la France vaincue....

« Quelle avalanche de faits pour un homme qui sort des forêts vierges du Manyéma.... »

Pendant notre conversation, nous nous étions mis à table, et Livingstone, qui se plaignait d'avoir perdu l'appétit, de ne pouvoir digérer au plus qu'une tasse de thé, de loin en loin, Livingstone mangeaitcomme moi, en homme affamé, en estomac vigoureux; et tout en démolissant les gâteaux de viande, il répétait : « Vous m'avez rendu la vie, vous m'avez rendu la vie. »

« Oh î par George, quel oubli! .m'écriai-je. Vite Sélim, allez chercher la bouteille, vour savez bien. Vous prendrez les gobelets d'argent. » Sélim revint bientôt avec une bouteille de Sillery que j'avais apportée pour la circonstance ; précaution qui m'avait souvent paru superflue. J'emplis jusqu'au bord la timbale de Livingstone, et versai dans la mienne un peu du vin égayant.

« A votre santé, docteur. — A la vôtre, monsieur Stanley. »

Et le Champagne que j'avais précieusement gardé pour cette heureuse rencontre, fut bu, accompagné des vœux les plu? cordiaux, les plus sincères.... » '

Comme nous l'avons dit plus haut, grâce aux bons soins de Stanley, Livingstone, malade, se rétablit; ils firent ensemble une course sur le Tanganika, puis se séparant de lui à regret, Stanley reprit la route de l'Europe.

Mais un explorateur de cette trempe ne devait pas rester inactif. En 1874, les propriétaires du New- York Herald et du journal anglais Daily Télégraph s'unirent pour le charger de la mission de poursuivre et de compléter les recherches de Livingstone. A la fin de cette année, Stanley commença donc son voyage « à travers le Continent mystérieux »,dont nous donnerons ici le résumé.

Après une exploration préalable de la rivière Loufidji, tributaire de la mer des Indes, il était parti de Bagamoyo, accompagné de trois anglais : Frédéric Barker, Edouard et Frank Pocock, avec une véritable armée de serviteurs, guides, porteurs et combattants, régulièrement équipés et disciplinés, au nombre de plus de 300; il emportait un bateau démonté, le Lady- Alice, pour naviguer sur les lacs. Cinquante membres de l'expédition avaient déserté avant l'arrivée à Mpouapoua (Ousagara) ; les désertions continuèrent quand on traversa l'inhospitalière contrée de l'Ougogo, où les rafales, les pluies diluviennes, les maladies décimèrent la caravane ; l'escorte en vint à manger les restes pu tréfiés des éléphants trouvés dans la forêt. A Souna, où mourut Edouard Pocock, plus de cent hommes avaient déjà disparu.

Quand on arriva sur la rivière Livoumbou, un des affluents supérieurs du lac Victoria, il fallut soutenir pendant trois jours un combat en règle contre les habitants ; Stanley perdit vingt-et-un des siens ; son escorte était réduite à 194 hommes. A la fin de février (1875), en descendant la vallée du Chimiyou, on toucha

au sud du lac Victoria, à l'est du port de Kagéhyi. La barque Lady- Alice fut armée et mise à flot, et Stanley s élança avec dix hommes sur le lac dont il longea la rive orientale. Il eut une entrevue avec M'tésa, roi de l'Ouganda, qu'il dépeint comme le plus généreux et le plus intelligent des monarques africains.

Après une excursion dans la baie Murchison, Stanley, escorté par une flottille que lui fournit M'tésa, franchit de nouveau le lac Victoria. En abordant l'île de Bambiré, il fut cerné par une bande de «■ deux cents noirs démons, faisant tournoyer autant de massues à fleur de nos têtes, dit-il, luttant pour nous insulter* de plus près, et saisir l'occasion de nous transpercer ou de nous assommer. » Il atteignit ensuite une île déserte, qu'il appela l'île du Kefuge ; puis après trois jours de navigation, pendant lesquels il essuya encore une furieuse tempête et une grêle épouvantable, il rentra à Kagéhyi, où ses compagnons l'accueillirent avec des hourrahs frénétiques. Mais Stanley y apprit la mort de Frédéric Barker, l'un de ses compagnons anglais, et l'opposition des rois du sud pour lui barrer le passage. Il repartit pour le pays d'Ouganda, revit M'tésa et assista aux préparatifs d'une guerre contre les Vouavouma qui refusaient à leur roi le tribut. Après quatre combats, son habile intervention réussit à ramener la paix.

Le voyageur quitta l'Ouganda pour se rendre au lac Albert. M'tésa combla de présents son cher ami Stammli, ordonna à ses sujets de lui ouvrir le chemin de l'ouest, et plus tard lui offrit même 90,000 hommes pour se frayer un chemin vers le Mouta-Nzigé. Stanley partit d'Oulagalla, traversa la Katounga, affluent du lac Victoria, et donna à la plus haute cime des monts du Gambaragara, le nom de Gordon-Bennett. Menacé par l'hostilité des Ousangora, il ne put lancer le Lady-

Alice sur le lac Albert et dut se contenter d'en explorer le littoral au sud de Vekovia. Du Mpororo, il passa dans le Karagoué et explora le lac Alexandra qui s'écoule par l'Alexandra-Nil dans le lac Victoria.

Il pénétra ensuite dans la région du Tanganika, fit le tour du lac et arriva à l'embouchure de la Loukouga, mais ne put se rendre nettement compte de sa véritable direction : ses deux expériences furent contradictoires ; dans l'une le disque en bois qu'il avait placé sur la rivière fut poussé vers le lac ; dans l'autre, vers la rivière. Il supposa que, depuis le passage de Cameron (1873), les alluvions avaient exhaussé le lit de la Loukouga et obstrué son embouchure, mais que le niveau du Tanganika s'élevant, balaierait l'obstacle des boues et lui rendrait sa première destination ; ce qui se vérifia.

Fuyant l'Oudjiji où sévissait une furieuse épidémie de petite vérole, l'énergique reporter commença alors la troisième partie de son voyage du Tanganika à l'Atlantique.

En s'éloignant de Nyangoué, il abordait une région entièrement inconnue. La Loualaba changeant de nom à chacun de ses affluents, il l'appela désormais le Livingstone. Le Lady- Alice et d'autres pirogues descendirent le fleuve au milieu des populations hostiles et cannibales ; les villages étaient ornés de crânes humains. De tous côtés s'élevait le cri de guerre ; Stanley essaya plusieurs fois de négocier, on lui répondait par une grêle de traits ou des attaques nocturnes. Dans 32 combats, il lui fallut s'ouvrir un passage à coups de carabine, et verser le sang sur les bords du fleuve jusqu'au Stanley-Pool ; il fallut aussi, pour tourner les deux séries de cataractes qui barrent le fleuve, tailler dans la forêt vierge plus de 20 kilomètres de chemin et traîner les embarcations jusqu'à l'eau navigable.

Le 3 juin 1878, au passage des rapides de Massassa, non loin d'Isanghila, il eut la douleur de perdre son ami Frank Pocock, le dernier de ses trois compagnons blancs, noyé dans le fleuve ; lui-même pensa être englouti dans les cataractes de Moua et il n'échappa que par miracle aux tourbillons de Mbélo, où il fut précipité avec le Lady- Alice. De la dernière des 32 cataractes Livingstone, il gagna par terre Borna et arriva enfin à Kabinda, port sur l'Atlantique, le 10 août 1877, après « un voyage de 999 jours à travers le Continent Mystérieux )> où il avait parcouru plus de 12,000 kilomètres de chemin.

Sa découverte du Congo est la plus fructueuse exploration des temps modernes ; aussi l'Europe étonnée fit-elle à Stanley, absent depuis trois ans, un accueil triomphal, et pendant longtemps la presse et les revues savantes contèrent ses exploits.

Nous verrons dans le chapitre suivant comment Stanley descendit le grand fleuve ; dans le chapitre III, comment il y retourna pour jeter les fondements de l'Etat du Congo ; enfin on sait en ce moment le résultat de son expédition au secours & Emin- Pacha, prisonnier sur le Haut-Nil. Parti par la côte occidentale en 1887, il remonte le Congo et l'Arouhimi, découvre le lac Albert- Edouard, (Mouta-Nzighé) et ramène par Zanzibar Emin- Pacha, (Dr allemand Schnitzler) gouverneur de Wadalaï, avec les restes des troupes égyptiennes, fuyant l'invasion des Mahdistes (1889.)

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